Ainsi va le jour. 20

NUEES

Etre dans le train et se laisser aller au roulis, à ce balancement brinquebalant. La douce houle de la machine fait balloter le bagage et me voilà adoptant le regard bovin.

Je suis en somme au ras des pâquerettes et m’y trouve bien, comme lorsque enfants, les yeux à la hauteur des clochettes jaunes du coucou, nous coupions les tiges pour sucer ce sucre de nature. C’est sans doute ce que j’aime dans la posture qu’immédiatement j’adopte en montant dans le train. Me voilà vache, les yeux écarquillés et le cerveau presqu’absent, en tout cas au repos, mollement affaissé. Mais il faut attendre encore un peu ; Ce sera pour dans un mois.

L’impatience nous fait souvent rater des choses. Il suffit d’attendre parfois ou de savoir écouter, regarder simplement pour s’apercevoir que la vie est là, partout et fait son chemin et avec nous le plus souvent. Tout dépend de notre disponibilité ou implication du moment. Certaines observations nous ramènent aux mêmes interrogations. Selon les angles et les points de vue tout nous parait facile ou au contraire fastidieux.

Des jeux d’optique pas toujours aussi poétiques que ceux de Verlaine. Manières de voir, perspectives. Question d’interprétation personnelle, aussi. Il arrive que nos sens nous abusent et s’il s’agit comme on nous l’a dit pour l’illusion d’optique d’une contrariété entre l’œil et le cerveau dans le cas d’un mirage.Ces derniers jours,  les Japonais ont été surpris, éberlués même par cet arc-en-ciel, horizontal. Ce n’était pas un mirage, cette lumière irisée si fascinante.

Aucune illusion d’optique, Il tombe bien des platanes dans le vent du soir qui arrive, comme un duvet, de petites hélices légères qui donnent à la place une douce atmosphère. Ce poétique spectacle dont je me délecte serait-il responsable de ma toux qui n’en finit pas et enraye la machine. Les canards sortis du parc d’à côté, tournent leur col vert sur l’herbe du rond-point. La réflexion d’une petite fille au bord de la mare a fait sourire plus d’un promeneur, comme moi, ce dimanche matin. Maman, c’est les garçons ou les filles qui ont le vol vert. Et c’est bien une histoire de sexe.

En marchant dans la rue à la recherche d’une terrasse au soleil, il y a quelques jours, pour ma pause café, une enseigne par sa couleur rouge attire l’œil et m’étonne: Le bon temps viendra. Drôle d’idée ? Implicitement, un constat de crise qui s’est installée mais je me ravise aussitôt : c’est une promesse, un espoir comme un renouveau tant attendu. Je ne me souviens pas du commerce auquel succède cette devanture. Je préfère le vert réséda du Grand Palais. Le rouge est plus dynamique et en même temps peut traduire une exaspération. Ce qui semble le cas.

Bonne publicité que de croire en l’avenir. Rien à voir avec cette propagande équivoque qui a fait son retour dans plusieurs pays comme en Tchéchénie avec le dictateur Kadirov qui produit un film et en est l’acteur principal. En Corée du Nord, Kim Jong se lâche et sa paranoïa est sans limite tandis que les dernières élections en Turquie ont privé Erdogan de la majorité absolue et l’autoritarisme de l’hyperprésident a été touché par la percée des Kurdes. Le culte de la personnalité a encore de beaux jours.

L’Union n’est pas en reste qui doit se poser la question cruciale des migrants et les Balkans qui s’excitent. Etre plus solidaire et fraternel sans attiser la xénophobie et la discrimination n’est pas gagné.

A l’abri derrière un carton sous un pont ou sous une couverture dans un parc plutôt que de repartir. Ce sort bien précaire et inhumain qui d’autre qu’eux le supporterait ? A la question que pouvons-nous faire, la réponse ne peut être : rien !

Le carnet de circulation pour les gens du voyage vient d’être supprimé. Dans les années soixante nous les appelions les bohémiens. Régulièrement la petite école communale en accueillait et leurs arrivées et départs qui nous intriguaient et bousculaient nos habitudes, scandaient l’année scolaire. Il ne nous avait pas échappé que la maîtresse aussi secrétaire de mairie, nerveusement apposait le tampon sur leur carnet. Tout ce temps pour arriver à sa suppression.

Barbare, la chasse aux mécréants et aux apostats continue.

Le vent dans les branches sur la place, ce matin, secoue de gros nuages qui rongent le ciel.

ELB

 LE LIEN AVEC LA PAGE DES 20 TEXTES

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One response to “Ainsi va le jour. 20”

  1. manh14 says :

    Sensibles à l’air du temps, nous le sommes tous dans c’est moments assez fous où tout semble se détraquer. J’aime bien cette manière impressionniste de télescoper les images et les idées spontanées. Bonne journée.

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