Ainsi va le jour 5.

Sans titre

Quand je rentre le soir ou bien en fin d’après-midi, mon trajet est différent qu’à l’aller. je dévale la rue Tourloque puis prends la rue Etex en courant sur les pavés qui résonnent d’un autre âge et où les Blondes Ogresses, au pied de la butte, me font signe. A l’heure où je passe tout est fermé et ce soir se joue à 20h30, Denise. C’est ce qu’annonce l’affiche posée sur la porte de ce théâtre. Je m’interroge en passant et je ne me suis toujours pas renseignée sur le choix d’un tel nom.

Un peu plus bas, à l’angle de l’avenue de St Ouen, la lumière du café rouge brille sur le trottoir. Le Bar tabac La Rotonde abrite tout un monde masculin. Assis aux tables du café, les yeux rivés vers le fond de la salle, ils semblent tous, fort préoccupés, ces hommes. Ce n’est pas la caissière, au fond de la salle derrière sa vitre qui les attire ni les aiguilles de la grosse horloge fatiguée mais le grand écran de télévision. Ces parieurs du tiercé ou quinté, journaux de turfistes en mains, tout en étudiant la prochaine course, suivent en direct celle en train de se dérouler. C’est tous les jours le même spectacle et la même inquiétude sur le visage en quête de fortune grâce à laquelle une vie meilleure dériderait leur front, sans doute. En attendant, ils rêvent et la rondeur des piliers du bistro, rassurant, la chaleur du lieu et l’odeur de café les transportent, peut-être vers leur pays de l’autre côté de la méditerranée ou ailleurs, au son des tambourins ou tam-tam ou saz et autre sorte de guitare baroque. Ils ont un certain âge et toujours endimanchés et pour certains, chapeautés; ils restent fiers, sans jamais laisser paraître la douleur de l’exil.

Après le calme de Montmartre où la tranquillité confortable a l’air de régner, plus bas, le bruissement de la ville avec ses klaxons, ses couleurs agressives, sa vie immédiate et bruyante, ses vitrines parfois vulgaires est un contraste. Du bruit dans la tête de ceux que je croise et qui parlent seuls ou à une invisible chimère, j’en perçois quotidiennement et je les soupçonne, ces êtres dans l’ombre, d’être assaillis par ce morcèlement de soi-même que provoque la désocialisation qu’ils vivent.
Non loin de l’église St Michel des Batignolles, une tente nomade est installée sur les grilles chaudes du métro ; à côté, deux lits métalliques d’une personne étaient installés sur lesquels deux mendiants au corps affaissé et las dans de pauvres vêtements tentaient de survivre au froid et la faim. Depuis quelques jours, je ne les vois plus. Ont-ils atterris en centre d’hébergement provisoire ?

Je cours après le bus que je rattrape, un peu essoufflée. Saisie par la chaleur moite, je fonce vers le fond pour trouver peut-être un siège libre et une bulle d’oxygène. Une enfant dans l’arrondi des bras de son père parle du Père Noël.
Et je me retrouve à mille lieues, enfant, à guetter, la veille de Noël, les grelots ou clochettes des rennes de nos livres de comtes.

ELB

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3 responses to “Ainsi va le jour 5.”

  1. trainsurtrainghv says :

    la signature en blanc sur fond noir n’est pas des plus convenables mais j’avais une première fois signé ELB! Comme quoi je m’emmêle un peu les doigts avec nos quatre mains; Correction au typex PAO-rapido…GHV

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    • hyacinthe46Laplaze says :

      Congratulons-nous! merci pour ce dessin de morcellement qui illustre bien ce désarroi de certains et dont le nombre grandit, il me semble.

      Le dessin de la dame de mer que tu as posté et que je n’avais pas encore vu tombe à pic aussi.

      A très bientôt,

      Elb qui a les mains dans la pâte commune et s’emmêle parfois.

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  1. Ainsi va le jour. | trainsurtrainghv et hyacinthe46 - 21 février 2014

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