Un lieu à soi. Virginia Woolf et Marie Darrieussecq

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L’acte d’écrire au féminin et la place de l’écriture féminine, voilà le sujet, l’argument  de Un lieu à soi  de Virginia Woolf qui avec humour, ironie et beaucoup de distance  se penche plus particulièrement sur la littérature  du XIX ème, ce qui ne l’empêche pas d’évoquer souvent Shakespeare.

C’est l’occasion de dire quelques turpitudes et injustices vécues par les femmes de cette époque et bien au-delà, bonnes à  marier et à faire des enfants.  Sous le joug de l’institution, du mari ou du père car elles n’auraient pas la capacité à être éduquées  comme l’écrivait Napoléon qu’elle cite à deux reprises. Mais depuis déjà quelques siècles, on s’était même demandé si la femme avait une âme.

C’est ainsi que ne pouvant avoir de lieu à soi, du temps ou de l’argent ou les trois,  une femme ne pouvait laisser s’exprimer sa créativité. Un lieu à soi pour échapper au quotidien occupé par trop d’intendance, de travaux d’aiguilles sans oublier les enfants ;  Ecrire sous le regard des autres avec le bruit de leur vie propre ? Interdite d’accès à une bibliothèque, à l’université quand par chance elle avait pu parvenir  jusque-là-, pas facile de s’émanciper même si les Anglaises avaient bien avant les Françaises,  le droit de vote.

« La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, pas seulement depuis deux cents ans, mais depuis le début du temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes ont donc plus de chances de finir comme des chiens que d’écrire de la poésie. »

Un lieu à soi  et non une chambre ou une pièce à soi comme l’ont laissé supposer les traductions précédentes, nous dit-on.

Celle de Marie Darrieussecq- je n’en avais pas lu d’autres de toute façon, craintive de m’attaquer à ce monument après Journal d’un écrivain-, est une découverte heureuse et cette simplicité d’écriture qui coule tout au long de ces deux conférences données par l’auteur à Cambridge en 1928,  sont rendues vivantes par cette promenade familière que fait Virginia Woolf devant ses étagères, picorant ainsi de livre en livre s’attardant sur certains auteurs,  nous invitant  à suivre le cours de ses pensées et se demandant si l’écriture a un sexe. Y a-t-il une écriture de femme et une écriture d’homme. Un cerveau androgyne ou un cerveau unisexué sans faire d’évaluation comme elle le dit à la fin de son exposé exhortant les femmes à « … écrire toutes sortes de livres…en faisant ainsi vous profiterez certainement à l’art de la fiction. Car les livres savent s’influencer les uns les autres ».

La place des femmes dans la littérature contemporaine ou pas ? Mais la question serait la même dans toute autre domaine artistique.

Il faut donc lire ce petit chef d’œuvre de remue-méninges tonifiant comme une balade au bord de la mer,  humant l’air iodé.  Il m’est arrivé à certains moments de la lecture d’oublier qui en était l’auteur tant la voix de la traductrice était présente. Elle s’est confondue avec celle de l’auteur  pardon, l’autrice comme l’écrit Darrieussecq qui l’annonce en avant-propos- car le mot lui paraît plus juste et il n’y a pas à discuter.

Par ailleurs, je vous invite si vous ne la connaîtriez pas à la lire.

Son dernier roman Il faut beaucoup aimer les hommes  est à ne pas manquer. Depuis son entrée remarquée car « ébouriffante » en littérature avec  Truismes, elle nous a habitués à une écriture dynamique.

Elle dit son écriture, physique : « Quand j’écris, je deviens le corps de mes personnages…je suis avalée par le livre, traversée par ce que j’écris…il devient le texte, sinon ce n’est pas la peine ».

Un lieu à soi  V. Woolf chez Denoël .

ELB

Et sur le web:https://femmesdelettres.wordpress.com/2016/06/25/virginia-woolf-un-lieu-a-soi-2016-1929/

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7 responses to “Un lieu à soi. Virginia Woolf et Marie Darrieussecq”

  1. Femmesdelettres says :

    Merci pour cette revue très complète, je vous recommande dans mon article sur cette traduction ! À ceci près que je ne peux rien recommander dans ce que j’ai lu de Marie Darrieussecq… sauf lorsqu’elle plagie d’excellentes autrices comme Marie N’Diaye.

