Pour un été de lecture et de voyage…

voyage

« Etre heureux me prenait tout mon temps. D’ailleurs, nous ne sommes pas juges du temps perdu « . a écrit Nicolas Bouvier

Marco Polo, Bougainville ou encore La Pérouse : navigateurs, aventuriers ou explorateurs, tous ont leur journal de bord et ce sont sans doute les premiers récits de voyage. Autant de formes du voyage qui nous ont permis de modeler notre façon de voir le monde, nous ont enrichis et ouverts à d’autres horizons.
Les récits d’Homère nous avaient déjà ouvert fenêtres et portes, en grand. Le chant des sirènes nous a attiré et continue. Et de plus en plus, il faut fuir le train de la vie qui va trop vite et trop fort. Prendre son temps, échapper au tourbillon passe par l’envie d’avoir un paysage nouveau, un ciel nouveau, une lumière nouvelle, une culture autre pour voir le monde différemment. Contre une vie trop bien réglée.
L’avion a bien raccourci les distances, les low cost démocratisé le voyage mais le récit y donne du sens et le rêve n’est pas entamé pour autant.

Je saute à pieds joints au-dessus de Stevenson -avec son ânesse Modestine dans les Cévennes- et de Segalen aussi mais ils sont, à leur manière, écrivains voyageurs avant tous les autres. A garder pour plus tard.
Il y a bien évidemment au XIX ème, les écrivains dits orientalistes : Flaubert, Hugo, Stendhal (Voyage dans le midi de la France), Maupassant avec En Sicile, De Tunis à Kairouan, Lamartine et son Voyage en Orient qui fit découvrir la capitale ottomane. Nerval et Loti qui ont aussi célébré Istanbul. Loti dans sa passion alla jusqu’à transformer sa maison de Rochefort en y faisant le fameux salon turc. Théophile Gauthier avec son Constantinople n’est pas en reste. Il y a eu aussi Sand avec son Hiver à Majorque.
Soif d’exotisme ou simple balade, chez ces derniers le récit prend la forme d’un carnet de route ou d’un journal intime.

Voici donc pour passer l’été, quelques idées de lecture, pour ceux qui restent et ceux qui partent, aussi. Et comme j’ai envie de grand air et rêve de cabane…

De Henri David Thoreau né 1817 dans le Massachusetts où il est mort 1862, essayiste, philosophe et poète américain. Surtout connu pour :

Walden ou la vie dans les bois. Gall. L’imaginaire. C’est un roman autobiographique. Il quitte la ville pour vivre une expérience pendant deux ans, loin dans les bois, aspirant à vivre une vie plus authentique. Il fait une remise en question de la civilisation moderne. Il faut dire qu’il est aussi l’auteur de La désobéissance civile.
De la marche
. en Mille et une nuits Réfléchir en marchant ou marcher au rythme des pensées ?
Les forêts du Maine. Rivages Poche se livre à l’observation minutieuse de la nature avec le même souci de préservation de son aspect sauvage.

De Jacques Lacarrière, le grand classique à lire :
L’été grec, 1976 qui a fait connaître l’auteur. Existe en Presse Pocket. Marcheur et passionné de Grèce et de Proche-Orient, une manière très vivante d’aborder ce pays, son histoire et sa civilisation, sa poésie, sa philosophie. Le sous-titre est : Une Grèce quotidienne de 4000 ans.
Chemin faisant. Fayard 1977 Il relatait son voyage à pied dans une France oubliée. Un bonheur ! Il n’existe pas en poche, hélas.

Nicolas Bouvier donc avec un autre grand classique devenu une référence et dont je vous ai déjà parlé.
L’Usage du monde. 1963 Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs.
Avec son ami dessinateur Thierry Vernet, dans les années 50, il part pour la Yougoslavie et suit la route des Tziganes pour débouler à Kaboul. Puis il poursuivra sa route, avec pour mot d’ordre : cap à l’Est ! De la Laponie à l’Anatolie, du Tibet au Japon, de l’Irlande à la Corée…un sens du monde puisé dans la rencontre et l’échange, dans l’émerveillement toujours au rendez-vous. C’est le voyage exigeant un nécessaire dépouillement et la pratique d’une certaine relation au temps.
Mais il y a aussi :
Le dedans et le dehors recueil de poésie dans lequel on ressent toute «… l’intensité du monde… » Du bonbon…En Points Seuil et bien d’autres. A vous de découvrir …presque tout en Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs ou folio.

