Archive | décembre 2017

Le très vieux carnet(suite).

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Le 26 avril 1872 une jeune femme était retrouvée noyée dans une mare. Le petit carnet l’atteste.Non celle de Grèze mais celle de Forges, ou de Giral, me dit mon frère  Pierre qui conteste (Pierrot pour les intimes.).

Donc quatre générations après il restait quelqu’un qui avait eu vent du fait. J’ai apporté le document photocopié à la petite nièce qui elle aussi avait su, enfin un peu…mais par contre rien d’un autre fait qu’un livre sur les meurtres en Quercy édité il y a quelques années avait remis à jour. Là encore mon frère savait, elle rien , ni ses parents : une arrière grand tante avait sauvé sa tête ,échappé à la guillotine,bien qu’elle ait avoué avoir étranglé sa belle fille. Histoire d’hommes et d’amours illicites . Peut-être faudrait-il retrouver les comptes rendus du procès pour comprendre l’indulgence des jurés…

Autre mystère du carnet: au vu des  écritures différentes plusieurs y ont tenu des comptes et noté des souvenirs, des faits marquants . Les arbres de Miers avaient cinq ans lorsque mourut Perette par suicide « reconnu ». Le mot au bas de la page  ne dit rien de ses motivations. Non plus pourquoi l’on planta des arbres…

Et j’ai vu il y au moins trente ans arracher ces ormes centenaires qui faisaient une ombre fraîche sur la place de la mairie de Miers . Des platanes les ont remplacés qui peu à peu imposent leur frondaisons. GHV

PS:  je ne retrouve pas les titres des livres qui contait les meurtres en Quercy . Merci à ceux qui peuvent me les signaler.Il y en aurait deux.

 

 

P.S : ajout du 26/12//2011: il s’agit d’un article  paru dans l’Express du midi du 26 mars 2011. Maria  , sœur cadette de Perette est accusée d’avoir tué sa belle-fille . La noyade de Perette est évoquée lors de son procès.

Affaire Maria Izorche, épouse Barrière, de la commune de Miers, canton de Gramat.

