Archive | novembre 2019

Eau-de-Café

Bambouler: « …et les pieds du lit bamboulèrent. »

La craintitude: « ...qui mettait parfois Marraine dans un état de craintitude débornée. »

Ah, la truculence des mots dans ce livre où la parlure peut être dite « saisonnière »,où le causer se fait en boissonant…Chaque personnage, puisque il s’agit d’une histoire, à l’abri de l’océan méchant, à Grand-Anse (en 1962 il me semble), en terre de Martinique se campe avec ses actes et avec sa déblatérance et nous entraine du présent au passé et vice-versa La craintitude, l’ émerveillation, la pucilité des fillles,,l’amicalité, la claireté du jour,l’illusioneté de la vie,la couillontise ,tous mots qui font s’affoler sur l’écran en ondulés rouges le correcteur de ma page mais pénètrent sans façon mon imagination…Truculance de la langue.

Mais que ou qui sont le chrysocale qui n’est pas or,les ravets d’église,le parler couli?

Voilà que ma langue, le français, s’est inventé ici une régénérescence, une vivacité un entrain dont on se demande si ce ne pourrait être le seul intérêt du livre.

Qu’ai-je compris au déversement , au déferlement de propos, de récits?

L’auteur-narrateur Raphael Confiant lance une recherche dans cet écheveau embrouillé : trouver les deux bouts du fil qui résoudrait le mystère d’Antilia la trop belle négresse noyée. Or il s’avère que les fils sont multiples, les noeuds inextricables et que fouiller dans l’énigme de ses propres origines ,dans les méandres de son identité devient une épreuve initiatique.

La quête vouée à l’échec de ce jeune insulaire revenu au pays aboutit à un récit picaresque, mystérieux , comique parfois. Comment trouver une explication rationnelle au mystère que fut Antalia, « la fille de plusieurs pères »,la trop belle négresse qu’éleva sa « ‘marraine » lorsque beaucoup sur elle se taisent, d’autres délirent, ou encore transforment .

Du carnet nov.2011,repris en sept.2012.Croquis du train aquarelle.

Chaque province française a ses auteurs. Je les lis peu. Même ceux de mon Lot natal dont certains se sont taillés une belle popularité en puisant en amont, ne m’attirent guère. Peut-être est-ce parce que je n’en connais-je aucun qui situe le récit dans notre présent. ELB ou d’autres sauront peut-être nous en conseiller de plus actuels. GHV

Imaginaire de banlieue

Photographie.Jeu de lumière et gouache.
photographie,éclairage sur carton peint, acrylique.

J’ai réalisé hier soir une cinquantaine de photographies reprenant une travail amorcé il y a un an déjà . Le thème est celui de la chute, du passage qu’est une vie. Les moyens sont minimalistes …Un appareil numérique qui tient dans la main, un tube, une lampe dans la pénombre, des bouts de cartons peints, une paire de ciseaux, du papier …

Il faudrait beaucoup de temps et de vigilance pour réussir parfaitement .

A nouveau la nuit est là. Dans la pièce voisine la télé allumée. Derrière le carreau le blanc, l’orangé, le rouge des points lumineux scintillants que les réverbères au loin font palpiter dans le froid. GHV

Mon Berlin juin 1977.

Soulagés d’être arrivés au Checkpoint Charlie après la longue autostrade d’Hitler quelque peu cabossée. Enclave dans la R.D. A, Berlin Ouest nous attendait. Mon oncle, aussi qui nous faisait de grands signes au milieu de la foule.

Deux heures minimum et quatre heures maximum après quoi, on lance les recherches ; Au milieu des nombreux papiers qu’il avait fallu fournir et formulaires à remplir, je n’avais retenu que cela et le souvenir de l’effroi de ma grand-mère que j’avais lu enfant sur son visage devant la télévision découvrant Khrouchtchev embrassant De Gaule sur la bouche, droits comme des i sur le perron de l’Elysée, n’était pas là pour me rassurer. Le péril rouge était à nos portes, avais-je entendu et comme en écho, la voix de Madeleine dans mon casque.

