Archive | mars 2014

Ainsi va le jour.8

hgreveformes1s

Tôt réveillée par le déchargement de fûts de bière à la brasserie d’à côté.

Fleurs de la place mouillées, le printemps s’était mis en retrait ces huit derniers jours; dommage, on s’était habitués ! Le petit sandwich dans le square, c’était du bonheur. Mais l’on respirait mieux : les particules n’aimeraient ni l’humidité ni le vent.

Et voilà qu’un autre pic de pollution, depuis deux jours nous revient. Je ne l’ai en tout cas pas ressenti de la même manière. Horizon dans la brume mais pas celle du large, avec voile latine en frise et promesse d’une belle et claire journée. C’était Paris, il y a presque quinze jours. Plein le nez de goudron comme si en animal fureteur, j’étais au ras du bitume. De sur le pont au-dessus du cimetière, en me retournant, je devinais la Tour Eiffel se moucher dans un ciel poisseux.

J’ai rêvé ces jours-là, d’un temps sauvage –c’est le mot de ma mère-c ‘est-à-dire- pluvieux et venteux. Le fameux jour de grande pollution, le jeudi 13 mars aurait atteint le pic. Il est certain que nous étions dans un voile indescriptible ; ainsi deux jours après, passant le pont de Clichy sur la Seine, on ne voyait plus les tours à la Défense. On les devinait, noyées dans un ciel brumeux faussement vaporeux. Les dents de la tour Signal étaient devenues moins agressives. Pour chanter et danser, ce week-end-là, le souffle était court et c’était éprouvant. Beaucoup de toux et de rhinites ou de gêne respiratoire dans le groupe.

Et pendant ce temps, à la lisière de l’Europe et sur le Dniepr, quelle atmosphère ? Et à Odessa sur la Mer Noire, respire-t-on mieux ? Où est passé Tchekhov ? Odessa, littéraire et photogénique comme ces villes vues et dites par Olivier Rolin. Avec lui, toutes les villes deviennent littéraires et photogéniques. Si vous n’avez encore rien lu de lui, commencez par l’invention du monde, Port Soudan, Bakou.Tout se trouve en poche Seuil roman. N’oubliez pas Tigres de papier.. Outre ces récits de voyages, expériences de vie, il y a chez Verdier un petit bijou : La langue.

Je pense à Natalia et Gallia, de Kiev que je n’ai pas croisées depuis plusieurs mois, sur les allées. Toute la famille est arrivée il y a un peu plus de dix ans et chacun a trouvé sa place mais la nostalgie du pays taraude et je me doute qu’en ce moment, la plaie est ravivée. Le jeune étudiant, de Kiev qui initie les enfants aux échecs, aussi, a souri à l’évocation du référendum. On ne peut parler de scrutin à la Russe puisque le pays est impliqué, on parlera donc de scrutin à la Corée du Nord mais il me dit être surpris, sourire cynique en coin par le score de 96, 16%. Il s’attendait à 99, 99%. On va finir par comprendre ; ce sera long mais ça va se produire, ajoute-t-il, sibyllin.

Pendant ces jours irrespirables, j’ai songé à une terra incognita comme un paysage originel ou à ces grands espaces nordiques aux distances presque mythologiques. J’ai rêvé d’Islande sans son nuage et de ses sagas. Ce qui m’a renvoyé à une lecture ancienne de Lapouge, comme L’incendie de Copenhague.

Le temps était maintenant venu de lire La consolation des grands espaces, reçu à Noël. Dans cette soif d’air et d’eau fraîche, ce fut une grande bouffée d’oxygène. J’ai donc passé dans le Wyoming un moment exceptionnel, partageant grâce à l’écriture de Gretel Ehrlich, la rudesse, la vigueur d’un paysage et de ceux qu’il abrite auquel est venue se frotter un chagrin de femme blessée tentant de se bercer pour se réparer après la perte de son mari.
On se soigne avec le vent qui racle l’herbe, le sol et le ciel mais aussi avec la sécheresse ou l’inondation, plus rare. Au milieu des troupeaux de moutons et de bêtes à corne et à cheval, la plupart du temps. Le printemps s’invite et le rodéo aussi, avec ses règles. Il n’y a pas que des pick-up mais il est vrai qu’ils symbolisent un peu le travail du ranch, au cœur de telles étendues. Gretel assiste à la Crow fair qui dure cinq jours et découvre la cérémonie de la danse du soleil au milieu de plusieurs ethnies indiennes. Homme-médecine, chants médecine, tipi-médecine non loin de la Little Big Horn River, à l’écoute des animaux, des arbres et des plantes. On a effectivement beaucoup à apprendre d’eux. Les leçons de la nature ont permis à cette femme en plein désarroi de trouver la plénitude et je garde en mémoire cette phrase : « les feuilles sont des herbes qui conjuguent les saisons ». Un grand appétit de vie dans ce grand petit livre.

Mes investigations avancent : Les Blondes Ogresses sont trois blondes faisant la promotion du spectacle vivant et mettent à disposition ce lieu pour des associations. J’irai peut-être avec Huguette voir Denise jardinière. Elle nous ramènera un beau croquis et je vous dirai Denise.

Hier matin, en haut de l’escalier, sortie de terre et à la lumière du jour, les arbres de la place Clichy me sautent à la figure. Ils ont une chevelure poussée en un temps record. Une touche de verdure dans cet air parisien, étouffant.

En bas de la rue Etex, à la fin du jour, le café rouge était , à la suite de travaux de voirie, dans une nuée de poussière qui rajoutait son poids à cet air quelque peu amidonné.
Arrivée à Clichy, à la sortie du métro, je suis assaillie par les écharpes aux couleurs des quatre listes des candidats restés en lice pour dimanche. Sur les allées et la place, la fin de semaine et le beau temps annoncés, ont attiré beaucoup de monde aux terrasses de la place presqu’en fête.

ELB

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Haïku du jour.

Printemps des poètes-

Les fleurs blanches des poiriers

De Chine s’envolent.

ELB