Retour dimanche, aussi.

hghommebis (43)Profils lotois(Champ de courses de Gramat)GHV.

Rentrée du Lot en train comme toujours, et comme toujours les arbres qui défilent, les nuages qui se baladent, les bois qui s’enchevêtrent, les jardinets et cabanes de fortune qui filent trop vite. Pas le temps de s’installer.
Et puis, la Loire, les éoliennes, la Beauce insipide, la banlieue sud et Paris- Austerlitz grouillante de monde, de tableaux d’affichage et d’annonces.
La file d’attente pour le taxi permet de s’habituer ou de se réhabituer un peu à cette agitation. Le temps s’est rafraîchi et le ciel a suivi.

A l’arrivée, aucune feuille oubliée sur un coin de table, aucun feuillet ne s’est détaché du cahier sur le bureau et pas davantage du fichier Word mais le déchirement est le même, et à chaque fois.
Aussi, je me permets de vous livrer ce que j’écrivais à l’occasion d’un retour à la capitale, que par ailleurs j’apprécie, bien évidemment.
C’était il y a dix ans. Ce n’est plus le train de 13 heures trente-quatre mais celui de 13 heures 58.
C’est, somme toute, une nostalgie assumée et heureuse.

Le 13 heures trente-quatre.

Les soixante premiers kilomètres sont éprouvants, au retour.
Puis on se déshabitue petit à petit au paysage que l’on doit quitter. Ces kilomètres, Ils sont à la mesure de l’enchantement qu’ils procurent, en sens inverse, c’est-à-dire à l’arrivée.

Seulement, voilà, il faut repartir et c’est toujours la même douleur.
L’ombre violette des génoises s’étale en grosses gouttes, en bordure du toit sur le pignon des maisons. Un vieil hangar, une remise, une baraque SNCF, une maison de garde barrière désaffectée, puis le Causse. Le Causse, l’un de ces jours d’été et de chaleur où les bouquets de chênes ne suffisent pas à désaltérer le paysage. Ces touches de vert ne font que renforcer le blanc de cette pierre affleurant la terre sèche au brun rougi et parsemée de crottes de moutons. Je ne les vois pas les mouches mais je les entends, comme pendant la sieste. Elles vrombissaient autour de tout interstice lumineux pour essayer de gagner la fraîcheur d’une habitation, d’un repli de pierres, quel qu’il soit. Ces ailes sonores font partie du décor et chaque glèbe en est truffée tant qu’il y a matière.

Après Rocamadour, davantage de vert. Le lilas se détache en haut du grand mur d’une bâtisse de pierres blanches à l’approche de Floirac. Puis, c’est le trou vert et les falaises, naissant à Montvalent, le pont suspendu sur la Dordogne, que j’appréhendai tant enfant, la première fois que je le passai en voiture.
Ces maisons perchées ou enfouies dans les arbres, au balcon, basculant presque dans le vide, m’éloignent de chez nous bien que je m’y sente encore un peu. J’en suis, pour quelques kilomètres de rails supplémentaires, jusqu’à Brive.

Le treize heures trente-quatre s’enfonce jusqu’à le fureter et le flairer, ce pays. A l’avance, à ma place presque, il pourrait reconnaître telle barrière, telle maison ou tel carrefour. J’avance, je fonce et tout fuit à l’arrière et file dans mon dos.
Le treize heures trente-quatre, parce qu’il est plus facile d’arriver de jour, pour sentir la nuit s’installer, pour passer sans trop de précipitation, d’un lieu à un autre et se retrouver chez soi, quand même.

Ce chez soi que l’on finit par reconnaître par toutes les choses de soi qu’on a su enfin lui imposer. Des tissus, rideaux de couleur, un vase, quelques photos, des livres, la vitrine et les étagères pleines de livres lus ou en attente de l’être, des livres pour rien et pour le plaisir. Juin 2003

ELB

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