Francophonie 4/6

Petite introduction bien tardive…

Copie de francophonie1 001

Les pays d’Afrique subsaharienne-puisque ce sont ceux-là qui nous occupent aujourd’hui- sont riches d’une grande tradition orale. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, une génération d’intellectuels se retrouve dans un mouvement de la Négritude initié par les Antillais Aimé Césaire et Léon Damas ainsi que le Sénégalais Léopol Sédar Senghor.
C’est aussi à cette époque que la revue Présence Africaine voit le jour grâce à Alioune Diop.
L’expression littéraire francophone s’amplifie incluant Antilles, Haïti, Afrique de l’Ouest et du centre, le Maghreb, Madagascar et la Réunion. Par la suite trois zones se détachent et s’affirment : Maghreb, Afrique sub-saharienne et Antilles.

Il y a toujours un rapport à l’histoire dans les littératures francophones, forcément, surtout pendant les années voire décennies suivant les indépendances. En 1968, Amahdou Kourouma dans Les soleils des indépendances, traduit l’espoir de la naissance de nouvelles nations. Et à partir des années 90 à cause de la persistance de nombreuses dictatures, la littérature redevient militante. Le même Kourouma a écrit un peu plus de trois décennies plus tard: Allah n’est pas obligé.
Les années 90 voient aussi l’émergence de femmes écrivains et il y a, à ce moment-là, un pôle d’édition Africain important (Nouvelles Editions Africaines à Dakar, Lomé et Abidjan). La France n’est plus seule à en avoir le monopole (Khartala, L’Harmattan..).

Il y a dans ce qui suit des écrivains Africains et des écrivains issus de l’immigration africaine, nés en France et partis vivre dans le pays d’origine de leurs parents ou encore nés d’un mariage mixte en France. Le contexte n’est pas le même, l’expérience d’une vie en France ou ailleurs donnent jour à d’autres inquiétudes ou aspirations. Une nouvelle richesse, celle du bilinguisme, de la double culture ou triple parfois avec leurs manques aussi. Les langues se croisent, se tricotent et les cultures aussi ; Par conséquent, l’ouverture et aux autres et au monde, favorise l’émergence de plusieurs littératures de langue française.
Serait-ce ce que l’on nomme la littérature-monde.

Aujourd’hui, pour avancer en besogne, sachant qu’on ne fera pas le tour du monde, je vous propose les expressions et quelques écrivains de quatre pays d’Afrique noire et deux ou trois de leurs livres .

Expressions Congolaises

-Bonne soif ! A la tienne, au moment de trinquer.
-Je ne veux pas manger ce cadavre : les Congolais veulent manger des produits frais de préférence rien de macéré, mariné ou congelé.
-L’ambianceur : à Kinshasa, l’ambianceur est celui qui met de l’ambiance.
-Casser le bic : ne plus faire d’études
-Miguel : l’Europe, tout le monde rêve d’aller à Miguel
-Un Khadafi : un vendeur d’essence

Expressions Ivoiriennes

-Goumin-goumin : chagrin
-Prendre dra : se taper la honte.
-Avoir la craz : avoir faim, très faim
-Je suis piqué : je n’ai plus d’argent.
-Un materazzi : une provocation
-Un zidane : un coup de tête.
-Ya foye, ya fohi : d’accord, ok

Expressions Sénégalaises

-Condir wotir : dérivé du français : conduire la voiture, tout en sachant que wotir n’est pas tout à fait ce que les Français appellent voiture. Wotir veut dire voiture à dos de cheval, tirée par des chevaux.
-C’est une disquette se dit souvent en parlant de jeunes-filles que l’on trouve bien faites et portant des habits sexy ou à la mode pour attirer les regards ; Cette expression est employée pour désigner des minettes qui font les discothèques et d’ailleurs disquette est tiré du mot discothèque.
-Les tablettes de chocolat : les routes défoncées. On a bien des nids de poule…

Quelques écrivains et lectures possibles:

