Archive | juillet 2017

Au pas de l’éléphant: trois livres.

elephant.ghv

1995: je calligraphiais des éléphants. Le verbe calligraphier parce que avec acrylique et encre  que je lavais après avoir respecté un court temps de séchage restaient sur le papier des lettres animales . L’éléphant qui marche sur l’eau….verbiage superflu  de peintre qui se cherche….

J’ai lu à l’automne dernier Le voyage de l’éléphant de José Saramago, prix Nobel 1998 de littérature, mort en 2010. Nous devions avec Claudine retrouver notre amie d’enfance Dalia au Portugal, à Lisbonne exactement.Je recherchais à l’époque quels auteurs portugais je ne connaissais pas ou trop peu.Je découvris donc le Portugal au pas de l’éléphant que  le roi Joao III en 1551 envoya  depuis Belem à l’archiduc Maximilien d’Autriche. Il s’appelait soliman et devait mourir en 1553.

Je retrouvais son nom dans L’architecte du sultan  de Elif Shafak, qu’Irène me confia pour le voyage en train qui en début de semaine me ramenait sur Paris. L’auteure turque mais de langue anglaise nous fait découvrir les peuples, les splendeurs , cruautés, merveilles et misères de l’Istamboul de Solimam le magnifique et de ses héritiers. L’ ambassadeur autrichien curieux des trésors de la ménagerie du sultan signale à Jahan (le cornak-architecte qui veille sur Shota l’éléphant blanc) la présence de son congénère soliman à Vienne celui de notre livre précédent. Récit de femme grouillant d’anecdotes et d’informations en particulier sur l’architecture et les liens homme-animal.

C’est encore dans le train de retour du Lot le mois dernier que j’avais découvert Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. de Mathias Enard.  Eveline(ELB, co-auteur de ce blog) me l’avait confié. Toujours au XVI  siècle, mais au tout début, Michel-Ange abandonne Rome et ses obligations auprès de Jules II et  travaille à Constantinople aux plans d’un pont enjambant le Bosphore. Ce voyage est pure imagination mais j’ai retrouvé l’évocation des dessins bien réels de Michel-Ange Buonarotti  pour ce projet  dans l’ouvrage d’Eliuf Shafak. Elle met même en scène une rencontre à Rome de son héros avec le maitre vieillissant . Les deux livres mettent en évidence les liens et affrontements culturels des deux mondes, celui des chrétiens et celui des musulmans. Dans les deux les liens amoureux : ceux impossibles  que Jahan l’architecte ne peut lier  avec  la fille du sultan et qui servent de trame au passage du temps. Plus forts et émouvants semblent les sentiments que Mesihi le compagnon frustré éprouve pour Michel-Ange.

Trois livres qu’il vous plaira peut-être de lire. Mais j’attends vos suggestions pour d’autres auteurs ou thèmes . GHV

PS: Constantinople , officiel depuis 1930 , et Istanbul sont les deux noms d’une même ville, Stamboul désignant exactement la vieille ville , l’enceinte aux sept collines, et le nom de la ville reconquise par les ottomans.

 

José Saramago. Le voyage de l’éléphant.Points .Poche.

Elif Shafak. L’architecte du sultan.J’ai lu. Poche.

Mathias Enard. Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. Babel.Poche.

 

 

Le très vieux carnet(suite).

page34

Le 26 avril 1872 une jeune femme était retrouvée noyée dans une mare. Le petit carnet l’atteste.Non celle de Grèze mais celle de Forges, ou de Giral, me dit mon frère  Pierre qui conteste (Pierrot pour les intimes.).

Donc quatre générations après il restait quelqu’un qui avait eu vent du fait. J’ai apporté le document photocopié à la petite nièce qui elle aussi avait su, enfin un peu…mais par contre rien d’un autre fait qu’un livre sur les meurtres en Quercy édité il y a quelques années avait remis à jour. Là encore mon frère savait, elle rien , ni ses parents : une arrière grand tante avait sauvé sa tête ,échappé à la guillotine,bien qu’elle ait avoué avoir étranglé sa belle fille. Histoire d’hommes et d’amours illicites . Peut-être faudrait-il retrouver les comptes rendus du procès pour comprendre l’indulgence des jurés…

Autre mystère du carnet: au vu des  écritures différentes plusieurs y ont tenu des comptes et noté des souvenirs, des faits marquants . Les arbres de Miers avaient cinq ans lorsque mourut Perette par suicide « reconnu ». Le mot au bas de la page  ne dit rien de ses motivations. Non plus pourquoi l’on planta des arbres…

Et j’ai vu il y au moins trente ans arracher ces ormes centenaires qui faisaient une ombre fraîche sur la place de la mairie de Miers . Des platanes les ont remplacés qui peu à peu imposent leur frondaisons. GHV

PS:  je ne retrouve pas les titres des livres qui contait les meurtres en Quercy . Merci à ceux qui peuvent me les signaler.Il y en aurait deux.

