L’écorce de l’arbre.

grève1

D’une salle dans le grand bâtiment en bordure de Seine au troisième étage, à hauteur d’yeux : la cime des arbres.
Le feuillage des platanes palpite comme un cœur ou un poumon. Je sens presque l’oxygène qu’il essaie de nous dispenser nous évitant l’asphyxie. Je respire même de ce perchoir, un souffle léger, comme un air de liberté.
En rentrant, revenue au niveau de la rue, je suis soudain attristée en voyant le pied de ces arbres, ainsi en contention, enserrés, enchâssés par le bitume ou une petite grille les étouffant. Quelle force pour puiser autant d’énergie et je me rassure presque instantanément. Est-ce pour cela que son écorce est légèrement marbrée ? Je trouve tout à coup touchant que l’étymologie de livre, liber en latin, soit l’écorce parce qu’il arrivait qu’on s’en serve comme support d’écriture.
En longeant le parc, je retrouve les arbres, remarquables ou pas. Les deux ginkgos, l’oranger des Osages ainsi que l’arbre à mouchoirs qui a disséminé ses feuilles blanches gardant les vertes, bien amarrées. L’illusion est totale. Et c’est tous les ans la même surprise et la même grâce, renouvelées.
Je repense au platane de tout à l’heure, sur le boulevard dont les racines iront probablement plonger dans la Seine leur soif de liberté. Arbre de vie. Ceux des allées, rongés par le chancre ont été abattus .Nous ne verrons pas l’ombre violette des prochains.
Je suis toujours triste, comme vous je suppose, quand un arbre- soit par la tempête soit pour cause de maladie- est abattu un peu comme si en nous survivant, ils nous prolongeaient et transmettaient une part de nos secrets ou de nos pensées intimes.

Je croise un vieux monsieur, l’air hagard qui me demande un siège et une cuillère pour manger les pots de compote qu’il vient d’acheter me disant :
« Il faut manger les victuailles dès l’achat, rien ne sert d’attendre » Il me dit avoir laissé sa voiture aux pneus crevés à deux rues de là. Mais cette rue n’existe pas et il n’a probablement pas de voiture.
Il doit bien exister un arbre auquel il se serait confié et juste avant de tourner vers la place, une femme qui pourrait être la sienne, l’appelle en criant. Il lui sourit tel un enfant et la rejoint. Aujourd’hui encore, son écorce fragile l’a sans doute protégé.

ELB

Relire L’homme qui plantait des arbres de Giono.

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  1. Origami de l’âme | trainsurtrainghv - 17 juin 2013

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