Hasard et lectures

didierdecoinIllustration .

Je l’avais oublié et voilà qu’il se rappelle à moi par cette couverture vue tout à l’heure à La Maison de la Presse.
Son dernier livre : La pendue de Londres 2013 que je n’ai pas lu.
Il s’agit de Didier Decoin, le fils du cinéaste, Henri. Scénariste lui-même et membre de l’Académie Goncourt. J’ai eu ma période et cela date. Si vous aimez les histoires bien contées et bien écrites, il faut le lire.
Trois ou quatre romans et essai de cet auteur que j’avais particulièrement appréciés :
John l’Enfer, Abraham de Brooklyn, Autopsie d’une étoile, Béatrice en enfer
Puis je me suis détournée de lui pour regarder ailleurs, découvrir d’autres auteurs. En voyant tout à l’heure cette affiche, un pan de ma jeunesse a resurgi. Quelle infidèle ! Je vais peut-être lire son dernier.

Le fait divers inspirateur du dernier roman de Didier Decoin– La Pendue de Londres 2013 reprend la dernière pendaison d’après-guerre d’une prostituée qui tua par amour et pose apparemment la question de la peine de mort. C’est ce qu’en dit l’entrefilet de l’hebdomadaire, à l’étalage.
Béatrice l’enfer 1984, essai, sorte de plaidoyer. L’auteur s’inspirait déjà d’un fait divers, à savoir cette française, dans les années 80 qui avait été condamnée à mort en Malaisie pour trafic de drogue. Il voulait tenter de la sortie de cette geôle et y a d’ailleurs contribué tant le livre a eu du succès et a pesé dans le fléchissement des autorités du pays.
Abraham de Brooklyn Seuil 1972 chante la naissance de New York. Un jour, fin XIX siècle on décide de relier New York à Brooklyn par un très grand pont. Ceux qui participent à sa construction sont en grande partie des immigrants dont un Français, Simon et sa femme. La rencontre d’une jeune Américaine considérée comme sa fille avec un amour singulier, va l’amener –avec sa femme-à chevaucher l’immensité de plaines et de déserts pour la protéger de la police car évadée d’une prison. Il croit pouvoir la sauver. Arrivés à Chicago, l’affaire n’est pas aussi simple.
John l’enfer Seuil 1977 Goncourt annonce l’agonie de New-York .Tous deux en points Seuil. Un laveur de carreaux sur les gratte-ciel à New York, John l’Enfer, un Indien Cheyenne. Il pressent la fin de cette ville pour laquelle il éprouve à la fois une fascination et une répulsion car trop souvent l’opulence côtoie le plus grand dénuement.
Autopsie d’une étoile Seuil 1989 Le portrait d’une femme, à travers la rencontre, après la mort de celle-ci, de deux hommes qui l’ont aimée et avec laquelle ils ont attendu la naissance d’une étoile dans un observatoire de la Cordillère des Andes. Souvenir ému autant par l’attente de l’étoile que par cet amour pour une même femme.
Et si vous en redemandez, il y a aussi :
La femme de chambre du Titanic Seuil 1991 racontant une histoire d’amour fantasmatique entre un docker et une femme de chambre embarquée sur le Titanic dans l’espoir d’une vie meilleure. Riche en rebondissements, et qui témoigne d’une imagination puissante.
La force de Decoin, outre sa grande imagination et le fait de réunir tous les ingrédients d’un bon grand roman populaire, est le pouvoir de permettre à ses personnages-tirés de faits réels ou fictifs- de continuer à vivre.

Le fait divers a nourri la littérature et continue. Il n’est pas seulement l’apanage du polar ou du roman noir. Au XIX siècle, pour des écrivains tels Maupassant, Flaubert ou Zola et Balzac, le fait divers est une mine. S’inscrivant dans une intention plus réaliste, ce type de roman éclaire le personnage en essayant d’en expliquer les ressorts psychologiques et le chaos d’une vie.
Aujourd’hui, beaucoup plus près de nous : Eric Holder, Philippe Besson, Amélie Nothomb, Jean Teulé, Emmanuel Carrère, pour ne citer qu’eux, l’utilisent ou l’ont utilisé comme base d’un roman ou d’un récit.

Arrêtons-nous sur Emmanuel Carrère avec la classe de neige ou encore l’adversaire 2000, plus récent. Inspiré par l’histoire d’un faux médecin devenu meurtrier de toute une famille, la sienne et qui a réellement existé et donne lieu à une étude de comportement et une interrogation quant au pourquoi de celui-ci. La psychologie du personnage, avec ces identités doubles, en souffrance est toujours étudiée avec minutie ; le fait d’aller à la rencontre d’un autre et de sa vie et de parvenir à nous intéresser de la sorte est toujours une prouesse. Le secret, le mensonge et ce silence si lourd au fil des pages…
Je suis toujours étonnée par la grande capacité de cet écrivain à entrer dans une psychologie tortueuse et souffrante, en faisant preuve d’empathie et avec un grand talent. Son écriture concise est percutante. Depuis une décennie et à la faveur d’une origine maternelle russe, il s’est intéressé à son histoire et par ricochet à celle de la Russie. Le dernier livre que j’ai lu de lui, Limonov 2011, n’est pas une fiction mais un récit à la première personne comme l’Adversaire. Carrère raconte ici la vie de Limonov, poète fantasque, sale type, hors cadre, politique un peu inquiétant dans cette Russie contemporaine que décrit du même coup l’auteur. L’ambiguïté du personnage nous maintient en haleine. Très intéressant !

Tous ces écrivains qui ont en commun le goût pour le fait divers ont cette faculté à étudier et traquer dans ses replis tortueux, la psyché complexe de leurs personnages donc de l’homme. En somme de tout un chacun jusqu’au point de rupture qu’atteignent certains, les plus fragiles. Ce que l’homme est en lui-même, au plus profond.
Le fait réel, côté sordide écarté, présente une vraie matière humaine, intéressante. De plus, il est le reflet voire le symptôme d’un mal plus profond de la société.
Je me suis laissée embarquer et voilà où m’a conduit Decoin ! Emmanuel Carrère est aussi scénariste.
Tout Emmanuel Carrère est chez POL et en folio pour ce qui est du poche.
Didier Decoin est en Points Seuil pour le format poche.

ELB

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