Audience ouverte à 11h.
Me Korn, procureur de la République, occupe le siège du ministère public. Me de Valon, du barreau de Cahors est assis au banc de la défense ; Mr. Bonnefois, greffier en chef donne lecture de l’acte d’accusation.
Le sieur Barrière , métayer à Farges ( *Coquille?), commune de Miers avait eu d’un premier mariage une fille Marie qui au moment de l’attentat dont elle a été victime était âgée de trente-trois ans et mariée depuis sept ans au nommé Léon Brel. Barrière avait épousé en secondes noces il y a vingt-cinq ans la dénommée Maria Izorche et les deux ménages vivaient sous le même toit mais la marâtre rendait la vie impossible à sa belle –fille. Il y a quelques elle aurait tenté d’étrangler cette dernière. Marie Brel pour échapper à ses mauvais traitements aurait déjà quitté à deux reprises la maison paternelle et elle était décidée ainsi que son mari à partir fin mars 2011.
Cette séparation déplaisait à la femme Barrière qui parait-il avait éprouvé une vive passion pour Léon Brel en faveur duquel elle avait même fait son testament .Elle donne à entendre que ce projet de départ n’était pas sur le point de se réaliser. C’est dans cet état d’esprit que se trouvait l’accusée lorsque ce matin du dimanche douze février deux mille onze les deux femmes restèrent seules à la maison où se déroula sans témoins le drame qui devait coûter la vie à Marie Brel. D’après ses propres déclarations la femme Barrière provoqua sa belle-fille en lui demandant s’il était vrai que cette dernière l’accusait d’aimer son mari. Marie Brel répondit affirmativement. L’accusée se précipita sur elle et la terrassa. La jeune femme s’étant relevée fut repoussée dans une petite pièce servant de vestiaire où elle fut renversée à nouveau par la femme Barrière qui la maintint à terre en lui appuyant le genou derrière l’oreille tandis que des deux mains elle tirait violemment sur la gorge avec des lacets de corset. Elle fractura ainsi le larynx de la victime qui mourut étranglée. La marâtre fit ensuite tomber sur le cadavre la cloison au pied de laquelle elle était étendue espérant que la mort serait attribuée à un accident.
La femme Barrière s’habilla ensuite et se rendit à la messe à Padirac où elle retrouva son mari et Brel. De retour à leur domicile ils découvrirent le cadavre de Marie Brel et l’accusée simula un évanouissement qui ne put tromper le médecin appelé aussitôt. Il constata que la femme barrière présentait une plaie sous l’œil gauche et des traces d’ongles sur les mains. Interrogée par le magistrat instructeur et mise en présence de la victime dont les ongles correspondaient exactement aux traces relevées sur ses mains la femme Barrière finit par avouer son crime mais en protestant qu’elle ne l’avait pas prémédité. Outre les marques de strangulation le corps de Marie Brel portait de nombreuses blessures superficielles qui témoignaient de la lutte que la malheureuse avait soutenue. Elle était d’une complexité assez faible alors que la marâtre est particulièrement robuste.
Maria Barrière n’a pas d’antécédents judiciaires mais elle passait pour avoir un caractère autoritaire, violent et haineux.
En conséquence la nommée Maria Izorche, veuve Barrière, est accusée d’avoir à Miers le 12 février volontairement donné la mort à la femme Marie barrière, épouse Brel, sa belle-fille.
La lecture de l’acte d’accusation terminé, Mr. Le président des assises procède à l’interrogatoire de l’accusée.
Maria Izorche s’exprime d’une voix en patois, sa voix est faible, on l’entend difficilement.
Le président lui dit qu’il y a une vingtaine d’années elle a été soupçonnée d’avoir jetée sa sœur dans un lac, où elle s’est noyée. Elle répond qu’elle ne pouvait empêcher les gens de parler.
Le président lui dit encore qu’elle a été soupçonnée d’avoir mis le feu à une meule de paille ; elle répond que ce n’est pas vrai.
Le président lui reproche les mauvais traitements qu’elle a fait subir à sa belle-fille ; elle répond qu’elle a eu pour sa belle-fille tous les soins possibles, qu’elle l’aimait bien.
Relativement à la scène du drame, l’accusée dit que sa belle-fille lui reprochait d’aimer Léon Brel, son mari, qu’une rixe a éclaté entre elles à ce sujet, que des coups ont été échangés, qu’elle saisit un corset qui se trouvait à sa portée, qu’elle le passa bien autour du cou de sa belle-fille, mais qu’elle ne tira pas sur le lacet. Elle ajoute qu’elle ne fit pas tomber la cloison sur le cadavre, que la cloison heurtée violement au moment de la rixe, s’écrasa sur le corps de sa belle-fille.
Les témoins sont ensuite entendus.
Mr. Louis Brel âgé de trente-quatre ans, mari de la victime, déclare que sa femme était d’un caractère doux et soumis, que l’accusée se montrait très autoritaire. Ses déclarations sont pleines de réticences.
Mr. Jean. Pierre Barrière, quarante-sept ans, père de la victime, dit que sa fille ne se plaignait jamais d’avoir été maltraitée par l’accusée. Il ajoute que la cloison écroulée sur sa fille n’était pas solide.
Mr. Jean Brel, beau-père de la victime, dit que quelques jours avant le crime, l’accusée lui avait dit en parlant du départ prochain des époux Louis Brel : « Ce départ n’est pas encore sur le point d’avoir lieu. »
Mr. Charles Blanc, docteur-médecin et maire de Miers, raconte les constatations faites par lui. Il donne des bons renseignements de victime et que la femme Barrière était très autoritaire.
Mr. Le docteur Soulhié, médecin légiste à Gramat, a fait l’autopsie et cadavre et constaté qu’il y a eu strangulation ;
Mme Hélène Pélamon, veuve ( ??*) Brel, mère de Léon Brel, déclare qu’il y a quelques années, Marie Barrière quitta la maison parce que sa belle-mère l’avait frappée.
Mme Maria Terrou, veuve Lagarrigues, a assisté à l’évanouissement de l’accusé lors de la découverte du cadavre et dit que son impression est que cet évanouissement était simulé.
Mme Rose Battut, épouse Lacaze, qui a eu marie Barrière à son service, déclare qu’elle était d’une extrême douceur.
Mme Ferry , ménagère à Thégra, déclare que dès la découverte du cadavre la conviction de tous était que la femme Barrière était coupable.
Mr. Marcelin Leyde, cultivateur à Padirac, a vu la femme Barrière le jour du crime, et dit qu’elle avait l’air tranquille.
Mr. Louis Pouzalgues , cultivateur à Miers, a été victime d’une tentative d’incendie. Il soupçonne la femme Barrière d’en être l’auteur.
L’audience est suspendue à quatre heures et reprise à quatre heures quarante-cinq. La salle est envahie, malgré les efforts des fonctionnaires. Toutes le places sont prise d’assaut. Le banc même de l’accusée est occupé par des spectateurs. La circulation est devenue absolument impossible.
Me Korn, procureur de la république, dans un réquisitoire d’une implacable logique, rappelant le long martyre enduré par la malheureuse jeune femme, démontre que la femme Barrière mérite un châtiment sévère. Il réclame un verdict affirmatif.
Me de Velon prononce une éloquente plaidoirie et discute habilement les diverses charges de l’accusation. Il demande aux jurés de faire un acte de justice et d’humanité en ne condamnant pas l’accusée.
A sept heures le jury entre dans la salle de délibérations. Il revient à huit heures, rapportant un verdict négatif sur la question du meurtre, mais affirmatif sur la question subsidiaire des coups et blessures ayant entrainé la mort avec intention de la donner . Les circonstances atténuantes ne sont pas accordées.
L’audience est levée à huit heures et demie.
La session des assises est close.
* je ne connais pas de lieu dit Farges à Miers. Mais Forges oui…
*Veuve Brel 😕 S’il s’agit de la belle –mère de Marie Barrière, son mari est encore en vie puisque témoin au procès.

