Archive | juillet 2017

Et un Tour de plus…

C’était il y a quatre ans…ce pourrait être aujourd’hui.

 

Le Tour.

Le Tour de France, je ne le suis pas mais quand vient son heure, immanquablement je me revois, enfant  dans les années soixante. Je n’ai pas encore neuf ans et l’été apporte le parfum des foins, les bulles de la limonade Bois Bordet, les cousins en vacances  et la fièvre du Tour.

 C’est comme au moment du jeu des mille francs à 12 h 45 : tout le monde se tait.

L’Alpe d’Huez, le point d’orgue des étapes de montagne, était chaque année,  l’occasion pour les adultes-grand-père, père et oncles- de reparler ou de citer  Fausto Coppi, Louison Bobet, Stablinski, Bahamontès, Darriguade, Giminiani et j’en oublie. Chacun avait le sien. Cela permettait sans doute  de ne pas avoir à prendre parti  bien souvent pour Anquetil  l’arrogant devançant  toujours un Poulidor plus humble et besogneux auquel on s’identifiait un peu, je crois.

A l’époque où la télévision était encore  rare, -début années  60- nous l’avons eue à la maison,  en 1963, le Tour réunissait dans une quasi communion toute la France ou presque et son cœur battait au rythme haletant des commentaires sportifs de la radio. Rassemblés dans la cour de la ferme sous l’ombre épaisse d’un noyer ou d’un marronnier ou encore du pigeonnier et d’un rosier grimpant comme c’était le cas chez nous,  après avoir fait la courte sieste en attente du râteau faneur ou de la machine à dépiquer, ou au bureau pour d’autres, ou encore sur le chantier,  pour d’autres encore : tout le monde ou presque suivait le Tour. C’était l’évènement sportif qui fédérait.

A la fin de la course,  chacun y allait de son couplet presqu’épuisé  autant que le  coureur pour lequel ils auraient été prêts à lancer de l’eau fraîche au visage, ce qui lui aurait permis, peut-être,  de gagner l’étape. Les plus jeunes, garçons surtout –frères ou cousins-,  se rêvaient en futurs champions ou journalistes sportifs. Les mêmes aujourd’hui  aux jambes plus engourdies,  sur le banc dans la grande cuisine ou dans le fauteuil confortable d’une pièce plus cossue, le suivent  toujours. Mais en le regardant à la télévision tout en révisant leur géographie.

Vue du ciel, la colonne de dos colorés se tortille telle une chenille portant sur son maillot tous les sponsors possibles se frayant un chemin entre clochers, campaniles, beffrois, haies,  collines, silos, prés, lacs, étangs et montagnes. Quand j’arrive dans le Lot (cela ne saurait tarder), la plupart du temps en début d’après-midi et si le Tour n’est pas terminé,  descendant de la gare,  je traverse la petite ville écrasée de soleil. Toute maison est fermée semblant du même coup, endormie. Alors dans cette traversée un peu fantôme sur le trajet qui me conduit vers les miens, je les imagine tous en demi-cercle devant le poste de télévision regardant l’étape du jour,  sirotant un café. Je sais qu’à l’abri d’épais murs de pierre,  beaucoup sacrifient encore au rite.

Montée, plat ou descente, plus besoin d’imaginer : tout est là,  donné .Il suffit d’une télécommande.

Aux quelques magazines en noir et blanc de l’époque avec les photos  d’un tel, tombé dans le fossé après crevaison,  avec une tache à côté de la tête reposant sur le gravillon ainsi qu’à  la radio dont on tournait le bouton,  ont succédé avec frénésie les images de la télévision. Pourtant chacun savait la grimace du grimpeur, voyait les plis sur le front, envisageait les gouttes de sueur  suivre le pli du coude pour aller  rejoindre  les guidons tant l’image suggérée par le rythme qu’imposait le commentaire était fort. La voix frénétique et asthmatique du commentateur nous avait emmenés sur le porte bagage du cycliste que nous voulions voir vainqueur à l’arrivée. Il me revient un nom de commentateur: Robert Chapatte.

Les magazines  les y avaient un peu aidés,  peut-être .Ces adultes en cercle autour de la radio,  en avaient quelques représentations,  du Tour. Certaines courses non loin de là avaient lieu mais pas tous les ans, il me semble et des oncles  en faisaient suivre

 Quelques-uns d’entre nous, les plus motivés ou intéressés par la petite reine. L’endurance, le travail pénible : ils connaissaient. Ils ne devaient pas avoir trop de mal à les imaginer, ces coureurs,  essoufflés, éreintés et dégoulinant.

A présent, ces petits garçons des années soixante,  assistent en direct au télescopage  et à la chute en domino du peloton. Les commentaires se veulent instructifs ; la traversée des villages est l’occasion d’un rappel historique et tandis que certains tentent de se souvenir ou de demander à l’entourage ou aux voisins venus en amis prendre le café, quelle est la préfecture ou la sous-préfecture du département traversé, la plus jeune génération  évoque le dopage et les scandales.