Ella Maillard, l’aventureuse, la téméraire journaliste et écrivain. Anglaise, vivant en Suisse comme Nicolas Bouvier qui lui avait demandé quelques conseils pour aller à Madras et elle lui avait répondu :
« Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi… » Elle a nourri une véritable fascination pour les peuples nomades. Elle choisit –dans les années 30- de sillonner l’Asie centrale, la Chine. Ce qui, il faut bien le dire, relevait de l’exploit. Elle disait vouloir rencontrer « …ceux qui savent encore vivre en paix ». Elle part vers l’Afghanistan avec sa compagne malade et raconte ce voyage riche en rencontres, péripéties, tantôt tragique ou drôle dans :
La voie cruelle Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs
Des monts célestes au sable rouge, La vagabonde des mers. Petite Bibliothèque Payot. Tonique et vivifiant.
Contemporaine d’Ella Maillart, il y a Alexandra David Néel, journaliste, aventurière et exploratrice (Tibet, Lhassa avec en fond bouddhisme, sagesse et méditation) que j’ai occulté, tellement l’engouement, lorsque je travaillais en librairie était grand. C’est une grosse lacune de ma part que je tenterai de combler mais, pas encore cet été.

De Michel Le Bris, fondateur du Festival Etonnants voyageurs de St Malo, et grand admirateur de Stevenson dont il a recherché les manuscrits et il est aussi très largement influencé par Nicolas Bouvier. Forbans, flibustiers, pirates, aventuriers : chez lui, on est servi.
L’homme aux semelles de vent Petite Bibliothèque Payot. Toutes les chimères, les rêves d’absolu… Sorte de manifeste. Il faut le lire : cela donne des ailes.
La beauté du monde au travers d’un couple américain vedette, aventurier qui par ses films, ouvrira au monde la beauté sauvage de l’Afrique. Points Seuil.

Bruce Chatwin,
Le chant des pistes 1987 Grasset Livre de Poche.
Chatwin mène une enquête depuis ses premiers voyages en Afrique, jusqu’à ce voyage en Australie dans les années 1980. Il parle de l’homme, de sa condition. Le Chant des pistes explore l’âme humaine. Perdu dans l’immensité du bush australien, il se retrouve face à lui-même, retrouvant ce que les aborigènes appellent le chant des pistes, dont le mystère provient des racines du monde . Ces chants seraient des sortes de chemins de vie invisible. En outre, c’est l’occasion d’évoquer d’autres voyages, en Orient ou en Afrique. Sage et émouvant.
Un livre fascinant que je n’étais pas prête à lire la première fois que je l’ai entrepris et que j’ai dû relire.

Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie. Folio Gall. 2011
Six mois -entre février et juillet- dans une cabane sur le lac Baïkal, au milieu des cèdres avec soixante livres, pas mal de cigares et de vodka ; Le premier bourg est à cinq heures de marche et il faut chaque jour, couper son bois… Mais quel bonheur de voir l’oiseau se poser devant sa fenêtre en prenant son petit déjeuner ou d’entendre la première fissure ou craquelure du lac. Une vraie délectation. Quelques réflexions mais c’est loin d’être un essai et on rentre avec plaisir tous les soirs dans la cabane pour lire et vivre au fil des jours et des mois l’arrivée d’ une légère baisse de température et tout le reste… Un régal.
Une vie à coucher dehors. Folio. Recueil de nouvelles (Goncourt de la nouvelle 2009) tirées de ses voyages et reportages. A « succuler ».
Eloge de l’énergie vagabonde. 2008 en Pocket. Voyage Asie centrale où il est question d’oléoducs mais nous avons-nous aussi, êtres humains, notre géologie propre dont on peut tirer notre énergie, notre force. Belle leçon.

Jean-Luc Coatalem qui après ses reportages au magazine Géo (il en est le directeur)) fait une percée remarquée en librairie au début des années 1990.Publié chez Phébus, il collabore alors et cosigne des albums avec Loustal, le dessinateur. De sa mission culturelle au Paraguay il tire un récit
Mission au Paraguay 2009.
La consolation des voyages. Livre de Poche. Il nous fait part de tous les lieux qui ont marqué son enfance et adolescence ainsi que des auteurs comme Rimbaud qui l’ont incité au voyage.
Il y a comme presque toujours la question des origines et le voyage intérieur. On en revient donc toujours à la citation de Bouvier : « …On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait ».

Il est avec huit autres, le signataire du Manifeste d’une littérature voyageuse à l’initiative de Michel Le Bris.

Ce ne sont que quelques suggestions mais bien sûr… plus si affinités avec un auteur .Une découverte heureuse, euphorisante: C’est tout ce que je vous souhaite pour cette pause.

Un bel été à tous en lecture ou relecture et en voyage, immobile ou pas.

ELB

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