 

 

P.S : ajout du 26/12//2011: il s’agit d’un article  paru dans l’Express du midi du 26 mars 2011. Maria  , sœur cadette de Perette est accusée d’avoir tué sa belle-fille . La noyade de Perette est évoquée lors de son procès.

Affaire Maria Izorche, épouse Barrière, de la commune de Miers, canton de Gramat.

Audience ouverte à 11h.
Me Korn, procureur de la République, occupe le siège du ministère public. Me de Valon, du barreau de Cahors est assis au banc de la défense ; Mr. Bonnefois, greffier en chef donne lecture de l’acte d’accusation.
Le sieur Barrière , métayer à Farges ( *Coquille?), commune de Miers avait eu d’un premier mariage une fille Marie qui au moment de l’attentat dont elle a été victime était âgée de trente-trois ans et mariée depuis sept ans au nommé Léon Brel. Barrière avait épousé en secondes noces il y a vingt-cinq ans la dénommée Maria Izorche et les deux ménages vivaient sous le même toit mais la marâtre rendait la vie impossible à sa belle –fille. Il y a quelques elle aurait tenté d’étrangler cette dernière. Marie Brel pour échapper à ses mauvais traitements aurait déjà quitté à deux reprises la maison paternelle et elle était décidée ainsi que son mari à partir fin mars 2011.
Cette séparation déplaisait à la femme Barrière qui parait-il avait éprouvé une vive passion pour Léon Brel en faveur duquel elle avait même fait son testament .Elle donne à entendre que ce projet de départ n’était pas sur le point de se réaliser. C’est dans cet état d’esprit que se trouvait l’accusée lorsque ce matin du dimanche douze février deux mille onze les deux femmes restèrent seules à la maison où se déroula sans témoins le drame qui devait coûter la vie à Marie Brel. D’après ses propres déclarations la femme Barrière provoqua sa belle-fille en lui demandant s’il était vrai que cette dernière l’accusait d’aimer son mari. Marie Brel répondit affirmativement. L’accusée se précipita sur elle et la terrassa. La jeune femme s’étant relevée fut repoussée dans une petite pièce servant de vestiaire où elle fut renversée à nouveau par la femme Barrière qui la maintint à terre en lui appuyant le genou derrière l’oreille tandis que des deux mains elle tirait violemment sur la gorge avec des lacets de corset. Elle fractura ainsi le larynx de la victime qui mourut étranglée. La marâtre fit ensuite tomber sur le cadavre la cloison au pied de laquelle elle était étendue espérant que la mort serait attribuée à un accident.
La femme Barrière s’habilla ensuite et se rendit à la messe à Padirac où elle retrouva son mari et Brel. De retour à leur domicile ils découvrirent le cadavre de Marie Brel et l’accusée simula un évanouissement qui ne put tromper le médecin appelé aussitôt. Il constata que la femme barrière présentait une plaie sous l’œil gauche et des traces d’ongles sur les mains. Interrogée par le magistrat instructeur et mise en présence de la victime dont les ongles correspondaient exactement aux traces relevées sur ses mains la femme Barrière finit par avouer son crime mais en protestant qu’elle ne l’avait pas prémédité. Outre les marques de strangulation le corps de Marie Brel portait de nombreuses blessures superficielles qui témoignaient de la lutte que la malheureuse avait soutenue. Elle était d’une complexité assez faible alors que la marâtre est particulièrement robuste.
Maria Barrière n’a pas d’antécédents judiciaires mais elle passait pour avoir un caractère autoritaire, violent et haineux.
En conséquence la nommée Maria Izorche, veuve Barrière, est accusée d’avoir à Miers le 12 février volontairement donné la mort à la femme Marie barrière, épouse Brel, sa belle-fille.
La lecture de l’acte d’accusation terminé, Mr. Le président des assises procède à l’interrogatoire de l’accusée.
Maria Izorche s’exprime d’une voix en patois, sa voix est faible, on l’entend difficilement.
Le président lui dit qu’il y a une vingtaine d’années elle a été soupçonnée d’avoir jetée sa sœur dans un lac, où elle s’est noyée. Elle répond qu’elle ne pouvait empêcher les gens de parler.
Le président lui dit encore qu’elle a été soupçonnée d’avoir mis le feu à une meule de paille ; elle répond que ce n’est pas vrai.
