LA VIEILLE DAME

charlesCharles dessinant à l’atelier de l’AAP à Epinay sur Seine.

 

Elle a ouvert ses volets, très tôt. Le bruit de la rue la rassure, le bus à l’arrêt, le garage encore fermé.

S’habiller, faire sa toilette et chauffer le lait. Un premier appel au téléphone: « oui ,non,… la nuit a été mauvaise,les douleurs, les pensées… ».

La journée vide, la télé allumée. Elle pousse les chaises, lisse le napperon. Livraison du repas, à peine un bonjour.Parfois elle va dans la salle d’eau et coiffe ses cheveux . Il lui arrive de dresser un mur de chaises devant la fenêtre de la chambre, »sa chambre » pour que les démons ne vienne pas « le « chercher.

Descendre les marches pour vérifier le courrier. Les envellopes provoquent un vent de panique.Les logos peuvent être ceux d’une banque, ou suggérer un appel à paiement. Elle tente de déchiffrer les mots. L’argent comme une obsession.

La sonnerie du téléphone à nouveau. Elle a appris un peu: que pleurer et hurler peut provoquer une réaction de rejet et qu’elle se retrouve seule à nouveau après le clic de fin. Elle parle: du manque,  du silence, de ses sacrifices, de la mère qu’elle a gardé jusqu’à la fin, du mari du jour au lendemain valide puis malade,  puis parti , de la vie qui est dure, »je sais pour les autres aussi », …des enfants qui ont trop de travail… Si elle oublie peu à peu ses maisons au pays envahies par les souris , en demande de travaux et qui furent un temps son unique préoccupation,  elle évoque les rues du village sous le soleil de  Sicile , la misère qu’il fallait bien fuir, mais les chaises tirées sur le trottoir, les soirées sans fin, les rires, les voisins…

Le fils entre. L’ainé. Il est seul aujourd’hui. Il laisse passer le flux des mots. Peu à peu lui aussi a appris à acquiéscer,à moins gourmander. Il sait, il comprend, il n’est pas encore assez patient.Les enfants ne reconnaissent pas leur mère. Leur peine est comme une pierre qui les rend lourds et mécontents.

Il est reparti. La peur s’installe. Elle tire les persiennes La nuit tombe et l’écran boucule sur les photos du buffet des flash de couleurs et déverse les malheurs du monde ; alors lui revient un élan de compassion pour ces mères qui ont perdu leurs enfants. GHV

Publicités

Étiquettes : , , , ,

About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :