Archive | juillet 2015

Ainsi va le jour. 21

nuées

Un véritable été, fatigant mais la chaleur, le bleu du ciel, c’est  l’été. Synonyme de vacances pour la plupart et j’en suis. Elles ont débuté il y a huit jours. Les pique-niques entre amis ou en famille nous avaient déjà mis un peu l’eau à la bouche.

A l’ombre de l’appartement, pour se préserver de la canicule et ne deviner le soleil que par ce que laisse filtrer les persiennes de bois côté place, on se repose, on se prépare aux vraies vacances. Prendre le train et se laisser porter dans ce paysage jauni par le soleil dans un premier temps et ensuite quelques escapades.

Pour un empire, je ne raterai pas le rendez-vous poétique de Sète et ensuite, partage entre amis et famille ainsi qu’une petite improvisation feront le reste.

Mais pour l’heure, je guette la fin de l’après-midi pour tirer le rideau et donner davantage de clarté.

Ce matin, après les petites besognes d’usage, tôt car la température avait baissé, je suis partie avec un peu d’eau et quelques fruits ; j’ai filé chez Bonnard.

La lumière et la couleur bruissaient : je suis entrée dans un temps étale. Devant chaque tableau ouvrant sur la terrasse ou le jardin, j’étais l’invitée ; on m’attendait avec une tarte aux cerises ou aux prunes et en fond l’exubérante végétation ou bien la mer. Curieux, étrange Bonnard. Les fenêtres entrouvertes côté pièce d’eau ou côté jardin régalent l’œil de tissus dont les couleurs contrastées ne peuvent masquer l’inquiétude des visages.

J’aime les contre-jours et chez ce peintre, il n’en manque pas. Brouilleur de pistes, facétieux, il m’a surprise avec ses angles de vue qui nous font à la fois apprécier deux tableaux en un, voire plus. Le maître des illusions et des chimères n’est pas loin ; On est troublée et cet aspect-là de sa peinture m’avait, je crois bien, totalement échappé. Il faut croire que l’on grandit encore et apprend toujours mais cela, nous le savons. L’explosive lumière au service de la vie avec son quotidien, dans l’intimité sous la lampe, par exemple, provoque une grande émotion. Bonnard enchante et interroge. J’ai découvert avec bonheur ses photographies car il ne m’était pas venu à l’idée qu’il ait pu en faire. Pourquoi donc tant de clichés?

Sans comparaison aucune car il n’y a pas lieu d’en faire, exactement huit jours auparavant, juste avant la clôture j’étais allée visiter l’exposition du maître au Grand palais. Palette plus sombre chez Velázquez ; peu de monde, la chaleur sans doute. A peine trois quart d’heure d’attente. Un grand ciel bleu intense et un musicien au pied de l’escalier nous a distrait.

Les tableaux mis en valeur par des murs blancs au fil des salles, scandaient le parcours du peintre : l’apprentissage, son atelier avec des élèves dont son futur gendre. Dans les dernières salles, il est largement représenté quand résonne la voix d’un grand type au chapeau entrant.

-« C’est incroyable tout ce qu’il a fait ce mec, en soixante ans ».

Impressionnant Velázquez. Un monument et certains tableaux de très grands formats. Et ce Diego que l’on croirait sage, sérieux malgré sa position de peintre royal a su, habilement se moquer en détourner certains sujets ou objets. Que d’humour et de dérision, de ruse pour au bout du compte, s’amuser de la comédie de la cour.

Stupendo, dirait un Espagnol : lui, son gendre, ses élèves de l’atelier. On s’y méprendrait.

Il y a une semaine, je dévalais la rue Etex me disant que Les Blondes Ogresses n’étaient pas agressives cette année ; c’est toujours Denise la jardinière qui sévit mais c’est moi qui étais moins attentive et disponible. Deux autres pièces étaient à l’affiche en juin dont une me tente. La grasse matinée de René de Obaldia. En aurai-je le temps ? Jeux de mots, malice sur un sujet grave : Y a-t-il une vie après la mort ?

Au café rouge, toujours les mêmes vieux au comptoir et les autres, grattant leur ticket ou guettant l’arrivée du quinté.

Arrivée à Clichy, en rentrant, je suis attristée de voir nos arbres contraints par les grilles ou le goudron lorsque ce n’est pas les deux. Grosses veines des trottoirs, le bitume boursoufflé autour des arbres : les racines n’en peuvent plus de se contenir. Vent, pluie, froid ou chaleur, il leur faut lutter aussi pour leur survie.

A défaut d’un thé au Sahara, d’un pique-nique sur le toit comme de jeunes moscovites en proposent moyennant finances, que ferez-vous cet été ? C’est devenu un véritable « buisines » dans certaines villes russes d’organiser des rendez-vous amoureux clandestins. Visiter une ville en l’abordant par ses toits, c’est plus excitant-ce que je crois bien volontiers,-  à St Pétersbourg, nous dit aussi Courrier international, l’organisateur loue une chambre au dernier étage pour accéder aux toits et raconter une histoire de la ville ou organiser quelques fêtes insolites.

Peut-être irez-vous cueillir en montagne les artémises mutélines ou l’armoise des glaciers qui permet de fabriquer la liqueur de génépi, ou plutôt la salsepareille en garrigue ou encore la saladelle ou la salicorne en Camargue aux fleurs mauve, rosées.

Il y a deux semaines, les pois de senteur dont un mauve, justement, dans la petite fraîcheur du matin se sont enfin ouverts et ils en ont mis du temps. Le bleu paraissait plus fragile ; un pied était odorant, l’autre non. Ils sont à présent tout secs.

A chacun son Arcadie-ce fut dans la Grèce ancienne, une région dont la tradition poétique fit un pays idyllique.

Ce qui me renvoie à l’actualité chaude et tendue que nous connaissons pendant ces jours –ci .Savez-vous que c’est la constellation d’Orion et ses grands chiens qui est à l’origine de ces éruptions solaires.

Quoiqu’il en soit, comme beaucoup j’aurais souhaité davantage de solidarité mais nous y serons obligés et pour d’autres encore sinon nous mourrons tous.

ELB

Et les autres textes éponymes  dans https://trainsurtrainghv.com/ainsi-va-le-jour/

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Livres friandises pour l’été.

galets

Certains attachent aux vacances, un gros roman historique ou une saga islandaise ou indienne ou  d’autres encore un grand roman comme Belle du seigneur ou bien relisent Balzac ou Proust et qui ne pourraient souffrir d’attendre davantage  à les faire entrer dans leur panthéon littéraire.

Je n’ai pas particulièrement d’attirance pour les très longs ou trop longs textes. Ceux des vacances sont pour moi ceux de la parenthèse, de la possibilité d’une apesanteur ou de l’absence rêvée de contraintes.

Petits livres, courts, brefs mais percutants et pas forcément récents. Bonbon ou petit bonheur fugace, petite réflexion .Pour des fatigues passagères ou pure paresse et l’envie de prendre son temps. Des vies majuscules ou minuscules vues au travers de calque ou en pleine lumière dans une écriture dépouillée, sobre ou au contraire, ciselée comme chez Quignard.

Paysages réels ou mentaux, ils m’ont tous plu, exaltée, adoucie, aidée, instruite ou interrogée mais ne m’ont jamais laissée indifférente.

Tous en poche : Folio, Point Seuil, Livre de Poche, 10/18, J’ai lu ou Arléa poche ou encore Petite bibliothèque Payot, une centaine de pages pour certains, cent cinquante pour d’autres ou à peine plus, recueils de nouvelles ou belles miniatures.

– La petite fille de Monsieur Linh  de Philippe Claudel. Histoire du vieux Chinois obligé de quitter son pays.

-Un lac immense et blanc de Michèle Lesbre. Une journée d’hiver où volètent des flocons de neige rappelant souvenirs et convoquant lieux et amis disparus, des vies croisés qui se superposent et tout cela grâce à un rendez-vous manqué. Je vous ai parlé de son dernier livre Chemins. Quelle écriture !

Pour un voyage immobile, très courts livres au souffle littéraire jubilatoire faisant partie des classiques mais à relire ou à découvrir:

-Anam   de Christophe Bataille. Je n’ai rien lu d’autre de cet auteur, peut-être n’a-t-il jamais plus écrit mais j’ai le souvenir d’une écriture au fort pouvoir d’évocation et dans le Vietnam du XVIII une petite communauté religieuse oubliée, abandonnée du reste du monde.

-Neige de Maxence Fermine. Un haïku à lui seul, un exercice de style. Jouissif.

-Soie d’Alessandro Baricco devenu culte mais on a pu passer à côté sans le voir, comme dit la chanson. Le temps suspendu, un moment de poésie et de magie, pour moi. Une histoire au fil de soie.

-Seule Venise de Claudie Galley. Venise en hiver où une jeune femme troublée par la rupture amoureuse est à la recherche d’un nouveau souffle. Un style dynamique. A lire aussi Les déferlantes.

-Noces de neige   de Joëlle Josse .Deux destins, deux époques et lieux différents : portraits croisés de femmes et une écriture propre à chacune.

Pour s’initier à la littérature japonaise ou pour s’y replonger avec délice:

-Le fusil de chasse de Yasushi Inoué grand classique passion impossible poche biblio.

-Les belles endormies de Yasunari Kawabata : Sensation pure, sereine de l’évocation de la mort, la solitude, l’amour.

-Le pont flottant des songes de Tanizaki Dans ses souvenirs, le narrateur ne parvient pas à distinguer les deux mères qu’il a eu et la relation fusionnelle et ambiguë qu’il eut avec elle. La féminité, le désir, une image du Japon traditionnel et une belle écriture. Du même, Le coupeur de roseaux ; Dans L’Eloge de l’ombre il aborde l’esthétisme traditionnel Japonais.

Dans un tout autre registre:

-Mon voisin de Milena Agus

-Femme de Porto Pim et autres histoires d’Antonio Tabucchi Petites histoires ou récits mais aussi Voyages et autres voyages ainsi que Petites équivoques sans importance. Mort il y a quelques années Italien mais son pays d’adoption étant le Portugal où il travailla .Bien de ses récits se situent à Lisbonne et il est entre autre un grand connaisseur de Pessoa. A découvrir ou relire. Je l’apprécie vraiment car il abonde en textes et récits courts mais percutants.

-La neige de St Pierre de Perutz, juif tchèque pendant l’ascension du nazisme, sorte de fable, sur le fil fragile entre raison et folie ou comment comprendre sa propre histoire. Quelle est donc la vérité ? Un récit qui tient en haleine

Du même, toujours dans le récit historique mâtiné de fantaisie Le cavalier Suédois Début XVIII ème siècle, en Silésie une histoire d’identité et de rencontre de deux personnages ; l’un qui a déserté et l’autre échappé à la pendaison, un jour d’hiver.  En tout cas, une très belle plume.

-L’amour est très surestimé de Brigitte Giraud. Onze nouvelles qui racontent la fin d’une histoire d’amour avec pudeur et une grande finesse psychologique disséquant les replis de nos cœurs.

-Les Vitamines du bonheur de Raymond Carver. Douze nouvelles d’un des auteurs américains les plus prolifiques de la seconde moitié du vingtième siècle. Dans le quotidien d’une Amérique des petites gens, une sorte d’instantanés photographiques, détresse et folie presque ordinaire d’individus ordinaires. Seront-ils entendus? Un univers clos, triste certes mais dosé d’humour noir.

-Sept ans de bonheur d’Etgar Keret .Il a résolument opté pour la vie avec autodérision et un humour corrosif. A chaque chapitre, une histoire, une tranche de vie. Portrait de la société Israélienne, chronique d’une vie quotidienne pas tout à fait ordinaire. Une amie qui me l’avait recommandé me disait que « …ce devrait être remboursé par la sécurité sociale ».Je viens de le refermer.

Pour voyager sans bouger et se dépayser un peu:

-Le gouverneur d’Antipodia de Jean- Luc Coatlem

-Trois Orients récits de voyage de Claudio Magris Rivage poche petite bibliothèque Contre les a priori et les clichés beaucoup de références littéraires et historiques

-Le Tar de mon père de Yasmina Ghata où est toute la question de la transmission. Etre la fille de Barbe Blanche n’est pas chose facile quand la malédiction s’en mêle. Le tout sur fond de la lancinante musique soufie. C’est aussi l’auteur de La nuit des calligraphes.

-La dormeuse de Naples d’Adrien Goetz. Une enquête littéraire et artistique.

Pour aller à la rencontre de deux écrivains en direct ou pas:

-Le déjeuner des bords de Loire de Philippe le Guillou. Son admiration pour le grand Julien Gracq, un récit touchant. Une rencontre chez lui à St Florent et la Loire, toujours présente.

Ailleurs où Le Clézio évoque dans un entretien, l’île Maurice, ses origines et le Mexique où il est le plus souvent.

Quelques bonbons pour la faim :

-Le nom sur le bout de la langue dePascal Quignard Un jour ordinaire, tout à coup le mot est perdu, il fait défaut. En Normandie, au Moyen âge une jeune fille a promis de retenir le nom d’un homme et un jour, pfft, elle ne retrouve plus ce nom et elle se désespère.

-Un souvenir indécent d’Augusta Izquierdo.Violent et indécent mais envoutant.

Et si vous trouvez que c’est un peu court, jetez vous sur ces deux romans lus il y a quelques étés et que j’avais beaucoup aimés :

-Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Sinon d’Harper Lee L’enfance d’une petite fille de huit ans dans les années 30 Alabama en pleine ségrégation. Humour et tendresse d’une enfance dont le papa va devoir défendre un noir.

– Un bonheur parfait de James Salter, deux auteurs Américains découverts trop tardivement en ce qui me concerne car très bons textes. Et rien d’autre  est le dernier roman de James Salter. L’aviateur devenu écrivain vient de mourir.

Et s’il faisait à nouveau très chaud…

Dans les forêts de Sibérie de Philippe Tesson.

Bonne lecture à vous!

ELB

Haïku du jour.

 Protégeons l’île

L’enlèvement d’Europe ?

Par Zeus non de Zeus !

ELB