Archive | août 2014

Retour en ville, retour de vacances.

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Croquis :A la poste d’Epinay sur Seine

Passage obligé par la poste ce matin , qui plus est un samedi, jour d’affluence ,pour un livre à expédier. Voilà qu’ il me faut  réapprendre la foule, l’attente, le bruit, gérer cet état encore second du aux semaines coupées de tout et de tous. Hier c’était encore le jardin, la campagne, du vert tout autour de moi et le bleu du ciel caressé par la cime des arbres que le vent berçait et ma paresse comme seule compagne. Et là me voilà, stupide, prisonnière dans la queue devant les guichets…On sent l’ambiance des retours et chez la plupart une réserve de bonne humeur: les propos fusent,les gens sourient.  Pour preuve de mon manque de réactivité je n’avais même pas de carnet sur moi …Le croquis est ancien, l’atmosphère y est bien différente.GHV

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Ainsi va le jour.12

Drôle d’été.  IMG_0204

Pas mon compte de bourdonnement d’abeilles, pas mon compte de ciels Lotois étoilés qui d’ordinaire étonnent et ravissent toujours l’autochtone et le touriste, pas mon compte de chants d’oiseau, le dos au bois des Majoux.

A la place, des ciels mouillés et lourds jusqu’à midi puis un après-midi ensoleillé et suffocant. J’ai tout de même rêvé devant des ciels de traîne et quelques belles lumières au petit matin et d’autres plus sonores, en fin de journée .
Quelques balades dans deux villages du Ségala, partie nord-est du lot, adossée aux contreforts du Massif central préfigurant la moyenne montagne avec ses châtaigniers, ses fougères et sapins : Terrou et Ste Colombe où un concert donné par le Quatuor Parisii régalait la population un jour clair et beau précisément justes après un orage laissant sur la petite route, à la fin du jour, branches cassées et feuilles en bataille.

Belle soirée entre amis autour d’une table tout en convivialité et bruits de fourchettes parlant aussi bien du ciel que de la terre et de rêve d’homme oiseau. D’autres évoquant à la faveur des digressions d’usage, le petit chien, nouveau ou le mariage d’une fille, la future naissance chez une autre, la tarte au citron meringuée ou encore l’expérience du chant choral. Tombés d’accord pour dire que c’était physique et que les jours de répétition, tant l’exaltation est grande et l’énergie pas encore évacuée, le sommeil se fait attendre.
La perspective de s’installer afin de voir défiler les saisons, car c’est cela qui importe. Pas trouvé le terrain idoine c’est-à-dire suffisamment arboré sur ce causse calcaire très chaud l’été- sauf celui-là. A défaut, il en est qui en pots, bichonnent arbres et arbustes à planter le moment venu.

J’ai eu le bonheur de profiter de quelques après-midi et soirées en famille et surprise, un cousin perdu de vue, passe présentant femme et enfants Léonie et Albertine. Tombe amoureux du hameau qu’il redécouvre. Chacun s’amuse à chercher à trouver une ressemblance, un air de famille avec le père, la grand-mère ou encore la tante. Moment riche et émouvant entre les éclats de rire d’enfants.

Rencontre et non retrouvailles avec mon homonyme, sans doute parente. Forcément, la souche est la même, nous disons-nous comme pour nous rapprocher encore un peu.
Les lieux parlent et le patronyme aussi qui est concentré entre les rivières de la Bave et de la Cère, notre source en somme. Il n’est pas si facile de se retrouver : C’est une chance qu’elle ait eu la même volonté et réponde à ma demande. La question des origines m’a toujours intéressée. Certains s’en détournent et se disent étrangers à la souche comme s’il y avait des comptes à rendre ou craignant de mauvaises surprises s’inventent une origine autre en tentant des élucubrations peu probables, refusant la lignée.

Et puis il y a la tristesse de la réalité: Les parents vieillissants, père et mères dont le pas chancèle de plus en plus, le dos se courbe et la main se crispe à manquer de force. Les moments de veille sont moins nombreux, les larmes baignant les yeux, plus nombreuses. Autant de marques du temps qui nous atteignent et nous renvoient à l’essentiel, à notre propre condition et à notre fin inéluctable.

Mais la joie et la richesse d’un long voyage qui se poursuit et un ventre qui s’arrondit crient l’avenir et apaisent.

Drôle d’été et drôle d’actualité avec ses guerres de territoire et ou de religion. L’ours russe n’est pas en reste qui déploie sa patte et poursuit la reconquête. Bien d’autres dérives au sectarisme et à l’autoritarisme au mépris de tous les droits et codes internationaux empruntent le chemin .

Quelle guerre ou intervention serait plus juste qu’une autre? Dans le chaos du Proche-Orient, même les ONG sont menacées et parfois obligées de renoncer à leur mission.

L’été nous a tourné le dos.

Mais heureusement, il y a eu Sète et son festival de poésie. Sète, entre l’étang et la mer et un canal qui la traverse. Les voix vives de la méditerranée.
Le ciel fut parfois plus normand que méditerranéen et notre sortie en mer sur le voilier à écouter, « Laisser dire »-c’est le nom de l’embarcation-, le poète et le comédien traducteur à cause du trop grand vent s’est terminée sur la plage entre de gros rochers. Qu’importe, la poésie a ses humeurs, aussi qui nous réconcilie avec les nôtres.
Que de beaux moments de légèreté, joyeuseté mais de gravité, aussi.

