L’ado aux pieds ailés

Copie de attendre1

Pour  l’article de ELB: »Jeunes filles sur le quai de la gare d’Epinay sur Seine, 7h45″ GHV

De nouveaux messagers des Dieux, tels des Hermès aux sandales ailées, ont fait leur apparition dans la rue, les cours de lycée et le bitume en général. En effet, certains adolescents, plutôt des filles, arborent depuis quelque temps des baskets dont se détachent à partir des chevilles une paire d’ailes. Certaines sont dorées, d’autres argentées : en tout cas voyantes. Je me suis demandé quelle motivation les poussait à adopter ces chaussures.
Peut-être pour s’évader plus facilement de leur morne quotidien aux multiples tracasseries ou encore se donner l’illusion que d’un coup d’ailes, ils peuvent s’extraire de la réalité et se sentir plus légers. Après tout, l’homme a depuis toujours cherché à voler, à s’élever au-dessus de ce qui lui était connu : le ras du sol.
Rêve de voyage, de téléportation peut-être car rien n’est impossible à un adolescent amateur de livres et de films de science-fiction et de fantaisie très sensible au merveilleux quand l’école ne l’intéresse pas, et il y en a. Il trouve mille façons de décoller mais le soir à 18 heures passées, chaussures ailées ou pas, il est encore là avec ses copains devant le lycée .Point d’ancrage, repère solide ? Oui, ils ont du mal à se décoller de cette bite d’amarrage qui malgré tout, les aimante. Si on leur demandait de dessiner leur école comme on le faisait en primaire autrefois, à coup sûr, il y aurait l’espace devant le lycée et les copains. Une de mes amies qui habite quelques pâtés d’immeubles plus loin les appelle les Mac’donaldiens (ils n’y mangent pas forcément mais ils s’installent devant) en prononçant le « s » car elle est Cubaine. Traduire « désœuvrés »et ma grand-mère n’aurait pas dit mieux. Ce qui n’était pas flatteur mais qui est une réalité et je ne crois pas que ce soit simplement le symptôme d’une adolescence banale et sans histoires, vu le nombre.
Ils n’ont d’ailleurs pas les pieds ailés, ceux-là. Je dirais même d’eux que ce sont des jeunes aux pieds d’argile. Sont-ils absentéistes et pour certains même, en décrochage comme l’on dit.
Il ne me semble pas que ce soit un simple mal être passager. On me dira : « …et l’éducation et ceci et cela… » L’éducation bien sûr mais il n’y a pas que celle des parents, unique et infaillible. Il y a celle de la rue et celle de l’internet qui s’y ajoutent. Dépassés, lassés, des parents finissent par renoncer un peu mais ils ne sont pas légion, bien sûr.
La vie n’est pas dans le lycée mais ailleurs, de l’autre côté du grand portail. L’extérieur du lycée, le parvis, devient un lieu de rendez-vous. C’est donc important. Au moins, si l’institution a du mal à transmettre un savoir qui n’est, peut-être plus adapté, elle permet un grand marché de copinage et d’amitié mais pas seulement ; c’est une autre forme d’échange, nouveau et partagé : langage, tenue, comportement, attitude, mimiques, codes ou absence de ceux-ci . Une certaine manière d’être ensemble comme nous l’avons tous expérimentée.
Dans cette optique-là, je me suis dit que voir, le monde sous un angle différent, nouveau pouvait être intéressant. Je m’imaginais même la quête d’un nouveau graal. Ainsi pour ne plus être au ras des pâquerettes et pallier un manque d’enthousiasme ou de motivation, on mettrait ses ailes comme d’autres chaussent leur rollers.
Souhait de rejoindre les oiseaux, toucher les feuilles des grands arbres ? Rêve d’apesanteur ? Je l’ai espéré, éprouvé moi-même la nuit, en dormant.
J’ai posé la question à l’un d’entre eux, une fille. Elle a commencé par me dire que ça lui plaisait, Mais point l’envie de faire l’ange ou l’avion.
« Il en existe des dorés, des rouges, des noirs et des transparents, des bleus, des blancs et y’en a aussi sur le mode peau de vache… Moi, mon thème, c’est l’Amérique, alors je préfère ceux avec le drapeau US ; mais on peut avoir ce qu’on veut, je crois. » a-t-elle ajouté.
« Et vous, Madame, c’est quoi, votre thème? –entendre : délire, kief, passion, centre d’intérêt…
L’adolescente m’a donné quelques pistes. A défaut de pouvoir décoller, les prix s’envolent bel et bien. Fini le rêve !

En attendant qu’il nous pousse des ailes aux pieds -mais l’évolution révélera des surprises et certains dinosaures avaient des ailes et préfiguraient l’oiseau- l’homme doit continuer à rêver et à se délester un peu . Il va bien finir par devenir oiseau.

ELB

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