Ce que je pourrais dire.

On a tellement besoin du fil des jours, de cet air bleui des premiers d’octobre chaud qui nous avait mal habitués. Désormais, un ciel paresseux penché sur les feuilles dorées du jardin depuis trois jours et leur balancement dans le vent comme autant de papillons légers, déjà ici et plus tout à fait là-bas. La saison s’installe.

La rumeur du vent à la pointe des sapins atténue un peu la querelle de ce couple d’oiseaux qui criaille. Les deux Garenne ont refait leur apparition au fond jardin. J’ai quitté, il y aura bientôt un an-, Clichy-la-Garenne lieu des anciennes chasses du temps des rois chevelus tel Dagobert et voilà ces deux paires d’oreilles à l’affût qui me rappellent les mouettes de bord de Seine qui tournaient au-dessus du jardin de l’immeuble ; avec la corne de brume, elles étaient en milieu urbain, notre poésie du quotidien.

En descendant vers St Céré, tôt un matin, les bans de brume s’accrochaient aux collines baignées de soleil.Sa lumière blanche obligeait à plisser les yeux. Le soir en rentrant du chant, la lune avait perdu de sa rondeur mais l’argent coulait sur les arbres.

Le paysage roussit un peu plus chaque jour et la lumière allume les haies. Les frondaisons abondantes de l’été prennent couleurs et marquent un relief à l’horizon quand nous descendons vers l’Ouysse. Calme et tranquille avec ses reflets de ciel et de branches jaunies confondus, faisant contraste avec ces plaques de lentilles vertes à la surface de l’eau qui donnent une impression de tranquillité et nous attirent. J’observe que chacun marque un temps si le marcheur qui le précède, s’arrête. Besoin de repos ?

Avançant quelques jours plus tard avec mes camarades de marche, un des derniers jours d’été indien-, les feux de couleurs allumés dans les taillis il y a deux à trois semaines, au creux de la petite vallée dans ses moindres replis et pliures ainsi qu’au-dessus des falaises et qui enluminent ces rocs et rochers si imposants et taiseux d’ordinaire, me saisissent. Le minéral sublimé par l’automne.

En négatif de ce monde en surface, s’en dessinait un autre que mes pieds pressentaient; une eau en souterrain au-dessous de ce plateau si riche en résurgences, en grottes et autres excavations, Je me disais que tout était peut-être géologie. J’eus un temps l’impression d’être funambule, comme en équilibre et ressentis, tirée vers le sol par mes propres pieds, un chemin d’eau invisible en même temps que, hissée par ce ciel piqué d’étoiles, le soir venu.

Mes pas me suivent ou je les précède ? Je n’étais ni ensorcelée ni sous l’emprise de psychotropes ou champignons hallucinogènes. La relation à la nature éloigne des connections numériques qui deviennent secondaires plutôt que nécessaires comme on aurait pu le croire. On n’y renonce pas car elles relient aussi, mais on n’en fait pas une religion. La réserve de la nature, son intimité nous relie à la nôtre, bienveillante, comme une source.

Le jour commence à nous échapper ; avec l’humidité des  derniers jours, les senteurs de mousse et de fougère humide sous les châtaigniers et noyers en filant vers la lande de broussaille aux couleurs chocolatées-, se font plus insistantes.

Le jour se blottit, englouti par la nuit. Le verbe bavard et gourmand de l’été va se mettre en sommeil quand certains animaux entre le pas précipité des brebis et celui, pesant des vaches vont encore profiter soir et matin de cette fraîcheur. Des animaux nocturnes d’automne vont fouir, creuser la terre et en réveiller les odeurs.

 

ELB

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2 responses to “Ce que je pourrais dire.”

  1. Esther Luette says :

    Quelle belle écriture. Elle sied si bien à la plénitude de l’automne.

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