Ainsi va le jour .19

carreb

Des jours simples, élastiques : pas d’heure, c’était presque l’été et en deux jours seulement, les marronniers avaient allumé leurs lampions rose ou blanc. Pause dans la cour collée au pigeonnier. En observant les arbres et ceux du passé, essayant d’en retrouver l’emplacement exact.

Je me trompai et avais situé un peu trop loin, les deux tamaris qui encadraient le portillon tandis que le portail de bois surplombé d’un joli toit était planté là pour qu’on l’admire. Tout au plus un vieux rosier et quelques roses trémières au pied de l’escalier au-dessus du cellier. Ressentant un bien-être inouï, j’entends mon oncle, avec une voix basse mais suave et hors du monde, dire comme pour lui tout seul : « Qu’il est bon de laisser le temps passer ! » Ces simples mots m’ont transportée .

Et je goûtais de joie pure. Assis là sur le petit banc de pierre, sans but précis si ce n’est le plaisir de siroter un café ou un thé devenu subitement un véritable nectar au milieu du temps de la conversation courante. J’envisageai alors déjà l’été prochain avec ses longs après-midi. Et il m’a semblé un instant que le temps n’avait pas eu la même durée. Nous avions échappé à la pesanteur, aux songeries imbéciles voulant laisser croire à un penseur et qui de plus, se penserait comme tel, assénant quelque morale de fin de fables, de maxime ou d’aphorisme avec des airs de donneur de leçon. Mais qui peut donc ainsi penser qu’il peut changer l’autre et se poser en confesseur ou précepteur?

Prendre de la légèreté et de plus en plus .C’est un rêve. Il y faudrait beaucoup d’humilité.

J’ai fixé sur ma rétine, le mauve et violet des lilas et glycines sur les murs de pierres du causse, les althéas et les végélias ainsi que les ancolies et campanules. Je n’ai pas vu beaucoup de pivoines mais j’ai  redécouvert dans des hameaux oubliés, de petites mares et sortes de lavognes où buvaient autrefois les moutons. Je ne les avais pas remarquées jusque-là. Loin des bruits du monde, je sentais la présence de fantômes familiaux plutôt bienveillants : tous ceux en médaillon d’argent que nous montrait ma grand-mère tentant de nous expliquer, enfants, notre filiation qui lui tenait tant à cœur.

C’est peut-être là que j’ai réalisé que je faisais des photos pour fixer le fugitif, l’éphémère ; si le temps était immobile et le voyage aussi, prendrions-nous des photos ? Stop sur tel paysage, tel visage, telle lumière. Quand je fais une photo, la plupart du temps c’est pour pallier les mots absents, inappropriés ou ceux qui me résistent. De même que si je savais peindre ou dessiner, il me semble que je n’aurai pas besoin d’écrire mais ce n’est pas aussi simple.

Un véritable orage d’été, le dimanche soir et je n’ai pu pousser jusqu’au bois des Majoux, cette fois-ci ; ce sera pour le plein été pour faire provision de vent, tôt le matin avant une chaude journée d’août.

Comme d’habitude je me suis laissé aller au roulis du train et la capitale m’a aspirée une fois de plus.

Vernis rouge, talons, jupe courte, la parisienne ? C’est l’image qu’on en a en général. Chic, ou classe, et en prime maîtrisant les mimiques, les expressions du visage imposées par l’humeur, ou la musique ou encore le rythme de la langue. Peut-être, mais elle est si diverse et multiple, la parisienne et déclinée en tellement de façons de se vêtir et de se déplacer. A coup sûr, la démarche est rapide mais pas toujours déhanché comme un mannequin et portant lunettes noires quel que soit le temps comme pour cacher un chagrin.

Au retour, j’ai mis dans un sachet de papier les bulbes de narcisse à l’abri de la lumière jusqu’au prochain hiver et j’ai vu que les pois de senteur étaient sortis de terre, dans de trop petits pots sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Il fallait choisir : petits et odorants ou grands. On dirait bien qu’ils vont être trop grands; une coccinelle prisonnière d’une goutte d’eau, suspendue,  nous attendait.

carred

La place ronde est toute verte de feuilles et la nuit tarde à venir. Nous profitons du jour.

Tout en mangeant mon sandwich, je suis allée voir la vigne. En avril, des petits bourgeons se sont développés ; quelques pieds encore jeunes sont attachés, soutenus par le fil de fer. L’opportunité d’un vieux portail laissé entrouvert pour se retrouver dans un jardin ou dans le grand patio d’un immeuble épice ma balade.

Lu et émue par Chemins  de Michèle Lesbre, chez Sabine Wespieser,  – je vous recommande aussi, en folio Un lac immense et blanc-,  retrouvant les chemins de vie, les traverses et les autres, ceux des origines de ce père peu connu.

Tous à l’opéra, c’était hier à la Master Classe de chant, publique-la classe du maître – ! Goûter la voix de six jeunes talents travaillant Mozart : Français, chinois, Irlandaise, Arménienne, Polonais ou Guatémaltèque, leur passion nous a fait vivre un moment de fraîcheur comme un éclat nous allégeant.

Le ciel d’un bleu sans nuages, place de la Bastille, à la sortie, nous a surpris.ELB

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4 responses to “Ainsi va le jour .19”

  1. trainsurtrainghv says :

    J’ai aussi ma formule sous le tilleul lotois: »Luxe, calme et volupté. » »GHV

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  2. manh14 says :

    Un très beau texte plein de bonheur de vivre et soucieux de retenir les instants magiques, avide de les magnifier aussi. J’ai pensé à Virgile,aussi…Peut être à Gide, dans « Les Nourritures… »
    Bien amicalement. H.A.

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