Ainsi va le jour. 30

 

passage.ghv

 

De la douceur, de la chaleur et une légère brise tiède, enfin.

Fourbue, les reins cassés, je range, je trie j’élimine et m’allège chaque jour un peu plus.Mes étagères ont meilleure mine et semblent respirer. Le regard est moins inquiet, aussi. Des livres oubliés et donnés.

Effacées, lavées les taches jaunes des forsythias,  le bleu des iris et du lilas  les remplace; le palmier s’étale de plus en plus et donne à ce petit jardin de l’immeuble un faux air de méditerranée à l’abri d’un toit de zinc bien parisien et de quelques immeubles années 30. L’hiver a fait reculer le printemps que nous espérions tant. Gelées noires dans les vignes et chaufferettes entre les ceps. C’est l’hiver qui traîne et ces derniers jours, un ciel plus bleu et un air de véritable printemps. A la terrasse  ensoleillée,  je traîne le matin avant d’aller travailler .

En train vers le Lot à la mi-avril et ce ruban de nature au-devant ; je crois lui courir après quand c’est elle qui me précède. Elle me permet de me rendre compte à quel point la lumière s’étire malgré un ciel gorgé d’eau et en arrivant après la forêt limousine,  le gros ruisseau  bouillonne alors que  sur ma tablette, le jaune du dernier Carnet de notes de Pierre Bergounioux me porte  le cœur au bord des lèvres.

Le matin  très frais et les oiseaux sur la terrasse, mésanges principalement scrutaient notre petit déjeuner. Les arbres de nouveau étoffés ainsi que  les murs de pierre  font ressortir lilas et glycine.   Quelques belles éclaircies,  ces quatre jours rapides.

Un paysage que je traverse moins souvent en train de Figeac à Toulouse,  plus vert que la Bouriane,  le ségala, escarpé où caracolent des rivières dans le Tarn et Garonne émaillé de pigeonniers ponctuant  ainsi la progression vers la ville rose où un précieux poupon nous attend. Quelques mots articulés et nous voilà tout esbaudis. Bignone et passiflore font encore semblant de dormir laissant les feuilles se développer pour mettre à l’abri leurs boutons.

Retour ensommeillé vers Paris. Un ciel couleur de bitume et les grands arbres bousculés par un vent mauvais et mouillé. Le paysage bouge et ce n’est pas seulement par l’effet de la vitesse de la machine.
Le temps de reprendre ses marques et un autre temps au rythme plus concentré mais pour peu, me dis-je bien vite. Un mois et plus d’horaires imposés, libre de mes heures et de mes jours. La retraite.

Place de la République, petite lame de fond, Nuit debout continue son chemin essaimant en banlieue et dans quelques villes. Quelques débordements. L’annonce du salaire exorbitant de Carlos Ghosn, patron de  Renault nous avait sonné et voilà que  celui du patron de Sanofi – 16 millions d’euros annuel -, n’apaisera certainement pas la colère. Jusqu’où iront-ils dans la démesure et sans vergogne.

Pendant ce temps, le monde continue au milieu des conflits. Le Haut Karabakh au sud-est de l’Arménie -et  dont le nom sonne comme celui d’un comte-, réclame à nouveau son indépendance.Cette région autonome est une enclave peuplée d’Arméniens  toujours rattachée à l’Azerbaïdjan ancienne république socialiste.

On l’avait un peu oublié depuis les années 90 où elle s’était rebellée et  Moscou qui est alliée de l’Arménie où elle a deux bases militaires mais fournit des armes à l’Azerbaïdjan,  ménage la chèvre et le chou et a su imposer un cessez-le-feu. Le vieux contentieux du au génocide des Arméniens non reconnu par la Turquie plane au-dessus de tout cela. La Turquie  soutient l’Azerbaïdjan et  est en très grand froid  avec la Russie depuis qu’un de ses avions a été  abattu par celle-là et son intervention en Syrie n’a rien arrangé.

Toute cette partie du monde est jalousement surveillé par Poutine. Les hydrocarbures étant en partie le premier enjeu des grands de ce monde, les conflits se règlent selon ces critères.

C’est grâce à quelques lectures que je me suis davantage intéressée à ces pays.

Bakou ou Tbilissi autant de villes renvoyant à des lectures de Sylvain Tesson dans Eloge de l’énergie vagabonde paru en 2008 ou de Derniers jours à Bakou (Seuil 2010) d’Olivier Rolin. Autant de territoires à haute valeur pétrolifère et si je digresse un peu, je suis dans le détroit d’Ormuz avec Jean Rolin et son fameux Ormuz (Pol 2013) Par ce détroit où se narguent navires Iraniens et Américains, transite 20 à 30% du pétrole et du gaz mondial.

Deux autres chiffres à rappeler et à méditer : 1, 39% soit 67 100 de réfugiés syriens relocalisé. 800 morts le 17 avril en méditerranée. Un quart de la population libanaise est réfugiée

Le Tafta ou traité de libre-échange transatlantique fait du bruit et n’a pas la sensualité et le froufrou  de la fameuse étoffe moirée et chatoyante-taffetas. C’est crissant car il s’agit de normes et de procédures douanières.

La Grande-Bretagne avec sa reine nous ferait croire à un grand conservatisme et une société figée mais elle bouge. Elle qui a vu naître les Beatles et les Rolling Stones et David Bowies a élu à Londres, avant-hier, un maire d’origine pakistanaise  et de confession musulmane.

L’Allemagne a des députés d’origine Turque tandis que la France a du mal à se remettre en question et à faire confiance.

Lu le dernier Echenoz L’envoyée spéciale (Editions de Minuit) dont l’écriture m’emballe toujours autant.

Le vert plus fourni des platanes colorie la place et les marronniers du parc, rose ou blanc,  ont allumé tous leurs lampions.

Après quatre jours d’été avant l’heure une nuit plutôt tiède mais sans étoiles.

 

ELB

NB: tous les articles du même nom dans la page Ainsi va le jour

 

 

 

 

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4 responses to “Ainsi va le jour. 30”

  1. hyacinthe46 says :

    Eh oui, mais je l’ai attaché au train et j’ai du mal à le lire ailleurs ou alors il me faut savoir que j’ai un looong temps devant moi.Bref! tout un contexte.

    ELB

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  2. servolle says :

    j ai toujours pris du plaisir à lire et à suivre assidument  »Ainsi va le jour « ….

    Merci encore Evelyne pour ce récit plein de poésie et d’actualités

    Francine depuis Cardaillac

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  3. trainsurtrainghv says :

    de mon côté à l’automne 2013 du dernier carnet de P. Bergounioux. Mon libriare me l’avait commandé;nous aurons matière à remarques…GHV

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