Archive | juin 2016

Roman-photo: blanche attitude.

 

Cétait vendredi. 24 juin. Six images pour trois heures  de vie.

 

24juin.2016.trainsurtrainghv

Image1:

Aller vers Paris la capitale depuis Epinay sur Seine, ma « banlieue black.blanc.beur »

Je voyage en train en compagnie,black.blanc. beur et plus. Idem en métro.

J’émerge en surface, station Rambuteau. Badeaux, touristes…A deux pas de là Les Halles

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Image 2:

Cinquième étage, je viens de débarquer dans un autre monde ,celui de la culture, dans un musée national, à Paris au centre Georges Pompidou, aussi appelé Beaubourg…Je dis un autre monde bien que à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau d’Epinay-sur- Seine-black-blanche-beur-asiat-et j’en passe, je me retrouve ici exclusivement  si, si, en blanche compagnie ,jeune, moins jeune, adolescents et étudiants, adultes , retraités, troisième et quatrième âge, bébés en poussette … Je percois  dans le brouhaha feutré  des commentaires  en français ,anglais, espagnols ,italiens  et d’autres  …Pas un seul accent banlieusard, pas de justaposition ni de métissage coloré.

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Image 3:

Venue pour renouveler mon passe (pour deux) et dans la foulée pour découvrir l’exposition Paul Klee.

 

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Image 4:

Paul Klee aimait le papier et tenait des carnets. Il dessinait,peignait , expérimentait, dialoguait avec le travail de ses contemporains et bien que l’art ne soit pas langage tout ce que le musée donne à voir de lui  peut être compréhensible par chacun .Les organisateurs ont voulu inviter à un regard critique nouveau ,comprenez  découvrir les intentions satiriques dans l’oeuvre de Paul Klee. Un mot :ironie. C’est déjà plus obtus et demande une attention  soutenue.

 

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Image 5:

(Photographier correctement une toile relève pour moi de la prouesse. Je reviendrai pour recadrer si je veux sur ce blog présenter des images correctes .)

 

Mais ce n’est pas cela (la démarche proposée ) qui rebute  ce jour là et à cette heure là  mes comparses spinassiens et d’ailleurs retenus  par des obligations tout à fait louables: le travail, la famille, les études .. . D’autres activités les attirent davantage : le sport , l’écran, la tchache, les déambulations, les soldes , l’église, des pratiques diverses . Ils ignorent ce type de manifestation par manque d’information, jugeraient peut-être la dépense excessive, et même s’ils ont de leur séjour à l’école retenu le nom du peintre, vu avec plaisir ses rythmes aquarellés illustrant quelque poésie, ils n’ont pas intégré la démarche du visiteur de musée.

Donc l’école, bien qu’elle  entraîne parfois des classes au musée ,a failli, n’a pas réussi ,à y faire revenir les jeunes , les adultes de ma banlieue .Pourtant notre jeunesse exprime au quotidien dans le street-art son engouement pour l’image, la couleur et l’espace, plébiscite les métiers du graphisme, du design, de l’infographie. Mais elle n’a pas les outils pour investir la pensée des autres.

Et les musées qui s’en défendent sont bien loin de réussir l’ouverture et l’accueil. Pour la petite histoire lors des travaux de réfection de Beaubourg certaines oeuvres séjournèrent quelques temps dans les sous-sols de l’actuel Ilôt d’Epinay ,visibles par tous.

Les absents d’aujourd’hui ont ignoré ou abandonné  par manque de curiosité et par timidité ou méfiance ou encore par défiance. .Et  fait miroir pour moi ma propre réticence à certaines musiques, certaines formes d’arts que par paresse je déclare sans intérêt avec l’excuse que l’on ne peut tout digérer ou que cela m’est inutile.

 

 

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Image 6:

Toujours au cinquième étage, au pied du Pot doré  de  J.P.Reynaud le ciel se joue de la terre. Ironie . Symbolique des sectarismes, des communautés, des groupes, des fusions aussi, des rencontres.  Je vais redescendre par l’escalator en admirant comme toujours la vue sur Paris, constaterai là-bas près du périphérique  la progression de la construction du nouveau palais de justice puis rentrerai sous terre et rejoindrai la gare du Nord pour enfin rentrer sur « ma banlieue » d’où je veux semer ses mots. GHV

Ah! Le dimanche.

 

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Le dimanche ! On l’aime ou on le déteste mais il est là. Le dimanche reste un jour particulier . La cuisine du dimanche par exemple, elle est sophistiquée, amoureuse, gourmande ou peut  à l’inverse, être désordonnée, bohémienne et faire s’étirer le jour en traînant,  sans rien faire de suivi. C’est le jour du brunch et du goûter, du ciné et du parc, de la lecture, peut-être.

Un temps où l’on fait autre chose ou la même chose mais différemment.

Un temps suspendu, un nuage bienfaisant, en pause après le samedi courses et ménage ou activité extra professionnelle. Le bruit du dimanche est assourdi.

