Huguette.

Je viens de lire tes deux derniers articles. Point de terrasse, le ciel se gonfle de pluie que la terre du Causse attend comme des épousailles ; le sol est essoré.

Ce que je préparais, mais oui !

Comme tu le sais, je suis un peu tortue et me sens assez souvent proche de la vache regardant passer le train…ça repose. Donc voilà ce que j’allais poster après trois haïkus en trois mois comme petits cailloux :

Après un long silence inexpliqué,  à la question d’une de mes connaissances que je sais bienveillante : Tu n’écris plus ?  Je m’entends lui répondre, un peu secouée, sans le savoir encore : moins de temps pour moi et pas sûre d’avoir quelque chose d’intéressant à dire. Le tout à la fois et la perte de la régularité que je pensais inaltérable sans pour autant avoir coupé ce fil à la patte.

Comme un doute profond, pas sûre que ce que j’écrive soit à partager. Je me rends compte alors que la discipline de l’exercice me manquait mais à quoi renoncer ? Attirée par cette nature que j’ai tant espérée !

Avec Huguette pour quelques jours dans le Lot nous avons évoqué ce blanc, ce temps en pause, prises que nous sommes par activités diverses et temps libre. Elle peint et a beaucoup travaillé ces derniers temps pour la prochaine exposition, m’a-t-elle dit.

On dit que le vin délie les langues et taquine la plume.Grâce peut-être à l’interrogation du « tasteur », j’ai donc repris plume comme on reprend langue. Ce rendez-vous de « tasteurs » n’engendre pas la mélancolie. Il va sans dire que nous buvons proprement et comme le chantait Brassens :

Être assoiffé d’eau

C’est triste

Mais faut bien dire

Que, l’être de vin

C’est encore vingt fois pire.

Les retrouvailles pour la dernière dégustation avec notre officiant du jour, jovial et disert, un peu rabelaisien et même baryton à ses heures-, m’a enchantée et fait pousser des ailes.

Proposées par deux acolytes comme larrons en foire, Patrick et Didier, fins limiers et passionnés par le sujet débusquent toujours de bons vins ; les séances débutent par un exposé, powerpoint à l’appui-, concernant l’appellation, le millésime, la vinification, le terroir et son influence, la structure des sols, les cépages, arômes concernant la sélection du jour. J’ai mon petit carnet, lorsque je ne l’oublie pas.

Chez des producteurs qu’ils connaissent et dans le secret des chais de Bourgogne et d’ailleurs se fomentent les futures dégustations. Quand l’un tient pour ce dernier vignoble qu’il connait comme sa poche, l’autre en tient pour le Bordeaux et chamaillerie feinte, ils finissent par être toujours d’accord sur la qualité ou non qualité de l’élixir en question. Dans un ancien four aux pierres du Causse, à Alvignac, ancienne ville thermale de la belle époque-, au mobilier rudimentaire et au confort spartiate nous, c’est là que nous sacrifions à Dionysos ou Bacchus de temps à autres.

Dans leurs mots comme dans leur rondeur bonhomme il y a bien du Rabelais et la dernière dégustation en date n’a pas dérogé à la règle. C’était gourmand comme un après-midi bavard à l’ombre d’un platane et coloré comme un jardin d’été. Les papilles étaient à la fête et les narines, frémissantes.

Dans nos libations mesurées, nous incluons aussi les mets que nous préparons à tour de rôle. Cela nous permet de mieux apprécier le vin dégusté et si l’accord n’est pas toujours parfait, il n’en est jamais très loin. Pour rajouter un peu à la difficulté, les maîtres de cérémonie nous font « sniffer » à trois reprises, ce que l’on appelle la fiole ; il s’agit d’un arôme de synthèse que l’on doit reconnaître. Les réponses sont parfois cocasses et nous nous en amusons ; je dois dire que je tombe souvent à côté. Je ne mémorise pas les arômes. A postériori et le sachant, il nous paraît presque évident que c’est bien ce dont il s’agit; Mais oui, bien sûr c’est le poivron vert ou le pruneau confit ou le cuir. J’ai senti la pivoine quand ma voisine a senti la fleur d’acacia. Un coup d’œil et nous éclatons de rire.

Du cinéma, diront certains, que nenni ! Il faut essayer et s’y confronter pour en juger. Cependant tout ceci reste quand même subjectif ; selon la mémoire olfactive de chacun et le vocabulaire qui colle le mieux à l’image, la représentation que l’on a dudit arôme, la chose se complique.

Si l’esprit est distinct du corps comme le dit Descartes et que je ne puisse douter de mon esprit, il est possible que mon corps n’existe pas…Alors, c’est trop compliqué ; je renonce ! Je pense donc je suis et de cela je ne peux douter mais il advient bien souvent que nos sens nous abusent. Ainsi, l’expérience de la dégustation à l’aveugle défie toutes les suppositions et parfois le vin que l’on croyait rouge se trouve être blanc. La couleur du verre, foncée, nous a trompés et celui de la bouteille au format que l’on n’attendait pas, aussi. A l’inverse, j’ai ainsi le souvenir d’un Muscat Beaumes de Venise où tout un chacun avait trouvé le muscat et pensait tenir l’affaire. Ce n’était pas du blanc mais bien un rouge.

Il y a une quinzaine d’années, chez Marinette dans le XIème arrondissement à Paris, petit restaurant style bistro, invitée à la faveur d’un anniversaire pour une journée de dégustation organisée par Les explorateurs de vin, je découvris un langage un peu abscons ou à tout le moins abstrait qui ne me parlait guère ; cependant la musique des mots avait su enchanter mes oreilles.Je m’emballe assez vite dès lors qu’il y a du h et du y.Je les vois et les entends

Des mots magiques autant que poétiques ; les oreilles aussi, sont à la fête organoleptique : anthocyane, flavones, polyphénols, ampélographie, empyreumatique, caudalie. Ce dernier n’évoque pas uniquement une gamme de cosmétiques… La caudalie mesure en secondes la persistance aromatique soit la longueur en bouche.

L’acétate d’éthyle, ayant oublié, évidement ce que c’est, avait charmé mon ouïe, et que dire d’un vin tournant à l’acescence ? L’évocation du vin de voile, vin de lune ou de glace m’avaient fait rêver et en un clin d’œil ou d’oreille-mais cela ne se dit pas-, m’avaient littéralement fait fondre. Rétro-olfaction est bien moins poétique et reste à mon stade un peu étranger et donc barbare. Je n’y parviens pas encore malgré quelques tentatives où j’ai bien cru m’étouffer. Encore une subtilité à saisir.

Au bout du compte, c’est toujours le plaisir qui gagne.

La dive bouteille me ramène une fois de plus à Rabelais dont je viens de lire une petite pépite.   Edité pour la première fois en tchèque en 1622 Traité de bon usage du vin

Cet inédit est traduit du tchèque en français chez Allia en 2009 avec quelques illustrations des Songes drolatiques de Pantagruel de Francois Duprez 1564.

Ce n’est pas la langue de Rabelais ; ce court texte d’une quarantaine de pages est restitué en un français compréhensible donc contemporain.

Ne buvez jamais seuls. La compagnie de buveurs est une engeance hautement estimée et sa parole barytonante est d’un poids considérable dans les cercles des gendarmes ».

Entre autres fonctions, en tant que curé de Meudon, je serais curieuse de savoir quel vin de messe  buvait Rabelais.    ELB

PS: son auteur nous la signalé, nous sommes donc heureux d’incruster ici le lien qu’apprécieront tous nos lecteurs anglophones! merci à Michusa. GHV

https://wineinamerica.wordpress.com/

 

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5 responses to “Huguette.”

  1. trainsurtrainghv says :

    Le lien est bien en place

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  2. michusa says :

    Excellent ! Moi aussi je faisais de seances de degustation de vin quand je vivais en France ! Avec chacun qui apportait une partie du repas, 5 ou 6 bouteilles des fiches de dégustation a remplir, un bouquin de dégustation pour nous guider etc. Nous gardions celui que nous avions préféré entre tous pour accompagner le repas. De bons souvenirs. J’avais envie de ca a nouveau alors en attendant de trouver des compagnons de degustation j’ai démarré un blog de vin il y a quelques mois (en anglais) ou je déguste les vins d’ici mais pas que. L’adresse au cas où vous voudriez jeter un oeil : https://wineinamerica.wordpress.com

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