Archive | mars 2018

Mères.

ma mère

Il y eu ce matin sur mobiles un chassé croisé de commentaires sous la photo du petit Roméo appuyé à son portique. A six mois on trône avec conviction.

-« Compétiteur? Haltérophile c’est mieux » dit la tante.

-« Témoin à la barre » pour la mère

-« Futur ministre, non…président ! »pour la grand-mère que je suis et j’ajoutais: « c’est que je lis La promesse de l’aube de Romain Gary ».

Je l’avais laissé sur la table de la cuisine et retrouvé après deux semaines au grand air.

C’ est le genre de livre que l’on se doit d’avoir lu . Il en a même été tiré deux  films que je n’ai pas vu. Livre refermé  un peu déçue par le ton gamin du récit, à la page 206, chapitre XXII , juste après avoir vu descendre M.Zaremba  de son taxi  et  appris qu’il resterai un an dans l’hôtel tenu à Nice par la mère de Romain Gary.  Encore un récit de mémoire sur l’enfance  et l’ adolescence  m’étais-je dit.

Au retour je n’ai pas lâché le livre . C’est au delà du portrait d’une mère bête à pleurer, excessive, prête à tous les sacrifices, enfin presque, ridicule souvent et affublée de la beauté que les enfants reconnaissent à leur génitrice un hommage à sa détermination, une explication au destin de Romain  Gary . Car toute sa vie elle lui martela: « tu seras, diplomate, homme à femmes, Victor Hugo, héros… ». Ce qu’il fut évidemment. Elle avait sans cesse œuvré pour cela.

M. Zaremba , peintre que j’ai imaginé de fleurs ou de chevaux, n’eut pas assez d’une année pour la convaincre de l’adopter , de lui céder ne serait-ce qu’une miette de cet amour inconditionnel.

Histoire rocambolesque. L’humour qu’il manie fait tout passer et empêche l’auteur de pleurer, lui permet à travers les dizaines d’anecdotes  de révéler sans forfanterie , avec dérision , le héros qu’il fut vraiment, le travailleur acharné, l’écrivain  de renom, le compétiteur  viril, l’heureux jouet de la vie, amené à réaliser ce que mère avait voulu.

Surtout ne rien révéler de la fin . Le livre allégé des évènements si chaleureusement racontés aurait tout aussi bien fait une nouvelle à la chute épatante et émouvante.

Bon , me dis-je encore un livre d’homme , mais quel extraordinaire portrait de femme. Qu’aurait-t-elle voulu comme destin pour une fille? GHV

La promesse de l’Aube. Romain Gary. Ed.folio poche

 

L’importance de la langue.

fleurs7

 Le français, c’est cool, a dit la nouvelle conseillère pour la francophonie, Leïla Slimani, jeune écrivain franco-tunisienne dans le cadre de la semaine consacrée à la francophonie, donnant par son ton un peu de peps à notre langue.

L’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) compte 57 pays dont entre autres, l’Arménie, la Roumanie ou la Bulgarie non colonisés par la France- on peut le préciser-, mais dont la proximité  avec le latin pour le roumain et autres passerelles ont créé une intimité et certaines correspondances culturelles avec une partie de l’ex Europe centrale et orientale, tradition presque historique. Je salue Zoé originaire de Bucarest  et ancienne journaliste venue en France après la chute du mur , amoureuse de la langue française étudiée à l’université de Bucarest où on l’enseigne toujours ainsi qu’ à Tirana en Albanie et à Sofia en Bulgarie. On l’oublie souvent.

Le rayonnement de notre langue serait un rempart contre l’anglais envahissant et uniformisant ; elle aurait pour mission de défendre la liberté d’expression et les droits de l’homme. Voilà les ambitions affichées. Or, les subventions aux Alliances françaises ont baissé de 11%.

Le français, notre bien commun comme le dit l’écrivain franco-congolais, Alain Mabanckou ou le fameux butin de guerre  dont parlait Kateb Yacine souvent mentionné dans ce blog, n’a pas fini de s’enrichir ou parfois de s’appauvrir mais c’est le propre de toute  langue ; elle est vivante à condition d’être parlée suffisamment. Chaque jour, quantité de langues disparaissent sur la planète.

Un nouveau pays s’intéresse à l’OIF et veut devenir observateur, l’Irlande. Depuis le Brexit, redoutant le retour à la frontière, l’Irlande du Nord s’est intéressée à l’OIF. L’usage du français lui permettrait de rétablir des échanges commerciaux, par exemple en Afrique*.

L’UE comptait 24 langues officielles, le Royaume Uni en moins, une langue officielle disparaitrait : l’anglais. Sachant que les langues d’adhésion de l’Irlande et de Malte, pays anglophones-, sont le gaélique et le maltais, le parlement de la communauté française de Belgique soutient l’idée que le français pourrait supplanter celles-là. Une joyeuse bande d’optimistes.

Visiblement l’Irlande, Brexit oblige n’a pas attendu et pense à sa balance commerciale passant par la case membre observateur à l’OIF. Brexit plus chute récente du gouvernement les encouragent vivement à réagir.