Cependant, même si les très jeunes soldats russes qui, régulièrement, aux guérites où nous présentions toute notre paperasse, avaient l’air totalement inoffensifs, quémandant une cigarette, un journal, les chars stationnés sur la vieille autostrade m’inquiétaient un peu. La moto Guzzi, en bonne routière, nous avait finalement conduite à bon port.

Cette appréhension passée, la découverte de la ville, à l’ouest, fut assez magique. Les très larges avenues plantées d’arbres, toute cette verdure et même forêt, le lac de Tegel en bordure de la ville nous ont aussitôt plu. Une belle surprise. L’architecture des monuments, en dehors du classique et baroque comme le château de Charlottenbourg, Le palais du Reichstag me semblait plus moderne que dans la seule grande métropole que je connaissais alors, Paris. La reconstruction avait été à l’œuvre ; tout était aéré, spacieux. Une vie réinventée. Devant soi, comme un grand boulevard, la vie. Les mariés venaient se faire photographier dans le cimetière russe à deux pas d’un monument ou les pas de l’oie claquaient sur le sol au sommet d’un escalier. De partout, on voyait  la tour émettrice de télévision, les places étaient ouvertes et l’on respirait la chlorophylle.

Tout paraissait dans une grande quiétude tant que l’on n’avait pas lu les panneaux :

Ici vous sortez du secteur Français. ou bien encore Secteur Américain  Secteur Britannique.

Tellement contente d’être arrivée, je n’avais pas remarqué le Musée du mur. Le mur qui nous ceinturait était oublié et pas toujours visible. La visite du musée nous a confronté à la réalité ; nous savions que beaucoup passaient le mur pour aller travailler ou visiter leur famille et que des enfants allaient à l’école, escortés par des militaires comme nous l’avait expliqué notre oncle. Mais je crois que la découverte par les photos et témoignages d’évasions tentées et la plupart du temps non réussies, nous avait laissés admiratifs et nous avaient ouvert les yeux sur la grande inventivité que pouvait générer la privation de liberté même si, toute proportion gardée-, nous avions connaissance des risques qu’avaient pris chez nous, les résistants pour combattre l’occupant durant la dernière guerre. Se dissimuler dans un réservoir à essence en dit long sur l’envie de vivre. Ensuite, nous sommes allés voir le mur et juchés sur des sortes d’escabeaux qui permettaient sur quelques mètres de découvrir l’envers du décor. Quelques miradors et derrière la vitre, des hommes armés scrutant la zone qui regroupait fils barbelés et autres entraves en X ; des chiens en laisse, reliée il me semble à un fil en hauteur, allaient et venaient. On ne doutait pas un instant de leur flair et on pouvait imaginer qu’il leur était facile de serrer entre leurs crocs les candidats au voyage pour leur liberté.

Avec un laisser passer militaire et accompagnés, nous ferons une petite visite à Berlin Est où tout nous parut vert de gris, triste et silencieux. Les façades, presque anthracite conservaient les impacts de balles de la deuxième guerre et quelques voitures aux couleurs blafardes circulaient ou stationnaient dans les quelques rues arpentées. Au centre d’une place, un grand magasin, circulaire dans mon souvenir et appelé, je crois, Centrum ou Zentrum, proposait un alignement sur plusieurs mètres de manteaux identiques et des rayons de chaussures, toutes les mêmes aussi. Mais pourquoi donc ces manteaux, au début de l’été ? Non loin de là, s’était constitué une file de voitures à la station-service. Quelques petites boutiques sombres dans ce quartier ou un autre où l’on vendait à bas prix du cristal de bohème.

Toute une vie, arrêtée, défendue, interdite. Rétrospectivement, ce tableau donnait l’impression d’être plongés dans un film noir et blanc et muet de surcroît.

Entre quinze et vingt années plus tard, nos filles recevront leurs correspondantes allemandes, Cornélia née à l’ouest et Catarina née à l’est et déboussolée par sa nouvelle vie. J’ose espérer qu’elle a fait son chemin et est heureuse de vivre.

 

ELB