Exil.

 

rêvepaysage

 

J’ai toujours cru que c’était un rêve mais la disposition à la rêverie et aux pérégrinations un peu désinvoltes laissent entrevoir parfois des choses méconnues, ou perdues.
Les rails à fleur d’eau on peut entendre en bruit de fond comme une voix grommeleuse qui pourrait être celle d’une vieille radio ou d’une télévision en sourdine.
C’est arrivé la nuit, c’était peut-être un rêve. Cela permet l’économie de mots. Les images sont plus fortes ; pas besoin de recherche de soi, des origines.

Les rideaux vaporeux aux couleurs criardes bougeaient devant chaque porte. La brise chargée de sable les bousculait. J’entendais parler une langue inconnue, volée sans doute puis retrouvée. Je ne connaissais pas de telles sonorités et n’en avais pas même soupçonné l’existence. Elles étaient mélodieuses : tantôt chuintantes, tantôt soufflantes, toujours souples et légères.
Je la voyais, cette langue, en couleurs, jaune orangé sable avec du bleu dans ses silences. Le soir, elle se faisait plaintive et langoureuse.
J’étais loin de tout et ne voyais rien au-delà des dunes qu’éclairait une lune blanche.

J’aurais voulu une boîte aux lettres au bout du chemin , quelques nouvelles de temps en temps, une promenade dans l’espace et le temps, plus encore la visite d’un ami et surtout le rythme des saisons : sentir le frémissement de l’air et ses pauses.
Entendre la pluie devenait une obsession. L’entendre tambouriner sur les iris m’importait plus que tout. Cela sert à ça, les matins de printemps, aux rencontres. Je me cognais au paysage mais la lumière n’était déjà plus tout à fait la même que celle de l’instant d’avant l’instant, et l’instant ne cessait de bouger.
Et cependant la nuit vînt et d’un coup, le désert s’arrêta aux frontières de mon rêve. Indiscutable, absolu et douloureux comme un amour déçu.
Je n’étais plus que désert, sécheresse, vent brûlant et tout ce qu’il caressait et effleurait.

Drôle de voyage !

ELB

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One response to “Exil.”

  1. trainsurtrainghv says :

    Evelyne, j’ai envoyé à la poubelle le gris du trottoir choisi dans un premier temps et ai choisi dans un petit carnet oblong de juin 2006 ce paysage rêvé coloré et animé. Mais ton texte que j’aime pourrait bien devenir un de ces jours le prétexte à quelques recherches plus adaptées….GHV

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