Commerciale ou pas, la langue circule et se partage et c’est bien là, l’important. Elle ne serait alors, peut-être, pas uniquement la langue de la diplomatie comme elle a été si longtemps. Il lui est d’ailleurs, dans ce registre,  de plus en plus difficile de rester cool .

Pour réduire la fracture entre littérature française et littérature francophone, Leïla Slimani, propose que la littérature francophone, de plus en plus riche, ne passe plus ou pas seulement par l’édition parisienne.

Beau combat. La décentralisation est en projet.

ELB

 

*sources : Courrier International 15 21mars 2018.

Ce que je pourrais dire

 

 

 

jonquilles

 

 

Un mois !

Le temps qu’il a fallu pour que je commence à me sentir chez moi.

S’installer, se retrouver dans ce nouveau lieu. Enfin, j’y suis. Sacré voyage ! Moins d’un kilomètre plus loin, plus en nature. Deux fois en un peu plus d’un an et retrouver ses marques, c’est aussi un voyage, un voyage en soi qui continue à creuser le sillon. La nature plus libre. Et une portion de vie à tracer, le chemin encore ouvert devant soi, renouvelé qui ne demande qu’à offrir une perspective, autre.

Un carton passé à la trappe dévoile plusieurs années plus tard un fusain maladroit. Une photo oubliée et fanée aux bords déchirés et usés que j’ai eue en mains mais n’ai, hélas, plus. Elle représentait une maison et dans le cadre d’une fenêtre ouverte, l’arrière-grand-mère Hyacinthe. Et pourquoi donc Hyacinthe, prénom pourtant masculin ? Ce fusain gribouillé il y a plus de trente ans d’après cette photo, Il trône désormais dans l’entrée et me renvoie à ces voix tues dont ma grand-mère, la fille de Hyacinthe, nous a tant parlé. Elle nous entretenait de cette ascendance qui nous a marqués de son empreinte. J’en ai conscience, elle est indélébile et me poursuit dans mes moindres recoins et replis du cœur et de l’âme si nous en avons une. Comme le lieu qui nous a vu naître ne nous quitte pas. Ceux qui ont lu ou lisent Pierre Bergounioux et tant d’écrivains évoquant ce lien qui relie mais qui peut nous envahir aussi, savent que c’est pour lui et grâce à lui que l’on continue à faire trace. Ne pas oublier et ne pas vouloir l’être.

Mais pour qui se prend-on ? Pour qui je me prends. Ma vie plus intéressante qu’une autre ? Non mais nos vies en silence, sont à la fois, unies et séparées. On peut le dire, on peut l’écrire.

Comment, ceux qui n’en ont pas la connaissance, de ce lieu ou de cette histoire familiale racontée et qui fait à ce point resurgir l’écho des voix disparues, vivent-ils. Sans l’odeur d’un cellier ou d’un arbuste en fleur inscrite dans leurs narines peuvent-ils vivre ?

Grand format derrière la baie vitrée à galandage : chênes et rochers de la glèbe affleurant le sol. Cisaillée, la pierre jaillit du sol aride.

Visite de chevaux peu farouches en quête d’herbe ; la trace de leurs sabots sur la terre détrempée témoigne et un chevreuil aperçu très furtivement car bien trop craintif, brouterait les rosiers..

La lumière ne cesse de croitre et augmente tous les jours un peu plus. Le soleil blanc de l’hiver va laisser place à un peu plus de couleur. C’est ce qui nous illusionne mais l’on sait bien que le printemps fait souvent faux bon. La fraicheur de l’air, ce matin nous le rappelle.

Dans la lumière des phares, toujours les mêmes interrogations et questions de société dont la place de l’homme et de la femme, l’égalité entre les sexes toujours à conquérir et préserver, la ruralité malmenée Quant aux autocrates dont le nombre croît grâce à une modification de la constitution leur permettant ainsi de prolonger leur mandat, ils verrouillent le pouvoir qu’ils exercent comme des empereurs imbus de leur personne, au détriment du peuple. S’engager à vie à servir surtout les siens, voilà la nouvelle donne. Des journalistes assassinés dès lors qu’ils enquêtent sur la corruption au plus haut niveau de l’état, comme en Slovénie mais ce pourrait être la Bulgarie ou un autre pays, des gouvernements impossibles à constituer tant les citoyens sont désillusionnés. .

Entre guerres, semblants de diplomatie, réseaux d’influence et autres ficelles, quelques Frankenstein politiques de la planète fabriquent un monde enchanté à leurs yeux mais ensorcelé pour la plupart.

Le ciel engloutit toujours la nuit et la simplicité des jours sera de retour dès la mesure des pas, prise.

L’affairement de l’installation passée, la rumeur de la ville, de plus en plus lointaine, les jours reprendront leur cours, plus simplement. Le repos, l’apaisement. Ne se lever que pour constater le bouton ou le bourgeon, éclaté et vérifier avant de se coucher si la lune est bien toujours là.

 

Une belle touche de jaune au salon : les jonquilles d’Huguette.

 

ELB