Archive | juin 2018

Haïku du soir.

Nuit claire et douce

Les arbres rejoignent la lune-,

Solstice d’été.

 

ELB

Réponse à Evelyne

grand-couvent-gramat-lot-2.jpgImage:http://www.grandcouventgramat.fr/

Dix heures , le dimanche matin . Marcher avec les kaisetleskaissettes d’Epinay est devenu un plaisir. » Tu vas à ta messe? « m’a demandé Ch. goguenard.

Et sur ce mot là je divague, je cogite. Combien m’ont déjà affirmé être en randonnant  en recherche de spiritualité? Plusieurs; autant que ceux qui comme moi disent se reposer ainsi , respirer et jouir d’un moment de calme.

« Messe » , ce mot et voilà que me revient aussi à l’esprit n’avoir pas fait réponse à Evelyne(ELB ) s’interrogeant sur la vocation de religieux ou de religieuse après une promenade qui l’avait amenée au pied des murailles du couvent de sa ville.  Ce grand couvent là je le connais bien. Qui est passé par Gramat en prenant la route de Cahors n’a pu que  s’étonner de l’énormité de cette bâtisse. En  surplombant le filet invisible de l’Alzou elle fait pendant à toute la petite ville.

Inutile ce renoncement  ? demandes- tu. Tu sais, j’ai lu entre les lignes et bien que nous n’en ayons jamais parlé je pense que nous partageons  là-dessus le même sentiment: que nous ne serons jamais de leurs mais que nous les jugeons indispensables. Tout juste leur reprochons nous parfois  de faire corps avec une religion et d’accepter des dogmes. Et même cela ne me dérange pas.

Coincidence : je lis depuis peu un ouvrage de Richard Holmes qui me passionne, Carnets d’un voyageur romantique. La première partie,1964: voyages, est le récit du périple qu’il entreprend sac au dos dans les Cévennes sur les traces de Robert Louis Stevenson passé par là presque un siècle avant, en 1878. Arrivé au couvent de Notre Dame des Neiges, accueilli pour la nuit avec son ânesse par les trappistes (Vœu de silence, rigueur, prière, travail, chasteté, dénuement) , le non encore célèbre écrivain  découvrait cette formule dans sa cellule : « le temps libre est employé à l’examen de conscience, à la confession, à faire de bonnes résolutions ». Tout un programme; rien de cela ne nous est étrange. En faire une démarche quotidienne l’est davantage, peut sembler inutile et irréalisable surtout avec nos vies de déjantés. Holmes nous rapporte que Stevenson passa par les sentiments les plus divers et découvrit en se frottant au monacal que l’essentiel pour lui était de rester un être de société et de rechercher l’amour, celui d’une femme en l’occurrence. Notre  autre britannique, en 1964 découvre un lieu tout aussi religieux mais maintenant ouvert au public . D’abord sceptique il reconnait son émerveillement face à la sagesse des moines.

hgfemme114

Les ascètes, les nonnes , les chartreux, les ermites, les anachorètes (J’en suis un m’affirme Ch.!) pratiquent cette exigence de vie-vaine-inutile .Nous nous en sentons incapables.   Valeur bien mystérieuse, pour reprendre ta formule Evelyne, basée sur le sens de la vie. Les murs arrogants, les étendards, l’encens, l’or et les pierres précieuses , les images peintes et exagérées du vatican dont  crurent bon de s’affubler trop d’ églises en confondant  la richesse des commerçants de l’âme avec celle des esprits nous déplaisent. L’ascétisme devrait nous interpeler bien davantage.

J’aime qu’un créateur, peintre , pianiste ou autre se sente ouvrier dans l’inutile. Il me semble qu’il y a là un lien à nouer avec nos étranges reclus ou recluses. GHV.

Lien avec l’article d’Evelyne

Illustration:hgfemme114. GHV

Lire: Richard Holmes. Ed. Voyageurs Payot.

Richard louis Stevenson: Journal de route en Cévennes. Ed. Privat Club Cévenol

 

 

Sylvie Koenig et son marché

                                          Sylvie Koenig; détail.

 

« La nature morte est une peinture qui représente des objets inanimés… Dénuée de toute anecdote, de toute action,elle est considérée comme étant le genre le mieux à même de révéler l’existence même des Formes, des couleurs et des valeurs dans la lumière. »(Vocabulaire d’Esthétique.Presses universitaires de France.)

panneau.sylvie.koenig

Sylvie Koenig. Assemblage de quatorze carrés.

Sylvie sans pinceau, sans pigments, en découpant de très jolis sacs de papiers récupérés au marché, en  assemblant ,photographiant puis imprimant, enfin en brodant à la machine, se réjouit des formes et des couleurs qu’elle nous propose sur une tenture de coton, étal léger sur lequel nous pouvons faire notre marché de fruits, de légumes ou de fleurs en choisissant pour sa texture, son grain, une couleur , un souvenir, une évocation. Il suffit de retirer quatre épingles   .

Fil et trames: Pénélope je m’en souviens tissa un linceul pour Laerte le père d’Ulysse; brodeurs et brodeuses depuis la nuit des temps ont enfilés tant d’aiguillées, de nos jours Annette Messager nappe parfois ses images de fils en rideaux et Sylvie avec la même patience dessine et dessine encore au rotring multicolore de sa machine à coudre . Elle le fait sur la grâce fragile de papiers délicats, en couleurs qui subliment les étranges rondeurs et différences de fruits et légumes biscornus mais si appétissants.

A mes yeux donc natures mortes que ces ouvrages de doigts et de musique intérieure ; Me le confirmerait-elle? Visible encore à la galerie de l’AAB jusqu’à demain dimanche 17 juin, près du métro Couronnes à Paris .(Voir article précédent pour l’adresse).

Et puisque les mots évoquent j’ai choisi à cause de celui ci une œuvre de Luis Mélendez, peintre de bodegones au XVIIIème siècle. De ce peintre espagnol  -Espagne ou l’ art de la nature morte était sensé restituer harmonie et sérénité- j’ai toujours aimé la sourcilleuse précision avec laquelle il imposait les caractéristiques de chaque fruit ou objet, les isolant du monde extérieur et nous obligeant à une saine humilité.

Voir une œuvre de Luis Melendez:

http://www.elcuadrodeldia.com/post/148598255368/luis-egidio-mel%C3%A9ndez-bodeg%C3%B3n-con-ciruelas