Haïku du soir.

S’est noyé le jour

Dans la longue nuit brumeuse-,

Solstice d’hiver.

 

ELB

Ce que je pourrais dire.

érables

 

Je n’avais pas lu de prix Goncourt depuis bien longtemps et j’y ai pris du plaisir. Un récit allègre, vif, court,  acéré de pointes d’humour grinçant. Une histoire des petites affaires entre amis peu recommandables dont les noms résonnent encore dans la capitainerie de l’industrie européenne allemande au cours des deux mois très spéciaux, à savoir février et mars 1938. La genèse des atrocités à venir.

La lecture du dernier Modiano,  toujours aussi troublante avec cette réalité aux frontières du rêve ou l’inverse, perdu au milieu de ces négatifs superposés qui à la fin pourraient clarifier un peu l’affaire, ce mélange de faits vécus et l’impression de les avoir vécus ainsi que ces chemins laissés au profit d’autres quand  à l’époque,  on était sûr de n’en avoir eu qu’un seul : aucun choix puis un jour:  Stop ! Arrêt ! On entre dans la vie et on croit prendre sa destinée en main sauf que,  vingt ou quarante ans plus tard quelques papiers pelures reliés par un trombone rouillé  se rappellent à notre mémoire. Les souvenirs n’étaient qu’en sommeil. Un peu de cette réalité dont on ne sait plus tard, si elle avait été vécue ou rêvée.

Pour reprendre souffle, j’ai entrepris la lecture de Dans mes pas de Jean-Louis Etienne, médecin explorateur qui de passage non loin de sa terre d’enfance, passait à la librairie à l’occasion de manifestations.

La mort de Françoise Héritier, anthropologue dont le maître fut Claude Lévi-Strauss m’a peinée aussi . Chercher encore cette balance, cet équilibre masculin féminin . Elle a porté une grande attention aux prisons ainsi qu’à leur rattachement au Ministère de la Santé et à la condition des femmes comme Simone Veil et Germaine Tillon l’avait demandé pendant la guerre d’Algérie. Elle nous a expliqué comment symboliquement s’est construit la différence des sexes. Que des femmes au cube!

Deux balades avec Huguette pour quelques jours dans le Lot, dans la petite vallée de Meyronne une belle lumière blanche et oblique en milieu d’après-midi et d’une jolie citerne au toit de lauzes restaurée. Le chemin des vaches. La deuxième sur le causse pur, celui du triangle étoilé avec ses puits, ses cloups(dolines) et ses lacs de St Namphaise du nom de l’ermite qui au VIII -ème siècle creusa sur le sec plateau et en forêt de la Braunhie de petits puits pour abreuver les brebis. Ni côte ni pente,  terrain plat avec un horizon à 360°. Inspiration.  Des traces ténues mais réelles d’une vie ici, il y a longtemps. Peut-être, une activité de forge ; le hameau las Fargues soit les forges en occitan nous le laissent supposer. Une mine de fer vu le relief du terrain et ses excavations ou trous creusés par l’homme. Restes de soubassement de maisons.

A l’arrivée une lumière claire qui arrose les toits de Reilhac avec au premier plan un vert du même coup plus sombre, me fait remarquer Huguette.

Je ne connaissais du Quercy que les dolmens, nombreux et voilà que pour la première fois, rentrant de Figeac un panneau m’indique Le menhir de Bélinac. Au bout de la petite route, vers un chemin. Peu nombreux en tout cas et il n’en resterait qu’une vingtaine au grand maximum. La majorité d’entre eux ayant servi aux constructions des indigènes. Il est penché,  comme soucieux ; Son ombre, sous le ciel si bleu, ce jour-là, en adoucît la silhouette. Un couple d’amoureux se berçait à sa base.

