Odile Détruit et les mots.1

Odile.Détruit.1

 

C’est un jeu. C’est Odile (Odile Détruit) qui exposait : un grand carré fait de l’assemblage d’encres, de photos retouchées, de lithographies encadrées choisies pour faire écho au titre qu’elle avait exhibé aussi sur pattes  de canard: « vacances » et qui attirait l’attention de beaucoup tant il était inspirant. Ce fut pour répondre à Philippe (Philippe Depoix) qui proposait  ceci  : une exposition future ou tous nous proposerions des œuvres qui se complètent pour développer une narration ou un thème ou une situation.» mais avais-je bien compris ?
C’est un jeu d’images et de mots ; pour Evelyne et pour moi puisque nous proposons à Odile un texte ému-émis à partir de son travail, manière détourné de montrer sans commentaires une œuvre et de s’en nourrir . Essaimage, Liberté et effort. 

Et vous lecteur ,lectrice, pourquoi de pas jouer avec nous ? Nous vous proposons d’écrire ou de dessiner aussi ce que le travail d’Odile à éveillé en vous (quelques mots, un roman, une image, un poème…)  en nous contactant ou dans les commentaires. A nous de l’insérer dans l’article . Jouez aussi en partageant.

Mes « vacances « sont   manques à jamais évacués et  bribes en paillettes…
Texte1, GHV:
C’est un homme âgé dans un monde sans odeurs. Il respire . Il entend. Dès le matin il s’installe dans le fauteuil face à l’ascenseur. Il attend sa femme. D’une main pâle il caresse les galets de ses joues parfaitement rasées. Il sourit.
Brumes en légères effiloches: la mer si tôt est limpide appuyée à la plage. En apparaissant elle repousse la nuit, et maintient à l’horizon la poutre d’étain qui soutient toute l’étendue du ciel. L’île au loin y fait un triangle noir.
Le triangle frémit , chavire lentement et bascule extirpant ses racines, formidables parois surgies des abysses, opalines laiteuses, cristal et mica bleus. Elles s’élèvent, montent à l’assaut du ciel, ruisselantes de cascades qui galopent et piétinent les saillies, les lèvres des crevasses, se fracassent, giclent sourdement se séparant en rus impétueux, se déversant dans les flots obscurs repoussés en remous dantesques qui s’étalent et s’apaisent et se meurent sans bruit.
« Ali, ton père t’attend ! ». Il frissonne. Près de ses genoux sur le sable palpitent les premières couleurs du matin, celles d’une plume minuscule, jaune vif et noire avec un point de neige. La laisse des vagues l’a retenue là piquée entre brindilles et coquillages. La voix de son père aussi s’impatiente. Sa silhouette charbonneuse fait corps avec les rochers. Arrivé près de lui il ouvre son poing : « ….de chardonneret, mon fils. Un qui l’a laissée là jusqu’à son retour…. »
La porte de l’ascenseur vient de s’ouvrir. Samira est là, enfin et passe devant lui sans le voir. Appuyé au mur blanc il la suit sans un mot. Les gris doux qui l’entourent sont autant de voiles légers dans lesquels elle s’enfonce et déploie la danse de ses bras et de son pas paisible.
Samira est entrée dans la troisième chambre à gauche, elle parle avec un homme assis près du lit et salue la vieille femme couchée là et aussi l’aide-soignante. « Samira, enfin, te voilà… …». Elle rit peut-être parce qu’il l’embrasse sur les deux joues devant tous ou parce qu’elle est heureuse de le voir ou parce qu’elle aime ça rire. Il doit se dresser un peu, elle est si svelte et grande. Elle lui rend son baiser, son œil pétille.
Sur son siège l’homme semble contrarié.
La fenêtre derrière le lit surplombe le vide, la cime des arbres du jardin au-dessous, des voiles de brouillard : les petites arrivent par là. Elles se tiennent serrées tout contre Mohammed dans leur plus jolie robe, les cheveux bien coiffés. C’est que leur mère tient à leur apparence, ….Elle les reprend bien haut avec sa joyeuse voix fâchée « mais attention ne le bousculez pas ainsi. Il est faible encore… ». Et Mohammed complice de lever sa canne.
L’homme le dévisage et s’adresse à lui comme on le fait aux enfants fautifs: « C’est ma femme. Vous attendez la vôtre ? Allez l’attendre au salon. »
Il reconnait l’aide-soignante. «Allons monsieur Ali, venez avec moi. C’est l’heure du goûter. » Aux autres : « Sa femme … » et avec un air entendu : « Elle est partie, …il y a un mois. »
Dans le couloir tunnel il repousse les ombres. Une silhouette avance devant lui, noire sur le fond blanc d’une lumière vive de plage à l’heure où le soleil a enfin tout aseptisé ; Samira se retourne et ses dents brillent comme lorsqu’ il glisse ses mains sous son pull. Et un visage diaphane d’enfant se profile -mais d’où la connait-il ? et elle tend vers lui la coupe de sa main,: « papi, regarde, regarde …J’ai trouvé un œil. » . Il se sent si petit, si frêle, que son corps lui semble sans poids. Ses paupières sont lourdes encore et son regard vague. Le soleil en surgissant derrière la côte en surplomb va d’ici peu étendre sa chape de plomb et dissiper le brouillard.
Au loin l’île .Minuscule et noire. GHV