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    • trainsurtrainghv says :

      https://femmesdelettres.wordpress.com/2016/06/25/virginia-woolf-un-lieu-a-soi-2016-1929/
      Merci de nous avoir signalé votre propre article et d’y avoir intégré le lien avec celui de trainsurtrainghv.

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    • hyacinthe46 says :

      Quelque chose de guerrier et de querelleur dans la polémique qui me tient à distance. Ce n’est pas le débat la dispute la controverse.
      Il me faudrait d’ailleurs connaître parfaitement les œuvres de l’une et de l’autre et je crois me souvenir qu’il y eut une attaque de Camille Laurens que j’apprécie beaucoup. Je ne suis pas sûre que la polémique soit le dialogue,
      Tout simplement je ne pense pas que l’on crée de toute pièce ou que l’on invente quoique que ce soit qui n’est déjà préexisté ou en latence. On réinvente, on recrée.
      Chacun est influencé par tel ou tel, a un mentor, un maître à penser. Bref nous sommes faits de ce que nous lisons- entre autre-, et forcément cela transpire d’une façon ou d’une autre.
      C’est sans doute ce que l’on appelle l’innutrition. Nous avalons, ingérons digérons et transformons sans même en être forcément conscients. Nous sommes un conglomérat de ce que nous avons reçu, lu, vu, étudié et riche de tout cela. Je n’y vois aucune marque de copie.
      S’il s’agit d’un thème, d’un sujet particulier repris par d’autres pourquoi s’en offusquer ; il peut être traité différemment et puis, c’est en soi rassurant que nos semblables aient les mêmes préoccupations, tourments. Je n’y vois rien de malveillant alors que la dénonciation de plagiat me semble violente. J’y perçois comme une rivalité qui me met très mal à l’aise..
      On ne peut être le seul, l’unique à traduire et à exprimer ce que l’on éprouve et ce que l’on a à écrire. Cette concurrence me peine plutôt.

      Merci pour votre intérêt et vos articles.

      ELB

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      • Femmesdelettres says :

        Vous avez raison, et le terme de « plagiat » est aujourd’hui si excessivement litigieux qu’il ne devrait pas sortir de l’enceinte des tribunaux. Je m’en excuse…
        Il suffisait de dire, plus personnellement : ce que j’ai lu dans Marie Darrieussecq m’a toujours paru répéter soit ce que j’avais pu lire ailleurs et plus sincèrement, plus justement ; soit ce que l’on peut apprendre dans la formation des classes préparatoires littéraires françaises, formation qu’elle évoque si souvent (par exemple l’année dernière dans la NRF), qu’on a l’impression qu’elle n’en est jamais sortie.
        Les lectrices et lecteurs francophones lui doivent beaucoup pour la traduction de Un Lieu à soi et d’autres textes de Virginia Woolf. Mais la préface de cette traduction confirme plutôt mon sentiment sur Darrieussecq. Après avoir répété les arguments de Virginia Woolf, la traductrice pose la question de l’essentialisme ou non de l’écrivaine (savoir si l’écrivaine croit à une différence de nature entre femmes et hommes ou si elle impute ces différences à la culture). Or cette question n’a pas lieu d’être puisque V. Woolf écrit clairement qu’elle n’est pas essentialiste, dénonçant tout au long de l’essai les conditions socio-culturelles de l’éducation des femmes. À mes oreilles, la préface sonne un peu creux…

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  2. trainsurtrainghv says :

    J’adhère, je conçois, je m’inquiète, je revendique, je me demande comment partager et attirer l’attention…En fait une revendication pour tout le genre humain mais au féminin la galère ….Vu récemment une interview de Marie Darrieusscq et enviede la lire.

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    • hyacinthe46 says :

      Oui, Virginia Woolf elle parle des conditions socio- culturelles qui empêchent une femme d’être aussi libre qu’un homme à exercer sa passion, son travail d’écriture mais le sexe n’est peut-être pas que construction sociale. Je pencherais pour dire que la littérature n’a pas de sexe mais l’écriture peut-être. Woolf dit se refuser à évaluer, comparer les deux sexes. D’ailleurs, quand une femme écrit, est-ce qu’elle le fait en se pensant femme. Pour la fiction, c’est improbable quant au reste, j’ai un doute.
      Elle écrit clairement qu’elle laisse cette chicane « …qui relève de la cour d’école de l’existence humaine. »
      Si Marie Darrieussecq évoque la question c’est parce qu’elle est – dit-t-elle « … celle de ma vie. »
      Et ce partage d’interrogation ne me dérange pas.

      ELB

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