Ce que je pourrais dire…

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Entre le chaud et le très chaud, le printemps s’est achevé il y a déjà longtemps et l’été précoce  nous a pris de court. J’en ai presque oublié le solstice, les feux de la St Jean se préparant çà et là.
Distraite par la douceur encore chaude du ciel nocturne piqué de diamants, de l’autre côté de la route : éon, éon ou Léon, faisait le paon tandis que sous la piètre fraîcheur des arbres, les grillons frottaient leurs élytres. Assurément, nous étions  en été.

Et dans ces moments-là,  de grande chaleur, j’aurais aimé pouvoir entendre les mouettes au-dessus de la Seine et c’est le murmure du vent dans la sapinière, lovée dans le hamac qui m’aurait presque fait croire au sac et ressac d’une mer  lointaine ; mais une fontaine comme on en voit dans certains  jardins, un ruisseau ou un filet d’eau au-dessus de l’abreuvoir  auraient pu tout aussi bien me rappeler, convoquer ces  images de fraîcheur.

Je rêve d’un rat des champs qui converserait avec un rat des villes- l’amie Huguette, sœur de blog-,  lui confiant ces secrets de nature, lui comptant la vie du terrier. Or, il se trouve que bien des choses m’échappent qui devraient m’alerter, me tenir aux aguets. J’ai raté les manifestations pour conserver l’arrêt dans nos petites gares ; ainsi, celle d’Assier et de Gramat seraient fermées les week-end et jours fériés et celle de Rocamadour le serait définitivement. L’affaire est presque pliée.

Pas tout à fait rat des champs, je disais-,  mais en route vers ce mode de vie ; oublié aussi la transhumance pour le Lioran au départ d’Espédaillac, village caussenard s’il en est. Depuis une dizaine d’années, les changements de pacage reviennent-comme celui de Rocamadour vers  Luzech près de Cahors-,  pour éviter l’achat de fourrage et pratiquer une sorte d’écobuage. Autrefois, on pouvait faire paître les brebis dans les coudercs, ces communs au centre du village et des hameaux. Or ces derniers au fil du temps ont été intégrés à certaines maisons ou réduits pour agrandir un jardin.

Dimanche dernier, accompagnée de Brigitte,  à Latouille près de St Céré, le  Sentier Art Nature, parcours poétique émaillé de couleurs : accrochage en pleine verdure dans les arbres et au-dessus de l’eau, tableaux, peintures,  tissus de couleurs jetés par-dessus la rambarde du pont de bois et traînant dans l’eau, rochers du torrent et troncs d’arbres habillés de couleurs unies et en patchwork pour les rochers, du papier recyclé incrusté ou des pliages en papier origami. Plusieurs groupes de musique, allant du jazz à la variété en passant par la musique Sud-américaine les percussions et la guitare sèche s’égrenaient tout au long du sentier. Sur le chemin, en redescendant, avec son père, il chantait presque trop bas, mais sur le ton de la confidence comme pour mieux nous faire prêter l’oreille et apprécier avec une nostalgie heureuse, un poème d’Aragon.

Une moitié de visage de jeune femme, suspendu au fut d’un arbre m’impressionnait. De la poésie et de la légèreté dans la décoration de  fil de fer et de verre de couleurs évoquant le vitrail. Nous pressentions la lumière et la brise jouer avec la matière : les cliquetis se seraient mêlés aux chants et musiques qui s’entrecroisaient. Les sublimes photos du rebond de la goutte d’eau nous ont aussi particulièrement touchées.

Depuis  une semaine se sont évanouis canicule et vent chaud de ces derniers jours puis… l’orage d’été tant attendu. Les averses successives ont tout rafraîchi me faisant tirer de l’armoire, pull et gilet chauds et rangé les sandales laissant traîner les orteils au vernis rouge. L’été torride est en suspens. Fleurs et pousses ramollies et peu gaillardes ont relevé la tête. Demain l’été revient.

Mais la mort de Simone Veil, hier, nous peine terriblement.

Si elle en avait eu encore la force, à coup sûr, elle aurait ragé et fait entendre sa voix à la réaction du Ministre de l’Intérieur donnant l’ordre de ne pas rouvrir de centres d’accueil aux migrants et  dire implicitement aux associations de ne plus leur venir en aide.

Durant la guerre en ex-Yougoslavie en 1992, elle s’était vigoureusement insurgée contre l’existence de camps et de violences faites aux femmes dans  les villages assiégés et contres ces déplacements de population. Comme Germaine Tillon , Simone Veil a compté pour l’Algérie ; elle a fait respecter les droits humains en améliorant la détention des prisonniers en y introduisant la détection de maladies ainsi qu’une structure scolaire.

D’après le HCR, « … soixante-cinq millions de personnes déplacées en 2016…vingt nouvelles personnes sont forcées de fuir leur foyer chaque minute, et le déracinement concerne un être humain sur cent treize. Syrie, Afghanistan et Soudan du Sud représentent la moitié de réfugiés. La majeure partie d’entre eux vont dans les pays voisins comme la Turquie et le Liban … »

L’Union européenne est loin d’en absorber autant.

 

ELB

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One response to “Ce que je pourrais dire…”

  1. trainsurtrainghv says :

    ;;;;mais qui est-il « il » qui chante presque trop bas en redescendant le chemin? Quelqu’un que tu aurais mieux voulu entendre c’est clair.
    Je reviens Evelyne pour quelques jours ou semaines et dînerai avec toi mercredi. Je laisse C. tout seul, non pas vraiment seul: avec sa guitare…Et merci d’avoir su évoquer Simone Weill et d’autres sujets tous aussi importants les uns que les autres, la nature, la vie des champs et nos souvenirs communs… je répondrai peut-être avec un billet sur
    Alain Mabanckou que j’ai écouté samedi soir à Enghien.

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