Le président lui reproche les mauvais traitements qu’elle a fait subir à sa belle-fille ; elle répond qu’elle a eu pour sa belle-fille tous les soins possibles, qu’elle l’aimait bien.
Relativement à la scène du drame, l’accusée dit que sa belle-fille lui reprochait d’aimer Léon Brel, son mari, qu’une rixe a éclaté entre elles à ce sujet, que des coups ont été échangés, qu’elle saisit un corset qui se trouvait à sa portée, qu’elle le passa bien autour du cou de sa belle-fille, mais qu’elle ne tira pas sur le lacet. Elle ajoute qu’elle ne fit pas tomber la cloison sur le cadavre, que la cloison heurtée violement au moment de la rixe, s’écrasa sur le corps de sa belle-fille.
Les témoins sont ensuite entendus.
Mr. Louis Brel âgé de trente-quatre ans, mari de la victime, déclare que sa femme était d’un caractère doux et soumis, que l’accusée se montrait très autoritaire. Ses déclarations sont pleines de réticences.
Mr. Jean. Pierre Barrière, quarante-sept ans, père de la victime, dit que sa fille ne se plaignait jamais d’avoir été maltraitée par l’accusée. Il ajoute que la cloison écroulée sur sa fille n’était pas solide.
Mr. Jean Brel, beau-père de la victime, dit que quelques jours avant le crime, l’accusée lui avait dit en parlant du départ prochain des époux Louis Brel : « Ce départ n’est pas encore sur le point d’avoir lieu. »
Mr. Charles Blanc, docteur-médecin et maire de Miers, raconte les constatations faites par lui. Il donne des bons renseignements de victime et que la femme Barrière était très autoritaire.
Mr. Le docteur Soulhié, médecin légiste à Gramat, a fait l’autopsie et cadavre et constaté qu’il y a eu strangulation ;
Mme Hélène Pélamon, veuve ( ??*) Brel, mère de Léon Brel, déclare qu’il y a quelques années, Marie Barrière quitta la maison parce que sa belle-mère l’avait frappée.
Mme Maria Terrou, veuve Lagarrigues, a assisté à l’évanouissement de l’accusé lors de la découverte du cadavre et dit que son impression est que cet évanouissement était simulé.
Mme Rose Battut, épouse Lacaze, qui a eu marie Barrière à son service, déclare qu’elle était d’une extrême douceur.
Mme Ferry , ménagère à Thégra, déclare que dès la découverte du cadavre la conviction de tous était que la femme Barrière était coupable.
Mr. Marcelin Leyde, cultivateur à Padirac, a vu la femme Barrière le jour du crime, et dit qu’elle avait l’air tranquille.
Mr. Louis Pouzalgues , cultivateur à Miers, a été victime d’une tentative d’incendie. Il soupçonne la femme Barrière d’en être l’auteur.
L’audience est suspendue à quatre heures et reprise à quatre heures quarante-cinq. La salle est envahie, malgré les efforts des fonctionnaires. Toutes le places sont prise d’assaut. Le banc même de l’accusée est occupé par des spectateurs. La circulation est devenue absolument impossible.
Me Korn, procureur de la république, dans un réquisitoire d’une implacable logique, rappelant le long martyre enduré par la malheureuse jeune femme, démontre que la femme Barrière mérite un châtiment sévère. Il réclame un verdict affirmatif.
Me de Velon prononce une éloquente plaidoirie et discute habilement les diverses charges de l’accusation. Il demande aux jurés de faire un acte de justice et d’humanité en ne condamnant pas l’accusée.
A sept heures le jury entre dans la salle de délibérations. Il revient à huit heures, rapportant un verdict négatif sur la question du meurtre, mais affirmatif sur la question subsidiaire des coups et blessures ayant entrainé la mort avec intention de la donner . Les circonstances atténuantes ne sont pas accordées.
L’audience est levée à huit heures et demie.
La session des assises est close.
* je ne connais pas de lieu dit Farges à Miers. Mais Forges oui…
*Veuve Brel 😕 S’il s’agit de la belle –mère de Marie Barrière, son mari est encore en vie puisque témoin au procès.

Et un Tour de plus…

 

22bis

 

C’était il y a quatre ans…ce pourrait être aujourd’hui.

 

Le Tour.

Le Tour de France, je ne le suis pas mais quand vient son heure, immanquablement je me revois, enfant  dans les années soixante. Je n’ai pas encore neuf ans et l’été apporte le parfum des foins, les bulles de la limonade Bois Bordet, les cousins en vacances  et la fièvre du Tour.

 C’est comme au moment du jeu des mille francs à 12 h 45 : tout le monde se tait.

