Ainsi va le jour 17 .

JEU2

Depuis huit jours dans le cerceau d’un temps qui s’accélère, voilà que mars débutant nous offre aujourd’hui un concerto de printemps.

Dans le Lot, le soleil froid d’un bel hiver ; j’ai marché sous le ciel bleu avant de filer à Toulouse pluvieux. Auch, que je n’avais jamais vue et à la faveur d’un détour chez une cousine chère, je découvre d’Artagnan, imposant,  au pied de l’escalier monumental face à la rivière Gers boueuse, et dos à la cathédrale.

Il file, le train et je crois que, ce qui me plaît surtout, c’est ce qu’il dessine : des champs ou prés, impressionnistes. C’est sa grande virtuosité, au train : flouter, gommer, effacer, recréer. Comme la peine peut redessiner les contours d’un visage, il peut aussi accentuer cette solitude du paysage comme celui dans lequel j’étais un peu plus d’une heure durant : l’eau avait tout recouvert, immergé. Ce train-là me rapprochait d’un silence triste avant le joyeux interlude intime d’une partie de cet après-midi, passé à table. Au retour, je n’ai presque rien vu du paysage tant la nuit avait mordu le jour.

Mais le printemps s’annonce et la lumière est plus présente, les arbres que l’on regarde un peu différemment car l’on sait qu’ils vont bientôt se rhabiller, les oiseaux qui commencent à échauffer leur voix. Ce matin, au petit jardin, il y en avait un . Leur chant est toujours un moment de grâce émouvant et gai, à la fois.

Le printemps donne aussi rendez-vous aux poètes dans cette fameuse quinzaine qui revient.

Une fois n’est pas coutume et côtoyant les adolescents de la street et pratiquant le free style de la trottinette, comme ils aiment à se définir -un peu  par provocation-, je me suis, pour l’occasion, essayée au slam que du reste, j’apprécie.

Je sais qu’il y a, à Clichy, l’association C’est Slam ! qui régulièrement, en plus des ateliers, propose plusieurs scènes ouvertes dans l’année.

Si un livre peut changer une vie pourquoi un poème, en vers libres ou bien une prose poétique et sans contrainte ne réparerait-il pas une fêlure, une blessure pour tous les non-dits et les chagrins. L’envie d’inventer comment boire le ciel avec la lune dans ses bras,  peut donner des ailes. Le mot se joue de tout, il éclate et ouvre des possibles, des imaginaires insoupçonnés. Le rêve peut prendre forme grâce aux mots qui nous donnent du sens.

Chacun est plein des mots de soi et des mots des autres ; la force qu’ils donnent fait le reste peut-être. Un paysage comme une atmosphère peuvent être poétique. Se laisser étonner et surprendre reste le secret et à la fois le mystère. La poésie n’est pas en reste du journalier. Il faut l’œil aiguisé ou naïf, prêt à s’enflammer. Je ne sais.

Alors, slam ou pas ?

Ils kiffent, ils taffent, ils ont des vies de ouf

D’sms en smiley peur des virus

Relou ? Plutôt chelou

Pas dormi d’la nuit, pas mangé

Le jour ? Grec, kebab ou chips coca

Zappe rappe et frappe ! Fais pas l’canard !

Connais pas les clusters les trusts et les bunkers

Pour un litre de vodka

Mon pote, sort du Franprix

Et s’fait frapper

Frère, sur la tête de ma daronne

Ça vaut pas une couronne !

Moi c’que j’veux c’est qu’on s’aime

Fresque murale, tag, graph ou toile

Faut colorer les murs !

Crise ou pas crise c’est la galère

Ma meuf ? J’avais pas fait la vaisselle

Elle a pété les plombs cassé tous les verres

Perdu le capuchon et la cafetière s’emballe

Le cerveau à l’envers sort du bocal

Perdu ses repères plus de mémoire vite une barrette.

Plus de discours de salade en sachet

Que du vrai du concret.

Détour par la voie lactée

On fait ses courses sur la lune

Mais on cherche toujours son doudou

Etre anonyme ça repose.

Jouer des acronymes, ça fatigue

Qu’est-ce que tu proposes ?

Faut tomber les murs et colorer l’horizon.

Mais n’oublions jamais que bien loin des champs à l’heure où narcisses et jonquilles éclairent les prés, il ne fait pas bon s’appeler Boris et flâner à Moscou malgré les caméras de surveillance et ailleurs non plus, où le plus noir du monde s’attaque aux vestiges du patrimoine commun.

La poésie sert aussi à cela, peut-être : dire que certains ne vivent plus de la haine, de la peur et que l’une et l’autre ne deviennent pas leur nutrition ordinaire.

Puisque c’est la journée de la femme, réjouissons-nous de la marche des Afghans à Kaboul avec une burqa pour la dénoncer, justement.

ELB

 Lire les 15  autres articles Ainsi va le jour

Étiquettes :

One response to “Ainsi va le jour 17 .”

  1. manh14 says :

    Un bien beau texte où s’élève le nouveau chant du monde…Il est aussi paroles de rap, un genre que je n’aime pas trop, mais qui me surprend toujours par sa pertinence hasardeuse et ses images fortes qui claquent comme des fouets…Quel contraste avec la douce renaissance printanière…Moi, je me sens Renaissance et souhaite avec Ronsard, surprendre la nymphe au bois…
    Il faut de tout pour faire un monde…
    H.A.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :