Ainsi va le jour.26

 

 

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L’année s’est terminée avec l’envie d’en découdre avec la douceur, la légèreté, l‘insouciance, le bonheur.

De la couleur et de l’insouciance joyeuse, comme dans les films des années soixante aux tenues pastel. Légèreté d’une plume et l’ombre de la pleine lune d’argent,  la semaine de Noël,  sur les carreaux de la cuisine en plein causses, avec ses ombres chinoises.

Premiers jours gris de janvier.

Les gens sont fatigués, ils soliloquent et j’en croise tous les jours qui soliloquent. Assise à côté de moi, une jeune fille que je croyais en train de téléphoner à une amie.

Un scénario très au point qui aurait pu être celui d’une série télé. Une histoire d’amour, tumultueuse,  des noms qu’elle égrène avec emballement traduisant une émotion réelle. Elle était visiblement partie prenant et souffrait de cette situation se mettant à parler très fort appelant, Christelle qui lui avait « piqué » son mec puis c’était Mica qui la sauvait et Marion, qui en était toujours amoureuse, la narguait. Je ne saurai la fin de l’histoire. Je descends à l’arrêt suivant laissant la blondinette en proie à ses peurs fictives ou réelles. Dans le bus, certains rient tandis que d’autres croient rêver. Je la salue en partant mais son regard semble figé.

 

Jour anniversaire de Charlie, une piqûre de rappel dans le quartier et à moins de 800 mètres du lieu de travail  dans ce coin du XVIIIème, vivant, bruyant et tonique. Beaucoup de sirènes et d’agitation. Un moment de désarroi quand on l’apprend. L’abattement est en partie éclipsé car il faut réagir, et rassembler ces adolescents qui repassent le film déjà entrevu il n’y a pas deux mois. Impossible à présent de ne plus avoir en arrière-plan, dans son cortex, cette certitude d’une vie en sursis- si tant est que l’on ne le savait pas encore-, et qu’il faut envisager combattante et engagée d’une façon ou d’une autre, mais comment ?

Presque une semaine de vœux distribués joyeusement à tous, vœux bienveillants que l’on ose. Je souhaite à tous douceur et légèreté mais la voilà déjà envolée, la douceur. Nous avons donc repris la conversation,- celle de novembre-, discuté, écouté et essayé d’expliquer l’inconcevable.

Et dans tout cela, Il faut laisser la place au clash entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la bombe H de la Corée du Nord et son fou de Kim Jong-un qui bluffe peut-être et aux 26 Millions de personnes  déplacées dû au changement climatique et à sa vie propre.

En rentrant cette semaine,  je reprends la rue Etex et revoit avec plaisir Les Blondes Ogresses, toujours en place, discrètes dans cette rue du XVIIIème sans prétention. Le café rouge où je m’arrête pour boire un café allongé réunit beaucoup d’hommes fatigués et soucieux. C’est ce que je lis sur leur visage.

Sous le ciel froid et bleu, une 2CV décapotable avec ses jeunes occupants me lance au visage une image de gaieté et me donne envie de revisiter Paris et de prendre le bus rouge à étage en jouant la touriste. Voir la ville de plus haut, sentir le vent dans les cheveux.

Mais les bruits du monde sourdent et continuent à nous habiter ; c’est bien normal.

M comme Madaya  où pour survivre les corps décharnés se nourrissent de feuilles et de racines ; l’aide humanitaire est admise à intervenir au bout de la sixième demande au milieu d’un hiver rigoureux.

M comme Méthane .Nous avons cru un temps que les trop nombreux bovins à la surface du globe, par leurs pets et rots étaient les seuls à nous asphyxier mais c’est l’homme par ses forages qui a ouvert la faille et le gaz se propage dans l’atmosphère,  contribuant ainsi à l’augmentation de gaz à effet de serre alors qu’il recherchait l’inverse.

La Pologne s’enferme dans le conservatisme et surveille de près ses médias et La Suède et le Danemark contrôlent leurs frontières. Notre jeune Europe de 60 ans se recroqueville telle une petite vieille. Quel dommage !

Plus que jamais, l’enseigne de la librairie maison de presse disparue d’un quartier à Clichy, ces jours derniers se rappelle à ma mémoire : Le monde allant vers. Mais vers où va-t-il donc ? Et serait-il vraiment à l’envers ?

En Syrie de Joseph Kessel en folio, trouvé en bonne place à la librairie ; Dans ces extraits tirés de En Syrie, premier reportage en 1926 du grand Kessel, Jeune journaliste très littéraire. Il décrit sous mandat français, le pays est déjà divisé en groupes religieux et  le rôle assez néfaste des hauts commissaires étrangers dont nous étions.

Mais non, tout n’est pas désespéré : « …il y aura toujours le vent, la lumière. Rien ne passe après tout si ce n’est le passant » écrivait Aragon.

La place est encore muette ; quelques illuminations vacillent sur fond de ciel nuageux et je continue le week-end de chant, enchantant.

L’hiver semble arriver. Le vert des narcisses a percé la terre de ma jardinière et bientôt des taches de jaune émailleront mon rebord de fenêtre.

1,2,3…bonheur !  Le bonheur en littérature pour 2 euros en folio.

 

ELB

NB: tous les articles du même nom dans la page Ainsi va le jour

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4 responses to “Ainsi va le jour.26”

  1. manh14 says :

    J e ne suis pas plus malin qu’un autre .J’ai vécu à Paris dans les années 60, entre les ratonnades policières et les attentats du FLN et ceux de l’OAS..

    Il ne m’est rien arrivé, a mes amis non plus. il y a deux illusions en temps de guerre, croire qu’ on échappe à tout, ou que l’on sera sûrement tue.en fait, on ne peut faire aucune prévision, et il faut vivre l’instant present en le rendant le plus beau possible. Bon courage et amitié.

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  2. trainsurtrainghv says :

    Nouvelle année, fleur « martyre »,forcée à la floraison , en illustration en honneur à ton pseudo…la jacinthe. La douceur a elle aussi cette année forcé la nature et provoqué de bien hâtives floraisons!ghv

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