Sans druide ni barde, la bourre blanche de lianes sauvages recouvrant le dessus des haies contraste avec les couleurs fauves des arbres. Des bruits de bêtes dans la haie, celui des lapins ainsi que les derniers oiseaux avant la nuit. Les mots tus sont en semailles. A présent c’est l’hiver, la nature se dénude sous la pluie. Le froid a gagné. Resserré le jour, aussi. On peut encore sentir le moelleux de la mousse sous les pieds ou la souplesse du tapis de feuilles râtelées. Pour combien de temps?

On pense toujours qu’on a tout le temps, tout son temps mais on ne peut y échapper ; on ne peut rien y faire et on le sait bien. Un temps resserré parfois sur la tristesse d’une nouvelle ou au contraire,  un moment de poésie.

Et ces jours-ci, à la faveur d’un état grippal mais pas tout à fait, la fameuse influenza hivernale, clouée sur mon canapé sous la couverture, entre tisane, miel et clémentines dans l’attente d’un rendez-vous médical, ne pouvant ni lire ni regarder un documentaire  à la TV en raison d’un mal de tête persistant voilà qu’avec le ciel aussi léthargique que paresseux, j’ai vogué dans les airs. De mon petit observatoire en position allongée, j’avais pris mon parti de cette panne de mon corps et avais donc tout loisir de profiter ce que m’offrait ces deux rectangles transparents ouverts sur le jardin.

Ils cadraient un morceau de l’un des deux tilleuls. Mes yeux traînaillaient, rêvassaient dans la vie familière de la brume froide de décembre. Un an juste que nous sommes, après 35 ans-, redevenus Lotois et ce ciel fatigué auquel je m’associais, m’offrait un spectacle hypnotique et rassurant car fait de figures géométriques que forment ces croisements de grosses et petites branches démunies . A l’instant où je le note, j’aperçois un triangle rectangle puis un isocèle que mon œil et cerveau enregistrent et j’ai l’impression que cela me fait du bien. Ce jeu d’ équilibriste dans les arbres participe à l’harmonie des formes environnantes qu’offre presque sans rien faire, la nature. C’est réjouissant, jouissif même. Il est heureux finalement qu’au moment de l’année où la lumière décroit le plus, les arbres se dépouillent pour la mieux laisser passer nous laissant entrevoir davantage de ciel et permette de redécouvrir un petit hameau niché au creux d’un val que l’on aurait oublié ou un pech embrumé.

Après de si beaux jours de froid givré qui ont sublimé le vieux plateau calcaire, l’absence totale de feuilles, un ciel plus gris que de raison nous invite à circuler au milieu de ces figures que d’invisibles acrobates semblent avoir dessinées de la pointe acérée de leurs chaussons, traces subtiles entre les ramifications de l’arbre noir en repos.

A l’occasion de l’hommage populaire rendu à Johnny Halliday, Du pain et des jeux aurait dit pour la énième fois, ma grand-mère qui n’en connaissait probablement pas l’auteur. Elle l’aurait du reste associé plutôt à Néron ou César, qu’elle exécrait-, qu’à Juvénal. Je l’ai, moi-même vérifié. Un peu trop, ne trouvez-vous pas ?  Un tel désarroi ou un tel besoin de communion autour d’une idole érigée presque en héros national.

Qu’en penser ? Voilà qu’on a plaint les fans pour avoir passé la nuit dans le froid afin d’ être aux premières loges devant l’église de la Madeleine ! Des SDF sont morts de froid et des enfants, migrants ou pas dorment dehors. Tout est égal ou serait en train de le devenir ?

Je viens de lire et de voir dans Courrier international, grâce au reportage du photographe Ecossais, Ed Jones, que le jouet le plus répandu au Bangladesh, dans les camps de réfugiés Rohingya, était le  bouchon de bouteille en plastique suivi par le pistolet en plastique signifiant que la famille est là »… depuis plus longtemps et a pu en faire l’achat ». S’ensuit toute une galerie allant du handspiner à la lame de rasoir en passant par le couteau suisse.

Dans ce monde, toujours tout se passe en ce moment et il serait toujours trop tard. Comme Lucky Luke, il faudrait tirer plus vite que son ombre. Toujours en retard d’un train. Mon état fébrile m’a au moins imposé de m’arrêter un peu.

Aujourd’hui, toute la campagne est saupoudrée de sucre glace. Nature enchantée.

ELB

Souvenirs dormants.         Gallimard     Patrick  Modiano

L’ordre du jour.                  Actes Sud       Eric Vuillard

Dans mes pas                      Paulsen          Jean-Louis Etienne