Le voyage en train.

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Le pouvoir presque hypnotique du train qui glisse dans le paysage m’a encore embarquée. Comme dans un autre temps, d’autres lieux traversés parce-que dans les rides du reflet de la vitre.

Une particularité du voyage en train mais il y en a tellement : découvrir le dos de la ville ou du village traversé ; ce n’est pas toujours le plus reluisant mais ces petits jardins minutieux, intimes presque ou au contraire, abandonnés le long des voies, ces petits terrains vagues devenus terrains de jeu ou de vie du pauvre, de l’exclu et qui filent à toute allure à ma droite en allant vers le Lot, m’ont encore étonnée. Ceux qui s’effacent derrière la haie vive ou trouée de niches d’oiseaux et ceux délaissés aux gros tonneaux de plastique bleu dans les herbes, flanqués à chaque angle des dernières maisons, souvent, et je ne saurai dire pourquoi. A éclaircir au prochain voyage.

Cette fois-ci, comme à l’accoutumée du reste, je m’étais assignée une tâche : relever le maximum de noms de petites gares où l’on se s’arrête plus. Sur la pierre,  pas toujours facile de le lire. Le cartouche sur la façade et parfois sur les deux pignons, souvent usé ne m’aide pas beaucoup. Il est poli et quelquefois,  un peu de couleur le rogne à moitié. Aujourd’hui, je vais essayer d’en noter quelques-uns. Il m’est très difficile de river d’abord mon œil sur la façade et d’avoir le temps de vérifier les pignons ;  la plupart du temps je ne vois que celui de la façade et je maudis la vitesse ou les secousses m’empêchant de tout déchiffrer, le visage tourné vers l’arrière un long moment me faisant manquer la suite.

D’Austerlitz à Orléans, grand nettoyage de tête presque en vacances puis bien après la Loire et les grands oiseaux blancs faisant tourner leur hélice, je décide de m’y mettre après Châteauroux.

Saint- Sulpice- Laurière, St Germain les Belles après Limoges puis Salon-la- Tour ou en allant vers Toulouse, trois jours plus tard juste avant Cahors : Saint Clair, Thédirac, Espère. Tous intéressants pour leur graphie ou leur sonorité. La résonnance est parfois totale quand les deux s’harmonisent.

Entre  Gourdon et Brive en repartant de Toulouse pour regagner Paris, Cazoulès qui parle à mon oreille du Sud-Ouest. Cazoulès qui chante ou qui frémit ou rissole dans la poêle ; on ne sait. Presque toutes ces petites gares ont un appentis sous lequel s’entassent vieilleries. Parfois un bâtiment aux avants toits larges avec dans le pignon  un carré de briques aérant cette espèce de petite halle où l’on verrait bien du papier ou du tabac sécher. L’été, de grandes traînées d’ombre violette  invitent à l’amollissement. La sieste ne serait pas loin.

St Cirq Madelon entre Gourdon et Carsac en Dordogne, c’est de la petite route que j’aperçois la petite maison de garde barrière restaurée et habitée comme tant d’autres : deuxième vie, deuxième souffle pour le village?

Mais entre les saccades et hoquets du train, la pensée en balade comme en apesanteur, j’en rate forcément beaucoup. Ces petites  endormies au bord des rails sont l’objet de maint scenarii possible. Une portion de nature peut évoquer une scène de cinéma ou un livre voire un poème. Les ponts ou autre architecture ferroviaire me distraient encore. Ainsi, plutôt glauque comme le pont bariolé pisseux de Vierzon qui est un repère dans le temps. Adolescente, j’avais rêvé Vierzon où un oncle tenait une brasserie avant d’arriver à la capitale, comme une étape. Lorsque pour la première fois j’ai découvert cet arc-en-ciel de métal, je me suis demandé pourquoi Vierzon.

Difficile de tenir l’objectif fixé ; je m’égare ou bien me laisse happer par le bruit car dans le train où la pensée plus qu’ailleurs, en ce qui me concerne, vagabonde au rythme du roulis ou des halètements. Et c’est cela aussi et c’est heureux. A l’intérieur du wagon une conversation trop animée ou joyeuse nous détourne de notre but initial. L’échange poli entre deux personnes car se découvrant de la même région ou de la même ville ou encore la surprise d’avoir un ami commun et autre hasard et concours de circonstances qui rapprochent des êtres jusque-là totalement étrangers les uns aux autres.

Difficile d’être tout à fait dedans ou tout à fait dehors. C’est un des grands bonheurs qu’offre le train. Cet entre-deux, cette frontière floutée par les reflets du dedans sur la vitre et ce que celle-là révèle du dehors. S’invitent alors des histoires ou des souvenirs, des lectures faites ou non à bord d’un train.

Encore le sentiment de ne pas avoir satisfait à la liste et c’est tant mieux!

 

 

ELB

 

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3 responses to “Le voyage en train.”

  1. travelingaddress says :

    c’est vrai que les voyage sen train ont quelque chose de romantique!
    https://travelingaddress.wordpress.com/2016/01/06/ouigoou-we-dont-go/

    J'aime

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