Ainsi va le jour.18

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Dans le métro, sur les murs de carrelage, à l’occasion de la quinzaine des poètes du 7 au 22 mars, une petite affiche nous invite à l’insurrection poétique nous incitant à relire Maïakovski ou à le découvrir :

« …il nous faut

arracher la joie

aux jours qui filent… ». ivre de poésie, de vie, d’amour et de révolution, ce poète est à découvrir ou à relire. L’ambiance morose en prend un coup et la poésie incite à sortir, à rêver et revoir notre vision des choses. Le temps presse et il faut le vivre.

A Sète pour marquer le printemps des poètes, le 15 mars, 3 millions de poèmes sont tombés du ciel, J’en ai reçu un petit échantillon de l’amie qui vit en plein Lauragais et à deux pas du canal. Je ne peux m’empêcher de citer cet extrait qui m’a enchantée:

«  …Je n’existe pas à plein temps.

Je suis avec ce qui commence ». Marc Alyn (Avec ce qui commence).

Dans le métro, hier matin, ambiance colorée et chaude. Des grévistes venant de manifester et après leur entrevue avec le patron faisaient un débrief,  comme a dit l’un d’eux. La voix très assurée et forte. Ils étaient quatre, jeunes et plein d’espoir ce qui n’est pas si courant.Ils étaient deux à échanger.

– Je suis assez content de l’entretien.

-Ah bon ? Oui, bien sûr, mais, il n’a rien dit.

-Oui, mais il nous a entendu.

-Quand tu lui as parlé du comptable, par exemple…

-On dit le responsable aux initiatives financières.

-C’est pas un peu langue de bois ?

-Non, c’est de la dialectique. Il faut le battre sur son propre terrain et utiliser ses mots.Tu me rappelles tout à fait moi, il y a quatre ans quand je suis rentré.

Tout le wagon suivait leur discussion, amusé et semblant ne pas y croire quand d’autres trouvaient l’échange prometteur. Avaient-t-ils lu l’injonction de Maïakovski ?

J’ai enfin lu le dernier Modiano.Toujours rattrapé par son passé avec pudeur et retenue et la dose de brume qui se fond dans la musique.La perte du carnet le met sur le chemin d’un type qui va l’embarquer sur les traces de son enfance, comme toujours errante au hasard des personnes gravitant dans l’entourage familial défaillant. A la recherche d’une femme, jeune fille à l’époque bien sûr. Changement d’identité au passé trouble.Mémoires fragmentaires, souvenirs épars: un nom, une musique ou un visage croisé, autant de hasards qui finissent par reconstruire le passé. En fin de matinée, la semaine dernière à la pause, au croisement de deux rues, levant la tête je lis : rue Puget puis rue Coustou. J’étais avec le dernier Modiano et me suis mise, sans le vouloir vraiment,  à chercher l’hôtel puis le garage. Il y a toujours un hôtel et un garage dans les romans de Modiano.

Le vert de l’herbe qui n’a pas été grillée par l’hiver, l’air nouveau du matin, l’envie de balade en forêt dans les grands arbres, l’odeur de l’humus autant de perspectives d’un printemps qui est là.

L’insistance des oiseaux, passereaux principalement nous le rappelle. L’arrivée parcimonieuse de petites touches de jaune et de rose aux arbustes et de feuilles sur certains arbres, aussi ; tout est en place. Les platanes de la place ont pris leur temps et les fruits de l’an passé servent encore de pendeloques au milieu des bourgeons alors qu’à côté, dans le parc, les feuilles des marronniers, davantage gourmandes de vie  en inonde une bordure.

En train de se faire, de se lire ou de s’écrire, la vie continue de tisser sa toile avec nous ou sans nous. Quelques accrocs du temps nous en soustraient parfois ou au contraire nous y inscrivent avec insistance. Et dans ce qui fait notre humanité commune, aux uns et aux autres, comment s’y retrouver? Le massacre des étudiants au Kenya, la cyberguerre, déclarée en grande largeur nous sidèrent. On peut se réjouir peut-être des élections au Nigéria.

En rentrant, sur le trottoir : un canapé et un vieux lampadaire qui vont  sans doute fait un heureux attirent mon attention et m’ont  renvoyée à une lointaine lecture.

C’est dans Richard Brautighan, ce couple ou famille qui déménage et s’installe au bord d’un lac, disposant avec le plus grand soin, canapé, lampadaire. Je me suis sentie tout à coup, étrangère avec l’impression de violer un moment d’intimité à un monde pourtant fantomatique, réalisais-je aussitôt. Sur une barque je venais de glisser comme en attente d’une écluse pour arriver enfin chez moi.Je songeai à une maison d’éclusier:lieu de passage comme la gare, entre autre et tellement d’empreintes du temps.

L’oiseau au jardin, le déchargement des fûts de bière, l’avion dans le bleu du ciel : Le réveil, ce matin.

ELB

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One response to “Ainsi va le jour.18”

  1. manh14 says :

    Beau parcours des moments poétiques d’une « rêveuse solitaire »…Cela m’arrive aussi…Les affaires du monde, comme les petites choses, tissent la toile de l’esprit … Bravo.

    J'aime

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