Archive | août 2015

Ainsi va le jour 22.

 

 

22bis

 

 

Si je ne devais retenir que le lumineux, l’insolite de ces semaines de vacances et, même si je n’ai pas satisfait à ma liste, la fameuse que nous avons tous- celle des choses à faire, personnes et lieux à visiter -, ce serait les petits voyages en train. De Paris dans le Lot puis Carcassonne, Toulouse, Sète et retour.

Après trois jours  sur le plateau calcaire du Causse asséché et jauni, sauté du train à Carcassonne et caracolé avec les copines destination Sète. Premier arrêt à Homps-nous étions parties depuis à peine trois quart d’heure-, au bord du canal du Midi, les vacances commencent et malgré la tristesse à l’évocation de la coupe de platanes qui le bordaient nous sommes aux premières loges. Dans l’œil du viseur, en plissant un peu les yeux, un ciel de Toscane dans le bleu brumeux du dernier plan et le petit remous provoqué par la péniche qui glisse, un cyprès, du caillebotis pour terrasse au ras du chemin poussiéreux et l’Auberge de l’arbousier nous accueille. Sous les deux platanes qui ombrent la terrasse de violet, le cerveau posé à côté, le résumé de l’année ou presque en éclats de rire ou moues selon le cas.

Sète bien sûr avec ses voiles et ses Voix des Méditerranées. Ce fut la découverte d’un poète français, Yvan Le Guen et de poètes Grec, Macédonien ou kosovar qui m’ont marquée. Tout d’abord, Yourgos Chouliaras, le  Grec, ancien ambassadeur aux USA,  par cette réflexion :

« Dans notre folie, il faut continuer à être généreux avec nos artistes car leur capacité de présence au monde est plus importante et ils en ont une compréhension différente. Pour pouvoir résister, il faut voir au travers. »

Le jour de notre départ, un Kosovar que l’on croyait Albanais,  en visite au cimetière marin avant de faire un tour au Musée Paul Valéry : Il est juste derrière nous et se réjouit de me voir avec un appareil à photos car il veut se faire tirer le portrait, assis sur la tombe de Valéry et en ajoute un autre, dos à la mer. Pour moi, la tombe était plus haut. Je n’avais pas, non plus, gardé le souvenir de ce banc.

Agim Vinca avait en main un petit livre qui renfermait le poème Le cimetière marin dans sa langue maternelle avec en regard la traduction française. Nous nous sommes amusés à lire après lui quelques strophes en français. Et ce fut un pur bonheur.

Chez Mélo, le cuisinier Italien, nous avons entendu une belle voix de blues chargée sans doute de trop d’alcool ou de cigarettes, ancien chanteur du groupe Magma, Lucien Zabu.

Nous n’avons pas vu l’ombre creuser la plage et le soir, pour rentrer,  nous passions les ponts entrelardés de lumières gueulardes dansant sur le canal. Juste le bruit de l’eau, le clapotis tranquille d’une fin de journée. Grâce au retour en train, nous apercevons les canisses qui font un peu d’ombre aux jardins ouvriers ou familiaux, peut-être.

Puis à nouveau Toulouse et le Lot pour voir pousser la génération montante avec ses bébés ainsi que des amis ou une cousine chère.

Laissé dans le Lot, aux soins de familiers  ou d’amis, des pousses d’arbustes et d’arbres pour un jour les planter à proximité d’une cabane qui m’oblige à la patience. Pas pu déjeuner Au chemin de lune– c’est comme cela que je l’écrivais-, qui s’est transformé en O chemin de lune qui pourrait être aussi Ô ou encore O’ comme on le lit de plus en plus. Je n’ai pas encore compris ce que cela rajoutait ou bien ce que cela voulait souligner ou suggérer. Qu’importe ? C’est sans doute un kdo . C’est comme Candy crush qui passionne certains collègues au moment du déjeuner.

Certains tronçons de rails en arrivant à proximité de villes ou en les quittant  offrent des jardinets improvisés, bohème ou trop coquets. Je m’applique à les imprimer pour le moment venu les rappeler à mon écran mental quand le gris du ciel pèsera trop sur nos épaules.

Ne pas oublier, non plus  ces figues mûres à souhait qui s’offraient comme des malotrues, papilles béantes au vent tiède du jardin ainsi que le parfum des feuilles auxquelles s’est accroché un pied de vieille vigne.

Ma petite pépinière a un peu souffert du manque d’eau malgré le passage de voyageurs. Les graines de bignone ont poussé, celle de passiflore ne sont plus. A l’ombre des irruptions solaires dans l’ombre de ma petite cuisine, tout n’a pu survivre.

Et après ces jours caniculaires, cette semaine de retour au travail, j’ai apprécié la fraîcheur des rues, quand les vannes lâchées, l’eau semble jaillir du trottoir et  court le long du bitume : on respire, cela nettoie. La pluie un jour sur deux a été au rendez-vous pour ne pas nous faire regretter d’être rentrés.

Et toujours en arrière-plan, les préoccupations de ce monde -qui nous entoure que l’on habite et dont on se nourrit-,  qui se font plus insistantes ici. Le facteur religieux qui monte ainsi que l’autocratie de certains dirigeants qui en  séduit d’autres,  des accords internationaux et frontières non respectées, autant de sujets inquiétants pour un monde en chaos, en destruction reconstruction.

En tout cas, les murs montent alors qu’il nous faudrait des ponts.

ELB

Lire et relire les 21 autres  Ainsi va le jour

Haïku du soir.

Chênes rabougris

Soleil posé sur les pierres-

Tout l’or de l’été.

ELB

Haïku du jour.

Dans l’if l’écureuil

poursuit ses arabesques-

Petit déjeuner.

ELB