Ainsi va le jour 24.

 

 

pour Ainsi va le jour 24

 

 

Après l’hiver que l’on avait cru nous faire une mauvaise blague en plein automne,  l’été indien nous a surpris pendant les vacances.

Par la lourde porte entrouverte de la grange, en l’absence de la maîtresse des lieux, une clisse  sur laquelle sèchent les noix  rendues plus blondes par le soleil qui les caresse. Et comme si j’avais oublié ces cadeaux de la nature, cela m’enchante. Tout comme cette fin d’après-midi où la lumière arrive avec en promesse, une brume d’avant la nuit comme on en voit à cette saison où le travail de la terre a l’air de se faire dans l’intimité.

Avec ses variations de fin de jour, la clarté  lèche le seau plein de pommes destinées à la compote ; les citrouilles, au jardin,  lancent des touches de couleurs vives et illuminent ce coin un peu à l’abandon. Du bois des Majoux, j’ai regardé la pointe des peupliers rongés par le gui, se balancer en contrebas.

Des chemins et petites routes de campagne comme passées, de part et d’autre,  à la brosse de couleurs : brunes, orangées,   fauves et flamboyantes et à portée de main et de regard, de ce point du Causse en glèbes rousses, le village, bleu. Ce lointain semble presque toujours bleu mais l’horizon ne parait-il pas toujours dans les brumes,  bleuté ou grisé ?

Rencontré deux ans plus tard,  M-H …à la recherche d’un Bourgogne blanc pour marier à sa tête de veau et déguster le lendemain avec ses voisins. Une bonne surprise et nous avons parlé musique et lecture ! Puis au fil des cinq jours, rapides, une poignée de mots pour l’hiver entre nous, en faisant les traditionnels pâtés, en famille. Là-bas, on tricote sa vie comme ici et depuis le début ; il arrive qu’on laisse glisser quelques mailles, confronté au réel.

Ramené et fait sécher les graines de passiflore, données par M.

Arthur a eu un an nous renvoyant l’image d’un temps qui se hâte et nous pousse. Sourire du petit d’homme!.

Des amis vus trop rapidement et de loin puis le retour en train avec les flâneries d’usage ; la lumière  s’estompe au dehors et la vitre où le front se tient, renvoie le reflet des lampes en  goutte du wagon.

A l’arrivée, un temps qui semble traîner ses sabots au champ. Il est étrangement lourd.

Quand ailleurs, le réel souci de vivre ou de survivre est l’unique obsession, la France renoue avec le fil barbelé et c’est dans ce contexte de crise migratoire que certains états poussent au repli voire à la fermeture.  On ne voit plus dans l’autre que ce qu’il pourrait nous soustraire  plutôt que la richesse qu’il pourrait nous apporter.

Poutine  danse avec Bachar  reclus dans le chaos qu’il fait perdurer. Et si Poutine avec sa position scabreuse poussait hors de Syrie davantage de femmes et d’hommes en ne bombardant pas seulement Daech,  soutenant implicitement la dictature. Erdogan qui avant chaque élection a brandi le péril Kurde,  retrouve sa majorité absolue et attaque plus durement encore les journalistes.  La Turquie, bien que plus démocratique qu’il y a quinze ou vingt ans mais l’est moins qu’il y a un an, comme je l’ai entendu. L’excès de zèle va-t-il se tempérer ?

Ce que l’on avait cru bon hier ou en bonne voie, n’a pas ou plus de sens aujourd’hui et le monde désorienté, donne l’impression de ne pas toujours savoir où il va. Doutes et interrogations sont notre lot.

Je vous recommande, si ce n’est déjà fait,  deux livres lus avec bonheur.

Pietra Viva   de Léonor De  Recondo  (Points Seuil).

La naïveté de Cavallino, le rire de l’enfant  brise la réserve du sculpteur  l’emportant vers son enfance et la mère perdue trop tôt, la pierre qui devient chair ou l’inverse, ces corps nus imaginés et aimés jamais caressés. Un Léonard plus humain. Un livre délicat et sensible une écriture qui m’a touchée avec une belle langue simple, claire.

Trois jours à Oran d’Anne Plantagenet (J’ai lu).

Accompagnée de son père qu’elle a poussé à faire ce retour, l’auteur passe de l’autre côté de ces photos sépia qui l’ont accompagnée toute son enfance. Sans nostalgie mais avec un certain malaise qui la fait hésiter entre honte et fierté, s’entremêle une histoire d’amour qu’elle est en train de vivre, partagée entre deux hommes comme entre deux terres, mettant ainsi  à distance et avec pudeur, l’émotion du retour au pays  de ses aïeux et qu’elle porte comme un exil,  souffrance laissée en héritage.

C’est une quête des origines et c’est magnifique.

ELB

Ainsi va le jour:les vingts-trois autres textes.

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