odile.detruit.jpg

 

Texte 2, merci à ELB : https://trainsurtrainghv.wordpress.com/2018/07/05/je-ne-vous-connais-mais-je-vous-imagine/

 

Texte3, merci à Bernard Alteyrac, auteur*

Méditerranéen aux yeux saturés de bleus violents, d’émeraudes profondes, je me noie dans ces horizons mouillés, indécis, atlantiques. Les vacances qu’ils évoquent, je ne les ai pas vécues, aussi je sens libre de les recréer d’après les récits que j’en ai lus, et c’est bien sûr une petite bande de jeunes filles au chic suranné que je vois arpenter la promenade devant la mer, leurs yeux clairs semblant perdus au loin mais ne manquant rien des regards qu’elles attirent, leur nonchalance étudiée, les raquettes dans leurs presses de bois balancées négligemment, les bérets bleu marine crânement posés, d’où s’échappent des mèches blondes ou rousses, leurs voix brèves dans la moiteur d’un après-midi électrique et l’orage loin dans les terres, comme une rumeur. Marcel n’est plus ici, mais les jeunes filles sont éternelles, et comme lui jadis je manœuvre pour les croiser, tâcher d’exister un instant dans leur conscience, n’osant pas les fixer assez longtemps pour les distinguer les unes des autres. Aussi j’emporterai d’elles un unique visage faits de tous leurs traits mêlés, une image inconstante et diffuse comme le ciel de cet été-là.

*Bernard Alteyrac .

Faux miroir.Gallimard

Mistral noir. Polar. Editions Leo Scheer

 

Texte 4 : contribution de Frédérique Elkamili.

« Coeur arctique, fracture, bouche en lisière des congères, dilution, immersion de l’image, une révélation ! »

https://frederiquelkamili.wordpress.com/

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About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

2 responses to “Odile Détruit et les mots.1”

  1. alteyrac says :

    Méditerranéen aux yeux saturés de bleus violents, d’émeraudes profondes, je me noie dans ces horizons mouillés, indécis, atlantiques. Les vacances qu’ils évoquent, je ne les ai pas vécues, aussi je sens libre de les recréer d’après les récits que j’en ai lus, et c’est bien sûr une petite bande de jeunes filles au chic suranné que je vois arpenter la promenade devant la mer, leurs yeux clairs semblant perdus au loin mais ne manquant rien des regards qu’elles attirent, leur nonchalance étudiée, les raquettes dans leurs presses de bois balancées négligemment, les bérets bleu marine crânement posés, d’où s’échappent des mèches blondes ou rousses, leurs voix brèves dans la moiteur d’un après-midi électrique et l’orage loin dans les terres, comme une rumeur. Marcel n’est plus ici, mais les jeunes filles sont éternelles, et comme lui jadis je manœuvre pour les croiser, tâcher d’exister un instant dans leur conscience, n’osant pas les fixer assez longtemps pour les distinguer les unes des autres. Aussi j’emporterai d’elles un unique visage faits de tous leurs traits mêlés, une image inconstante et diffuse comme le ciel de cet été-là.

    Aimé par 1 personne

    • trainsurtrainghv says :

      Un grand merci pour votre participation. Je vous ai ressenti plus fidèle aux ambiances suggérés que dans mon propre texte qui a jailli à cause d’une brève rencontre et d’un baiser …. dans une maison de retraite. Ma manière pour donner corps à ce qui se défait. J’ai donc inséré votre texte dans l’article. Cordialement. GHV

      Aimé par 1 personne

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