Mutation.

telephone

 

Ma petite fille ne verra pas les cabines téléphoniques de mon enfance  sauf sur sa tablette numérique ou bionique d’écolière, programme de Cm2: le XXème siècle et ses moyens de communication.

Dans mes carnets de croquis il y a  les accros en tous genres de la conversation en ligne: depuis la banquette d’un train , ou sur le quai, dans la rue…Il arrive que le wagon entier profite de leurs émois les plus intimes, de leurs colères ou de leurs mots, parfois de leurs mensonges: « excuse-moi : je suis encore au lit. » Autrefois , au temps du fil on se faisait » passer la ligne « au guichet  de la poste et l’on se réfugiait dans l’isoloir boisé et vernis d’une cabine. Puis vint le confort bourgeois du combiné en bakélite car  l’on pouvait d’un index appliqué s’offrir en huit chiffres du cadran, et de chez soi ,une conversation facturée en minutes et secondes. Si le mensonge existait c’était dans la discrétion.

Au  temps des cabines, celles de la rue, des places de village, des halls de gare, ce fut encore autre chose: vous y tourniez le dos ,dans un réflexe d’intimité, à une file d’impatients qui vous dévisageait ou s’impatientait .

Le portable aujourd’hui c’est toujours , en permanence ,(sauf si vous l’avez oublié!), et pour converser  d’une façon particulière liée à l’objet , façon que vous observez tous les jours et sauriez décrire tout autant que je la dessine. Mais avouez que vous ne sursautez plus en croisant un passant parlant ou vociférant alors qu’aux premiers temps du phénomène vous vous inquiétiez du nombre de « dérangés ». Chacun pépie à tous vent comme l’oiseau sur sa branche.

Voilà: il n’y a plus de cabine; les portables ont gagné.

Disparues les deux de ma rue à Epinay sur Seine, les trois de mon village, pourtant haut lieu touristique.  » Déracinées » écrit Marco Lodoli dans Iles, guide vagabond de Rome en évoquant celles de sa ville. Comme des arbres…

J’irai bientôt à Rome et y retrouverai les acharnés de la conversation , adolescents, amoureux, commerciaux en négociation, mères inquiètes, voyageurs diserts et j’en passe.. Puis-je espérer qu’ils aient un plumage différent? GHV

 

 

 

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About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

2 responses to “Mutation.”

  1. jacou33 says :

    Les anglais voulaient supprimer leurs cabines rouges, si typiques; même si on ne les utilise plus, elles sont sympathiques. Le problème avec les portables, c’est de se demander quelle est cette nouvelle société. Personnellement, je trouve le portable pratique, panne de voiture, par exemple, contacter quelqu’un en urgence; mais jamais: »Allo, chéri, il y a des spaghettis en promotion, j’en achète? »

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  2. manh14 says :

    Bien joli texte. Nous avons les mêmes nostalgies…Les cabines de bois de « la grande poste »…
    Comme le temps passe…

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