Archive | mars 2020

Haïku du jour.

Ça vibrionne

Sur fleurs roses du pêcher-,

L’abeille gourmande.

 

ELB

Loup y es-tu?

Loupgris.ghv. Numérisation en valeurs de gris du loup rouge.

Le petit dès son plus jeune âge a su nous reconnaitre sur l’écran . Avant de marcher il s’y donnait en spectacle sûr d »être vu ou photographié.

Dans l’atelier il a découvert les deux portraits d’Eliane .Sur l’un elle rêve appuyée à la silhouette d’un chien qu’elle ignore arrivé là sans raison. Il y avait eu tout de même l’évocation de Frantz Mark sur lequel nous avions échangé parce qu’elle en copiait le Renard, à moins que ce ne soit à cause de son tout fou de compagnon à quatre pattes …Bref , le petit me demande à chaque communication à revoir le loup.

_ »le rouge « 

_ »le bleu! »

-« le rose… »

C’est que depuis son dernier passage j’ai usé d’une petite bande de toile d’ une quinzaine de centimètres de large dont j’ai tiré quelques rectangles et sur lesquels j’ai décliné cette pose en jouant avec les couleurs qui restaient sur la palette .

Je les lui montre à l’écran , il les regarde longuement avec force mimiques;

– » Il y en aura aussi un en gris ».

Ce matin encore devant l’objectif , scénarisé par son père , d’un petit doigt potelé enduit de savon il a fait fuir sur l’assiette les grains de poivre symbolisant le méchant virus …

Le loup veille,le loup attend ,le loup guette, le loup protège . GHV

http://www.momes.net/Blog/Coronavirus-cette-enseignante-realise-une-experience-scientifique-geniale-pour-montrer-aux-enfants-l-importance-du-lavage-des-mains

Ce que je pourrais dire.

illustrationGHV. Chute d'Icare

 

A un de ces quatre !  Oui, à jeudi en quinze ! Non, pour moi, à dans un mois ! Quatorzaine, quarantaine ? Deux à trois mois ! A plus !

Nous vivons une drôle de guerre. Un moment particulier. Cela n’est pas banal et je n’ai pas envie de rater l’épisode. Tout à coup libre de son temps à ne plus savoir qu’en faire pour certains, sujets à l’ennui et pour d’autres à l’inverse, plein de promesses. Nous sommes encore avant le pic qui va sérieusement entamer notre moral. Saurons-nous-si nous le pouvons-, tirer profit d’un intervalle peut -être riche d’enseignement sur nous-même et notre capacité à vivre différemment? Nous sommes dans une sorte d’expérimentation d’un temps inconnu.

Confinés, pour ne pas faire circuler le coronavirus et freiner sa propagation. Déplacements, activités, réunions diverses et variées ; tout annulé donc reporté à plus tard sous de meilleurs auspices. Justement le virus va nous obliger à faire une pause, à réfléchir autrement.

Cette période pointe nos manques et en même temps ébranle nos certitudes ; tout à coup tout vacille et nous semble fragile, nos vies, d’abord. Je mesure la chance que nous avons de vivre en pleine campagne au milieu des arbres et de maints petits chemins ou sentiers à fouler.

Pour ma balade matinale, j’ai croisé une personne ; distants d’au moins quatre mètres, l‘un s’appuyant sur son bâton et l’autre contre un arbre, nous avons forcément évoqué la pandémie et la façon dont nous ressentions le moment si étrange que nous sommes en train de vivre. Le même mot est revenu sur les lèvres, fiction, l’impression d’être en pleine fiction sauf que nous la vivons et différemment de celle d’un quelconque livre. Il n’y a pas de précèdent dans notre histoire d’adulte à la retraite, depuis peu.  L’épidémie de 1968, nous étions adolescents et les moyens de communication contrôlés, nous n’en avions jamais entendu parler jusqu’à ces dernières semaines malgré ses 40 000 morts. La TSF ainsi que l’ORTF encore balbutiante pour la précédente, celle de 1957 qui avait touché 9 millions de français et fait 100 000 victimes-, n’avaient pas l’arrosage médiatique actuel.

L’insouciance du trop jeune âge et le manque d’information nous ont épargné le stress-, mot que l’on n’employait pas à l’époque.

Depuis que nous avons commencé à tourner les pages de cette histoire, hélas bien réelle et au fur et à mesure que l’on avance dans le scénario, nous aimerions ne pas avoir à affronter le tsunami annoncé mais plutôt, déjà l’avoir passé et n’avoir qu’à tourner la dernière page comme celle d’un livre à l’eau de rose avec son happy end.

Quant à l’espoir nourri dû à ma naïveté-je ne suis pas la seule-, lors de notre conversation la personne plus pessimiste, me disait que malheureusement nous ne tirerions probablement aucune leçon de cet épisode. L’homme est ce qu’il est, me dit-il en vieux sage.

Je veux y croire encore. Je voudrais que cette période insolite, car inédite, engendre des ressources insoupçonnées de la part de chacun et nous permette de revivre autrement. Elle nous oblige déjà à la solidarité et nous fait prendre conscience de l’éphémère de nos vies et nous rappelle que nous sommes mortels. Nous avons poursuivi notre marche en nous disant que si nous nous retrouvions sur les chemins après la fin de la pandémie, ce serait bon signe.

Drôle de temps direz-vous ! Il y a 10 jours, comme un air de jazz, ça swinguait et ça tordait le verbe dans le foyer rural d’un village tout proche. On fêtait Boris Vian. Facétie, jeux de mots, cynisme, désespérance, légèreté, sérieux, coquetterie sans oublier sa « loufoquere », tout le monde semblait gai et chacun a pu y trouver son compte avec en prime un duo de musiciens inspirés.  La littérature et la musique peuvent être plus que jamais, deux grandes consolatrices et compagnes sûres.

On va essayer. Et, Tenez-vous fiers ! comme disait un vieux monsieur de mon village.

 

ELB