14 ou la grande guerre d’Echenoz.

14Le départ des poilus. Albert Herter.(Document Wikipédia)

Anthime. C’est un prénom qui revient dans plusieurs romans d’Echenoz. Il l’aurait trouvé sur un monument aux morts en Picardie. C’est en lisant le dernier Echenoz, 14 paru en 2012 que je le retrouve avec plaisir. Les listes des monuments aux morts nous fournissent parfois des prénoms oubliés ou très originaux.

J’avais découvert Echenoz en 1995 avec Les grandes blondes, roman à la trame de polar et j’avais voulu en savoir davantage tant l’auteur m’avait intriguée. J’avais alors essayé de combler mon retard, surprise d’avoir pu passer à côté d’un tel écrivain.

Sa place un peu singulière dans la littérature contemporaine me le ferait oublier et pourtant à chaque fois, il me surprend, m’amuse, m’interroge et me réveille. C’est un cocktail explosif, un tonique qui déconcerte parfois. Il est vrai qu’au début, son écriture peut dérouter et cela avait été mon cas ; le style excite les neurones avec sa syntaxe un peu déconstruite induisant un rythme et une musicalité de la phrase différents de ce que l’on attendrait à tel point que parfois, on se demande si on est toujours dans le texte puis, ça repart comme la chenille. Je l’avais surtout éprouvé dans Cherokee, Un an et Je m’en vais. On dirait que je parle de Modiano, mais non. Et pourtant il y a un petit air de famille côté style et parfois mystère.

C’est évident, on n’est pas tranquille en lisant Echenoz ; il nous évite la sclérose. On se remet en question. Sans compter le recul et le décalage provoqués par l’humour avec ses jeux de mots ou parfois l’invention de mots et bien sûr, la dérision avec le détail « qui tue ». Et cette distance, elle est flagrante dans son dernier roman que je viens de terminer, 14.
Court, comme sa langue minimaliste qui nous bouscule, ce roman elliptique, vise l’essentiel, et son réalisme extraordinaire aux images, forte qui défilent, nous touchent comme autant d’éclats d’obus.

La crasse, la putréfaction, l’alcool qui aide un peu et auquel on s’habitue. L’ennui, le bruit des balles, la lettre à la famille…la maladie, la peur, la boue. Des détails qui écartent toute faconde ou emphase. Pas de pathos. L’humour et même l’ironie y veillent. Le métal du fusil, de la gamelle et du couteau auquel s’accrochent les « poilus » ainsi que la vacuité des jours, nous touchent. On s’invite à la vie au front. Il évoque la fresque d’Albert Herter que l’on peut voir gare de l’est et dont nous a parlé Huguette.

14, C’est histoire de cinq jeunes gens, le destin de cinq soldats partis de Vendée- et qui seront deux à revenir-, que l’on accompagne sur le théâtre le plus violent qui soit dans l’histoire du XXème siècle mais avec tendresse et humour malgré l’horreur avec en parallèle l’histoire de Blanche qui attend Charles et Anthime. Comment vont-ils réagir à leurs blessures tant physiques que morales ?
Une chose est certaine : la lecture d’Echenoz m’enthousiasme toujours autant même si je l’avais un peu délaissé ces dernières années.

Toujours très discret et aux livres toujours concis, il reste à distance pour mieux nous toucher et fait mouche à tous les coups.

A l’occasion de la commémoration du centenaire de la guerre de 14- 18 et si vous ne l’avez pas lu :
Les champs d’honneur de Rouault, chez Minuits, aussi et pourquoi pas deux grands classiques sur le sujet, Le feu de Barbusse et Orages d’acier de Jünger.

Quelques livres d’Echenoz dont les thèmes aussi, surprennent. Il a eu le Goncourt en 1999 pour
Je m’en vais en 1999 et le Médicis avec Cherokee en 1983
Le Méridien de Greenwich, Minuit, 1979 .

Ravel 2006, Courir 2008, Des éclairs, 2010 pas de fiction mais trois livres retraçant des vies revisitées ou imaginées comme Ravelet racontées en se mettant respectivement dans la peau d’un musicien, d’un coureur de fond, Zatopek des années 50 et d’un inventeur. Aventure car n’importe quelle vie devient ou est aventureuse.

L’équipée malaisée, 1986.
Un an 1997 qui est le reflet d’une fragilité sociale et la chute possible et rapide d’une personne. Le fait divers est fictif mais a bel et bien une réalité. Il s’en sert mais le déconstruit.
Les grandes blondes, 1995 également relève du fait divers. Et tout le reste.
Chez d’Echenoz, le fait divers est inventé et donne prétexte au roman.

Tout Echenoz est chez Minuit, éditeur exigeant et dans la collection de poche Double mais il faut attendre encore un peu pour le dernier.

ELB

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