Aux premières révélations, le vieux avait dit :

 «  Bah ! On pouvait bien se douter que ce n’était pas  avec du jus de carotte qu’ils pouvaient grimper le Galibier,  le Tourmalet ou le Vignemale,  aussi vite ».

Sportifs ou mutants ?

 

ELB

 

Haïku du soir.

Le causse rincé

L’émouvant chant du merle

Dans l’if de la haie.

 

ELB

 

Alain Mabanckou.

 

Je te fais réponse Evelyne, moi le rat des villes, mais dans quelques heures je prendrai le train pour nos champs. « Je reviens, je descend au pays ». J ‘aurai d’ Epinay à te raconter les journées de canicule qui m’ont laissée gourde et fatiguée quand les gamins  en liesse y transformaient les bornes à incendies en geysers, puis le retour des pluies sous des nuages d’orage qui crevaient au dessus des tours,  et elles noyaient  les trottoirs, imbibaient les talus des parcs . Les sirènes des pompiers résonnaient sur l’avenue , la verdure à peine déstabilisée par la chaleur recouvrait sa luxuriance . Simone weill s’éclipse et beaucoup saluent.

Peu de sorties que ce soit pour déambuler ou me distraire.Le temps que j’accordais à la conférence donnée au Centre des Arts d’Enghien par Alain Mabanckou fut une chance .

J’y avais entrainé Yolande prise un peu au vol et elle en fut heureuse elle aussi qui ne le connaissait pas.Moi non plus d’ailleurs, si ce n’est un aperçu de  sa faconde et de  son aisance lors de quelques interview  à la télé. Repéré aussi son goût pour la sape.  En passant la veille à Enghien j’avais choisi sur l’étal de la libraire Antipodes    Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2007 ou 8) et Le monde est mon langage. De ce dernier titre j’aime le vagabondage entre capitales africaines , européennes, ou américaines pour la plupart villes où quelques uns écrivent en français et là Evelyne je crains que Alain Mabanckou ne lise jamais tes articles sur la « francophonie «   au vu du seul titre qui le rebutera car mieux vaut dit-il s’attacher à l’expression française, lire les excellents auteurs « d’expression française « et sans la connotation « peaux de léopards et tam-tams » qui collent au seul mot de francophonie . Et pourtant vous citez avec la même révérence bien des auteurs…Aimé Césaire entre autres. Puisse-t-il aller au delà du titre!

Bref j’en reviens au livre : de ville en ville il nous narre une rencontre avec un écrivain ou un journaliste ou un quidam rencontré par hasard et interroge sur ce qu’écriture et rencontres ont fait de lui, ou bien est-ce lui qui a trouvé les mots, jouant de l’écriture? Douala, Brazzaville, La Nouvelle-Orléans, Antanarivo, Alger ,Montréal, Paris, Dakar et des noms…par exemple le personnage de Suzanne Kala -Lobé au Cameroun dont il campe la force et la détermination tout en rendant hommage à son bon sens agressif et salutaire: il est bon de s’entendre dire quelques vérités sur sa vision du nid surtout si l’on est un intellectuel envolé vers d’autres cieux..

Oui tu aurais aimé partager ce moment car l’homme est bigrement sympathique avec cette conviction et cette force généreuse que je retrouve chez bien des africains. « Charmeur » a dit Linda . A la fois modeste et sûr de lui et la phrase qui roule et les images et les souvenirs qu’il déverse sans jamais s’interrompre et donnant l’essentiel, tant et si bien d’ailleurs que j’ai fermé les yeux, j’allais m’endormir.

L’info n’avait pas circulé sur Epinay: dommage. Enghien est ville blanche. A Epinay ,à un tournant de rue de là , tous les peuples d’Afrique , d’Amérique du Sud et du Nord et d’Europe sont représentés: un public que l’Unesco qui organisait cette semaine de rencontres aurait du tenter d’attirer.

« Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question » écrit-il en préambule. Là me diras-tu, nous sommes au moins trois à partager cette pensée quoique à mon niveau j’ai quelque peu réduit le voyage aux dimensions du territoire d’un renard lotois.

J’avais laissé mon carnet, j’ai tenté quelques photos avec mon seul portable. A  bientôt  Evelyne; le carnet je l’aurai sur mes genoux demain dans le train vers Gramat, celui que prenait (prends encore?) Pierre Bergounioux , avec le livre à terminer de Alain Mabanckou et aussi Dans ce jardin qu’on aimait de Pascal Quignard: à lire, à reprendre, à rêver . Cet homme là nous fera donc  tout ressentir , les accents de la viole de gambe, la délicatesse de la gravure, la peinture ineffable pourvue qu’elle fut du passé, le théâtre No , la mort et l’amour…GHV