Congo

Labou Tansi Sony de son vrai nom Marcel Ntsoni, né à Kinshasa en 1947 et mort à en 1995 est un écrivain Congolais. IL se consacre très vite à l’écriture. Romancier à l’imagination débridée, il a été maintes fois récompensé pour sa perpétuelle réinvention de la langue française. Son écriture s’inscrit dans la fable, pour rendre compte d’un monde difficile et douloureux, celui de l’Afrique sanglante. Il a obtenu plusieurs prix littéraires comme le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire pour L’Anté-peuple. Il a effectué en 1990, une résidence d’écriture à la Maison des Auteurs des Francophonies en Limousin ou se déroule toujours un festival des Francophonies.
La Vie et demie, Seuil, 1979. Dans le pays imaginaire de Katamalasie, Chaïdana et son peuple vivent des moments bien difficiles. Leur pays est dirigé par un dictateur cruel. Ce monde irréaliste d’une grande violence et avec ses morts qui refusent de mourir, est une dénonciation tout aussi violentes mais malheureusement beaucoup moins irréelles. En même temps, vous découvrirez sa langue merveilleuse et des mots de son invention comme « excellentiel ».
Le Commencement des douleurs, Seuil, 1995.

Alain Mabanckou né en 1966 à Pointe-Noire . Franco-Congolais, il a fait ses études à Paris, il enseigne le français aux USA. Prolifique, il s’est imposé dans le paysage littéraire francophone comme l’un des auteurs africains majeurs de sa génération. Il écrit aussi de la poésie et a reçu de nombreux prix.

Mémoires de porc-épi en 2007: L’écrivain développe une réflexion sur la place de l’homme dans le monde, sur le sens de sa vie et donc, de sa mort. Un hommage subtil à la littérature africaine, ses mythes et son oralité. A l’origine une histoire racontée par sa mère. Une fable corrosive.
Extrait d’un entretien avec l’auteur, à propose de ce livre : « Je suis toujours celui qui visite ce que Modiano appelle le “vestiaire de l’enfance…”et plus loin à la question :
-RFI : Votre récit contient beaucoup d’oralité. Comme un hommage à la littérature africaine, à la fable et au conte philosophique par lesquelles traditions et connaissance se transmettent… il répond :
« Cela fait partie de ma propre culture puisque la plupart des langues africaines que je parle sont orales. N’ayant pas de base écrite, elles n’existent qu’à travers cette oralité. Et là-dessus vient se greffer la langue française comme langue d’écriture. Finalement, dans Mémoires de porc-épic, la langue est française mais le rythme est congolais. C’est celui de mon ethnie, de ma tribu. De ce rythme dans la langue provient toute l’oralité du récit. Il y a un peu d’ailleurs dans ce français-là. »

Le sanglot de l’homme noir essai Fayard 2007. Ce sont douze essais sur la condition noire contemporaine. Propos percutants et provocateurs à souhait, ne serait-ce que par le titre. Il renvoie dos à dos les discours des victimaires et ceux qui les accusent. Position tranchée qu’il tient à illustrer : « Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signes d’identité. Je suis né au Congo Brazzaville, j’ai étudié en France, j’enseigne désormais en Californie. Je suis noir, muni d’un passeport français et d’une carte verte. Qui suis-je ? J’aurais bien du mal à le dire. Mais je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment ». Il invite l’homme noir à s’occuper de son présent.

-Lumières de Pointe-Noire, Seuil 2013 que je n’ai pas lu et dont je vous livre l’impression qu’en a eu une amie :
Après vingt-trois ans d’absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d’années après. Le fils unique ne s’est rendu aux obsèques ni de l’un, ni de l’autre. C’est l’occasion d’ouvrir la boîte aux souvenirs de l’enfance passée dans ses lieux d’origine. Sur le point de repartir, il se rend compte qu’il n’est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Ce livre est plus grave et émouvant que les précédents.

Quel que soit le livre, la langue y vit, y est pleine d’images pour notre plus grand bonheur. Elle nous réjouit.

Sénégal

Fatou Diomé est née en 1968 dans l’île de Niodor, au Sénégal. Elle quitte son pays natal pour continuer ses études en France ; Une expérience difficile dont elle s’inspirera pour écrire son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé : La Préférence nationale, Présence Africaine 2001.