La lecture à la chandelle au hasard d’un repli de rue, les banderoles mettant en exergue un vers scandant notre marche, les mots et les sons de la sieste sur les transats, sous l’arbre ou le parasol à écouter un poème en langue grecque, libanaise, arabe ou turque et même croate, italienne, portugaise ou espagnole face au soleil, au ciel ou à la mer rythmaient ces trois jours.
C’est le chant de la Grecque, Angelika Ionatos que j’ai découvert et qui m’a emballée. Il est lumineux.

Surprise d’apprendre moi qui comme vous n’entends pas ma langue, qu’elle soit ressentie par l’autre comme caressante et bruissante et en même temps très émue et très fière qu’elle soit si bien partagée.
La voix de la soprano libanaise, Roula Safar qui accompagnait aussi certains textes , à la guitare et aux percussions m’a impressionnée. Pour les textes, ce seront le Syrien, le Palestinien et le Turc n’évoquant pas forcément la situation dans leur pays mais cherchant un autre souffle, que j’ai aimés.
Vénus Khoury-Ghata, poétesse d’origine libanaise accompagnée du jeune Gréco-Tunisien Yassin Vassilis-Cherif à la flûte ou aux percussions nous a touchées.
Le plus surprenant, enfantin, naturel, imprévisible, ce poète libyen qui déclamait ses courts poèmes faisant de grands gestes lançant le micro tantôt à droite, tantôt à gauche, sa voix se perdant dans les airs et ce matin-là, il y en avait de l’air. Ce n’est pas lui qui a renversé un parasol mais bien le vent. Oui, un enfant, ce poète, expliquant en anglais, passant la tête au- dessus des épaules du comédien traducteur, le surveillant et lui donnant des indications. Il ne le trouvait pas assez expressif, je pense. Il voulait que la voix donne vie à sa poésie. A coup sûr, il n’était pas habitué des estrades et des tables rondes. Il était vrai, à sa manière et vivait en poésie.
Il n’est pas nécessaire de connaître la langue pour en apprécier la poésie, sa musique et son rythme pallient notre méconnaissance de celle-là. Quelle douceur de se laisser bercer ainsi à Sète, un soir d’été. Bien sûr avec les amies, nous n’avons pas manquer de manger sardines grillées et  aubergines farcies et de faire un tour à la Pointe Courte, plage de la jeunesse d’Agnès Varda.

J’ai oublié aussi la traduction en langue des signes de jeunes femmes qui faisaient parler leur corps et restituaient la poésie d’un poète Franco-Algérien.

« Et les rêves prendront leur revanche… » Odysseus Elytis (poète phare de notre chanteuse et traductrice Grecque).

ELB.   (Publié n°11 dans la page Ainsi va le jour.)


.)

Trainsurtrain.


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Trainsurtrain, vous avez dit ?

Bien trouvé, par Huguette. Train sur train : l’un après l’autre ou l’un croisant l’autre et c’était le cas en ce début d’après-midi. Ce train qui me conduit vers le vieux pays à raison d’une moyenne de quatre à cinq fois par an et que j’ai pris aujourd’hui pour rentrer à Paris. Le premier arrêt après le départ pour Brive où la correspondance filera vers la capitale était comme toujours, Rocamadour.
A 14 heures 10 notre TER est en attente sur la voie et tout contre lui, sur les rails voisins, un autre train qui vient de Paris est à l’arrêt. Quand par un sms, GHV me dit être à Rocamadour, se demandant où nous sommes, forcément elle est dans le train d’à côté, me dis-je.

Je rentre tandis qu’elle revient au pays, lui laissant le soleil -qui a refait son apparition ce matin-, et les nuits qui ont sérieusement fraîchi.

Rien d’extraordinaire que cette coïncidence, direz-vous. Il y a des correspondances plus que ferroviaires. Eh bien, cela m’amuse et me ravit.
Le reste du trajet, un peu dans la torpeur de la fin des vacances puis les rêvasseries nécessaires et réparatrices. Contente de retrouver Paris, même sous un ciel bas et gris, de voir les danseurs sur les quais en surplomb de la Seine presqu’encanaillée. Quai des Augustins et quai Malaquais, quelques bouquinistes ont encore leurs énigmatiques boîtes, ouvertes.

Arrivée à Clichy- la Garenne à presque 21 heures et toujours pas de lapins. L’air à peine frais du soir m’enchante et me réveille quand je retrouve sous la fenêtre de la cuisine, une graine plantée il y a deux mois passés et à peine émergée à mon départ, qui a poussé trois feuilles hors de terre. Trois petites feuilles vertes et vigoureuses. Mais quelle est cette plante ou cet arbuste ou arbre en devenir ? Je l’ai oublié.

Merci Huguette pour l’évocation de Gide. Autre grande figure littéraire qui a marqué mon adolescence, deux années durant. Son écriture, son lyrisme et l’écriture du moi en somme car tout ou presque chez lui est autobiographique, m’ont subjuguée. Gide m’a tour à tour troublée, inquiétée ou intriguée que ce soit sur la question de Dieu, de la morale ou de la sexualité, quasi omniprésente.
Et dix ans plus tard, et c’est encore une expérience, Retour d’URSS et Voyage au Congo me dévoileront l’honnêteté intellectuelle d’un des rares écrivains-en tout cas un des premiers- à dénoncer le goulag et les méfaits de la colonisation.

ELB