Archive | juin 2016

Haïku du jour.

 

Concert annulé

Pas de Zénith cette année-

Solstice sans soleil.

 

ELB

 

La dame à l’hermine du Gréco ou le carnet de Françoise.

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Nos lecteurs savent que mes carnets de croquis servent de support aux illustrations de ce blog . Françoise ,spinassienne, presque une voisine ,tient elle aussi un carnet. C’est un carnet d’aquarelles ,de copies minutieuses  de portraits qu’elle choisit dans l’un des ouvrages de sa bibliothèque à cause me dis-je de leur formidable puissance et présence. Je crois situer le début de cette entreprise au mois de septembre lorsqu’elle vint travailler avec Guillaume à L’AAP. Nous feuilletons chaque fois , l’écoutons sur le pourquoi de ses choix, mesurons les progrès, exprimons nos sensations. Je l’imagine  travaillant dans le calme de sa chambre en soupente dont la fenêtre  surplombe les rosiers du  jardin ,protégée par  ses livres , oubliée du dehors.

 

De la douzaine de doubles pages de Françoise je donne à voir aujourd’hui ces deux visages  tous deux du Gréco (Domínikos Theotokópoulos  ,  le grec de Tolède) . Ils m’ont rappellé combien me touche cet art si généreux, à la limite entre folie et sublime, ces tableaux ou l’homme déverse sa fragilité et sa force.

Cézanne a peint une interprétation de cette oeuvre du Gréco pour en avoir vu au moins une reproduction . Peut-être quelque chose dans les ténèbres du lumineux de la carnation, de la douceur de la fourrure telle  un tendre et doux écrin à l’intelligence dure et à la défiance du  regard, de la presque insoutenable détermination qu’il dégage, quelque chose donc de si particulier a-t-il arrêté le choix du peintre d’Aix? C’est une énigme car il  y a chez Cézanne une dimension plus amère et plus anecdotique, la chair et son poids , la sensualité aussi -mais celle d’une  réalité brutale- plus que la beauté excessive et baroque du peintre maudit (?) de Tolède.

http://averyvisiblearena.blogspot.com/2013/12/sofonisba-anguissola-1580-paul-cezanne.html    car le lien propose les  tableaux du Gréco et de Cézanne .

Dans le carnet de Françoise  il y a aussi du Gréco le détail du visage de Marie Madeleine pénitente visible au musée des beaux arts de Budapest . Patricia à le voir se récrit: « ça je ne peux pas ». Quelque chose dans l’expression  la dérange. greco

La  Sainte Madeleine pénitente se trouve au musée des Beaux Arts de Budapest. Plus de blondeur , de douceur, de volupté dans le tableau mais j’aime sur le papier cette harmonie nacrée des gris et rosés, le cadrage sur le seul visage et la main qui explique tant l’élan , l’intériorité, la sensualité. Madeleine la pécheresse, entendez prostituée, Madeleine qui connut le Christ  est représentée pénitente (vision d’homme bien sûr) mais au combien aguichante (vision d’homme encore.) avec sur les genoux le crâne symbole de toutes les vanités et le regard tourné vers les cieux ce qui curieusement me renvoie au souvenir de la sainte Thérèse D’ Avila du Bernin. En France Georges de la Tour peignait lui une Madeleine  plus familière, plus réelle , le crâne sur les genoux et les yeux baissés , fascinée par la flamme d’une bougie. Toutes deux s’interrogent. Au delà du contexte religieux que l’on ne peut éluder, au delà des intentions dogmatiques, persiste pour nous l’ humaine interrogation : à quoi oblige   la reconnaissance   des fautes accomplies et reconnues?

Je comprends que  Françoise ait repris puis insisté sur quelque chose de particulier , de fondamental , et m’ait obligé à m’interroger  et c’est aussi ma contribution à la réflexion d’Evelyne hier: https://trainsurtrainghv.com/2016/06/17/la-beaute-sauvera-le-monde/. GHV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La beauté sauvera le monde.

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Quelques jours dans les Vosges, et un voyage en train façon escargot,  humides journées entrelardées d’éclaircies pour commencer une tranche de vie nouvelle.

La beauté sauvera le monde.

Mais qui a bien pu dire cela ? Comme moi,  sans doute, vous le savez ou l’avez su parce que lu ou entendu et puis  oublié ; à cela s’ajoute l’indolence et la flemme de chercher.

Et c’est en lisant La légèreté que j’ai enfin réappris qu’il s’agissait de Dostoïevski,  dans L’idiot.

Je viens de relire le récit de la descente aux enfers puis de la renaissance  de Catherine Meurisse auteur de dessins à Charlie ; elle me l’a rappelé.

La beauté l’a sauvée. Entendre par beauté, l’art dans son ensemble : peinture,  littérature,  cinéma, musique et théâtre. Pendant ces mois, elle n’a pas cessé de dessiner mais son trait était sec,  dit-elle.

Rescapée, comment survivre ? Comment ne plus être prisonnière de sa souffrance ? Il faut y travailler et être entourée. La sidération lui a fait perdre la mémoire. Le massacre l’a plombée et le discernement s’est envolé. Alors, le vent du large, l’océan puis les livres, la peinture et son séjour à la Villa Médicis la remettront debout. L’Italie pour le syndrome de Stendhal qu’elle appelait de ses vœux et qu’elle trouve lent à se manifester, a opéré.

Elle raconte ce chaos mental au travers d’un dessin épuré et léger presque flottant. Il traduit ce mal  provoqué par le choc, la déflagration de l’attentat du 7 janvier 2015 auquel elle a échappé de justesse. La petite bonne femme du dessin se bat avec ses démons et parvient à sortir la tête de l’eau et comment ! Elle  parle toujours à ses amis dessinateurs.

Délicat et très beau.

ELB 

La légèreté   Editions Dargaud