Son premier roman, écrit avec humour et finesse, a eu beaucoup de succès :
Le ventre de l’Atlantique. Anne Carrière, 2003. C’est l’histoire de Salie qui a quitté le Sénégal pour la France, laissant son frère Madické au pays. Comment lui faire comprendre la dure réalité de l’immigration ? Comment lui enlever de l’esprit que la France n’est pas un pays de cocagne .Il veut partir, libre sur l’Atlantique Un premier roman, plein de vie et d’humour. Magnifique. L’appel de l’ailleurs pour fuir la souffrance en enjambant ce grand pont d’eau.

Inassouvies, nos vies 2008 inspiré de sa vie, de son intégration en France, de son enfance sénégalaise et des relations entretenus par ces deux pays.

Mariama Bâ : 1929 1981 Ses livres évoquent la condition sociale, la polygamie et l’exploitation des femmes en Afrique. Une autre femme sénégalaise qui s’est battu pour la condition féminine.Elle a eu de nombreux enfants et a divorcée du ministre Obeyé Diop.

Une si longue lettre Le serpent à plumes 1979. Entre résignation et volonté de changer de vie, Les confidences d’une veuve sénégalaise à sa meilleure amie. A lire !

Aminata Sow Fall: romancière Sénégalaise, fondatrice du centre d’animation n et d’échanges culturel à Dakar. En novembre 2012, elle a été honoré la Grande Royale des Lettres, honorée par ses pairs sénégalais.
De la France aux Usa, en passant par la Chine et jusqu’au Japon, son nom est connu des cercles littéraires où elle est souvent invitée pour des conférences. Très attachée à sa culture, l’auteur du célèbre roman « La grève des baattu » reste une écrivaine universelle autant que son œuvre .

La grève des baattu, Le Serpent à plumes 2004 ou quand les mendiants chassés par les politiques décident de se mettre en grève ; la société s’en trouve chamboulée.

Cameroun

Calixthe Beyala Franco-Camerounaise
Elle nait au Cameroun en 1961 et y passe son enfance. Loin de ses parents, c’est sa sœur aînée qui se charge de son éducation. Calixthe étudie au Cameroun jusqu’à l’âge de 17 ans, avant de partir pour Paris où elle poursuit ses études. Elle se met à l’écriture, entreprise récompensée de nombreuses fois.

Les Honneurs perdus 1996 Grand prix du roman de l’Académie Française Grand Prix de l’Unicef.

La Petite fille du réverbère, 1998 Grand Prix de l’Unicef les moindres, des arts et des lettres, Elle est aussi la porte-parole de l’association le Collectif Egalité.

Le roman de Pauline 2009 La vie chaotique d’une adolescente de banlieue sauvée par une lecture.
Engagé dans la promotion de la Francophonie, voilà ce qu’elle en disait dans un entretien sur TV5 Monde (avril 2009)
Extrait : « Cette langue est belle, elle est élastique, c’est ma langue de pensée, de travail, de rêve…
La francophonie devrait être dans la rue et non dans les salons…on apprend avec elle à évoluer ensemble… »

Côte d’Ivoire

Véronique Tadjo, née en 1955 à Paris mais élevée à Abidjan est écrivaine Ivoirienne, auteur de poèmes, de romans et d’ouvrages pour la jeunesse qu’elle illustre elle-même. Elle est rentrée dans la cour des célèbres écrivains d’Afrique avec son roman «Reine Pokou, concerto pour un sacrifice.

-L’ombre d’Imana, voyages jusqu’au bout du Rwanda, 2001.
-Reine Pokou, 2005 Histoire et légende fondatrice de la Côte d’Ivoire.
Champ de bataille et d’amour 2006
Loin de mon père Actes Sud 2010 La narratrice découvre son père au moment où il meurt et doit faire face aux règles et usages de la tradition.
Livres pour enfants : Le bel oiseau et la pluie, Le seigneur de la danse, Mamy Wata et le monstre, Nelson Mandela : « non à l’apartheid »

A suivre

ELB
Merci à Harouna et Sylvain pour toutes ces expressions.

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