L’Alpe d’Huez, le point d’orgue des étapes de montagne, était chaque année,  l’occasion pour les adultes-grand-père, père et oncles- de reparler ou de citer  Fausto Coppi, Louison Bobet, Stablinski, Bahamontès, Darriguade, Giminiani et j’en oublie. Chacun avait le sien. Cela permettait sans doute  de ne pas avoir à prendre parti  bien souvent pour Anquetil  l’arrogant devançant  toujours un Poulidor plus humble et besogneux auquel on s’identifiait un peu, je crois.

A l’époque où la télévision était encore  rare, -début années  60- nous l’avons eue à la maison,  en 1963, le Tour réunissait dans une quasi communion toute la France ou presque et son cœur battait au rythme haletant des commentaires sportifs de la radio. Rassemblés dans la cour de la ferme sous l’ombre épaisse d’un noyer ou d’un marronnier ou encore du pigeonnier et d’un rosier grimpant comme c’était le cas chez nous,  après avoir fait la courte sieste en attente du râteau faneur ou de la machine à dépiquer, ou au bureau pour d’autres, ou encore sur le chantier,  pour d’autres encore : tout le monde ou presque suivait le Tour. C’était l’évènement sportif qui fédérait.

A la fin de la course,  chacun y allait de son couplet presqu’épuisé  autant que le  coureur pour lequel ils auraient été prêts à lancer de l’eau fraîche au visage, ce qui lui aurait permis, peut-être,  de gagner l’étape. Les plus jeunes, garçons surtout –frères ou cousins-,  se rêvaient en futurs champions ou journalistes sportifs. Les mêmes aujourd’hui  aux jambes plus engourdies,  sur le banc dans la grande cuisine ou dans le fauteuil confortable d’une pièce plus cossue, le suivent  toujours. Mais en le regardant à la télévision tout en révisant leur géographie.

Vue du ciel, la colonne de dos colorés se tortille telle une chenille portant sur son maillot tous les sponsors possibles se frayant un chemin entre clochers, campaniles, beffrois, haies,  collines, silos, prés, lacs, étangs et montagnes. Quand j’arrive dans le Lot (cela ne saurait tarder), la plupart du temps en début d’après-midi et si le Tour n’est pas terminé,  descendant de la gare,  je traverse la petite ville écrasée de soleil. Toute maison est fermée semblant du même coup, endormie. Alors dans cette traversée un peu fantôme sur le trajet qui me conduit vers les miens, je les imagine tous en demi-cercle devant le poste de télévision regardant l’étape du jour,  sirotant un café. Je sais qu’à l’abri d’épais murs de pierre,  beaucoup sacrifient encore au rite.

Montée, plat ou descente, plus besoin d’imaginer : tout est là,  donné .Il suffit d’une télécommande.

Aux quelques magazines en noir et blanc de l’époque avec les photos  d’un tel, tombé dans le fossé après crevaison,  avec une tache à côté de la tête reposant sur le gravillon ainsi qu’à  la radio dont on tournait le bouton,  ont succédé avec frénésie les images de la télévision. Pourtant chacun savait la grimace du grimpeur, voyait les plis sur le front, envisageait les gouttes de sueur  suivre le pli du coude pour aller  rejoindre  les guidons tant l’image suggérée par le rythme qu’imposait le commentaire était fort. La voix frénétique et asthmatique du commentateur nous avait emmenés sur le porte bagage du cycliste que nous voulions voir vainqueur à l’arrivée. Il me revient un nom de commentateur: Robert Chapatte.

Les magazines  les y avaient un peu aidés,  peut-être .Ces adultes en cercle autour de la radio,  en avaient quelques représentations,  du Tour. Certaines courses non loin de là avaient lieu mais pas tous les ans, il me semble et des oncles  en faisaient suivre

 Quelques-uns d’entre nous, les plus motivés ou intéressés par la petite reine. L’endurance, le travail pénible : ils connaissaient. Ils ne devaient pas avoir trop de mal à les imaginer, ces coureurs,  essoufflés, éreintés et dégoulinant.

A présent, ces petits garçons des années soixante,  assistent en direct au télescopage  et à la chute en domino du peloton. Les commentaires se veulent instructifs ; la traversée des villages est l’occasion d’un rappel historique et tandis que certains tentent de se souvenir ou de demander à l’entourage ou aux voisins venus en amis prendre le café, quelle est la préfecture ou la sous-préfecture du département traversé, la plus jeune génération  évoque le dopage et les scandales.

Aux premières révélations, le vieux avait dit :

 «  Bah ! On pouvait bien se douter que ce n’était pas  avec du jus de carotte qu’ils pouvaient grimper le Galibier,  le Tourmalet ou le Vignemale,  aussi vite ».

Sportifs ou mutants ?

 

ELB