C’est souvent pour moi, la question : ma cuisine du dimanche, c’est quoi ?  Un vrai plaisir ou une corvée ? Les deux car le temps passé à se lécher les babines, à tester une recette particulière que l’on veut parfaite et les mines réjouies que l’on devine déjà ou déçues selon le cas.

Dimanche, rien : un ciné, une lecture, une mise à jour de l’actualité car je n’ai pas eu assez de temps en semaine pour les lire et rien ne m’agace plus que de n’avoir pas lu. Une balade au parc, un repas entre amis, un café gourmand, un apéritif dînatoire.

Rien ! Je rêvasse et promène mon regard sur la place ; elle est plutôt calme ce jour-là mais il s’y passe des choses. Je vous ai déjà dit les canards s’échappant du parc, certain dimanche.

Qui n’a vu le dimanche, un Monsieur, seul, faisant le tour d’une place ou déambulant  dans les rues passagères, à l’approche du marché ? Seul et endimanché, en costume ou pardessus, manteau selon la saison, chapeau, chaussures cirées avec chemise et parfois même une cravate.

Je me suis toujours demandée s’il voulait sauver les apparences, continuer à exister comme si le travail avait été sa seule raison de vivre, l’habillement lui permettant d’être encore ce monsieur que l’on respectait parce qu’il travaillait, avait sa place et était de la sorte, admis et reconnu  ou simplement si c’était une façon de bien se tenir et de se maintenir et ce,  jusqu’au bout . Refus de se laisser aller, volonté de donner l’image qu’il veut que l’on retienne ?

Ainsi, il en est un que je ne vois plus. Depuis plusieurs mois, ses sorties se faisaient plus rares. Il essayait, si on l’apercevait et lui disait bonjour,  d’engager la conversation mais il était difficile à comprendre. Il proposait un café : il s’ennuyait. Les derniers temps, il soliloquait un peu et avait perdu du poids. Je ne le vois plus.

Il en est un autre, étranger aussi avec une belle canne et un chapeau qui le distingue de tous. Il sourit à chacun sait le saluer, comme  en représentation. Je ne sais pourquoi, j’ai l’impression qu’il n’est pas si heureux. Je lui parlerais qu’il perdrait de sa superbe- me dis-je insolemment-,  et n’existerait plus car l’image qu’il souhaite  donner de lui le fait exister même si ce n’est que le temps de la promenade. Alors la place devient manège.

Faut-il être en activité pour exister ? Oui, pour certains sans doute mais à l’âge des personnes que j’observe ainsi, arborant la tenue comme un Espagnol se promenant sur les ramblas de sa ville –c’est de moins en moins vrai-, il est un autre temps, plus lent, plus plombé aussi qu’il faut inventer à nouveau pour  mieux l’habiter.

 

J’ai ri, au jardin avec les voisins vendredi mais je ne pleurerai pas pour autant aujourd’hui car dimanche sera musical. Jour de concert : on chante. Je crois savoir qu’Huguette fait de la confiture.

Plusieurs jours de soleil sans pluie ; un bel intervalle que ce dimanche quand l’été donne l’impression de vouloir s’installer.

 

ELB

Et les émigrés?

émigrésdelachapelle*

Un an après je retrouve, je relis ce billet du blog  , « Pour les émigrés de la Chapelle » avec le croquis d’une jeune femme qui elle aussi assista à la scène , et vous invite à sa lecture et à trouver dans les communiqués du Gisti un bilan et matière à réflexion.(21 juin 2016)GHV

20 juin 2015

Semaine tendue comme l’arc que l’on prépare pour cibler: pour moi la fin de l’année scolaire, l’exposition de deux classes, les rangements à prévoir, les projets à boucler, les dossiers à rendre..

Semaine émaillée de faits anodins, d’infos plus grave…la vie

Anecdote du train ainsi notée  sur une  page du carnet sous le dessin d’un enfant : « This is my son…you have to pay. »

J’ai  feint  ne pas comprendre , souri style banane , fais répéter…Mon interlocuteur perd  pied et descend à St Denis avec son garçonnet et sans argent ni croquis.

Ce mercredi( croquis du jour) 7h 30 je crayonne une énième » Jeune femme au portable » alors que   monte du fond du wagon une voix éraillée, jeune, vibrante : »La police est à nouveau en train d’évacuer les migrants de La Chapelle. Vous pouvez les aider. Si vous voulez filer de la solidarité ,si vous connaissez des lieux pour les abriter, si vous pouvez faire acte de présence avant de partir au boulot… ».

Deux jeunes, un gars,une fille, des étudiants. Ils s’arrêtent à chaque porte, il relance son appel et sera aphone en bout de train…J’ai sur les genoux dans une sacoche les sept appareils numériques préparés pour deux de mes classes. C’est jour photo. J’en profite et vais  à leur rencontre  avec en tête de réaliser la photographie  du soir pour le blog.

Première consigne-compétence pour  mes élèves: savoir effacer.Je ne veux voir que trois photos par élève. Dans l’appareil marqué d’une pastille rouge Promi a bien sûr effacé mes deux photos du train. GHV

*Croquis vers Paris au feutre noir et « aquarellé » au pinceau.