L’occasion est trop belle!

CAMUS, comment résister? mais on y reviendra.

Je n’avais rien à dire et voilà un souvenir agréable que j’avais cru bon de consigner en 2003.

LE CADRE

Deux photos en noir et blanc me faisaient face qui m’intriguaient. De mon siège, assise dans le compartiment depuis presque une heure, j’essayais de trouver où avaient été photographiés ces lieux, d’en deviner l’endroit. Je finis par choisir la photo de droite et mis mon imagination à contribution.
J’allais à Marseille par un jour moite de juillet débutant, de 1996. La climatisation faisait défaut et la femme en face de moi ne cessait de parler tout en s’éventant. Avec une application d’écolière et régulière dans son geste comme un métronome, elle essuyait le petit espace entre le nez et la bouche qu’elle avait charnue et vulgaire. Cette petite gouttière naturelle semblait recueillir toute la sueur de son visage.
J’essayais d’accrocher un rêve à la vue encadrée par de lourds contours argentés. Le noir et le blanc prisonniers de la lumière du moment, lieu figé et fixé à un instant donné et choisi par quelqu’un. Au dessus d’un filet à très grosses mailles brunes, désuet comme le cadre et signe d’années écoulées, quelques décennies, la banquette en simili cuir toute avachie et lustrée rajoutait sa poussière au temps ;
Cependant qu’il était, ce temps, suspendu et enchâssé. Qu’avait-il donc de si précieux cet espace volé au temps ?
Lasse sans doute et écrasée par autant de chaleur, je finis par me lever dès que l’unique personne partageant le compartiment descendit.
LOUR MA RIN. J’avais bien lu. C’était un cadeau pour qui adulait, vénérait le beau gosse souffreteux. Je m’étais bien sûr promis d’y aller un jour. Vérifier si son ombre pouvait y traîner encore et y être entraperçue. Qui sait ? Je n’étais ni Francine, ni Maria Casarès et d’autres encore mais frôler, sentir un peu et respirer un coin de nature qu’il avait foulé me ravirait. Essayer de savoir qu’elle avait été sa dernière journée et y retrouver un peu de sa lumière.
Le grand militant, le grand combattant, le fils, le mari, l’amant, l’homme de théâtre, le passionné de foot, le fier et l’humble qui avait tout compris car connu la grande misère et côtoyé les plus pauvres. les humanités ne l’avaient pas éloigné de l’humanité. L’humain lui collait à la peau.
Je venais de lire Le Premier Homme qui me l’avait rendu plus familier, trop humain après la biographie de Todd.
Finalement, je n’y suis pas allée et n’irai probablement pas, prisonnière, cette fois, de mes mythologies. Août 2003

J’ai relu, à l’occasion des cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie, justement, Chroniques Algériennes 1939-1958 du même. Ce sont des articles rendant compte par le détail de la vie de dénuement en Kabylie, beaucoup de détails et de chiffres.
Avec minutie, Camus reporter y note le prix des céréales, celui du travail et l’exploitation qu’en font certains. Il s’agit de réalités bien concrètes, de vies quotidiennes meurtries et d’un avenir commun à envisager ou pas.
Sans entrer dans les détails, il y aborde avec conviction sa difficile position vis à vis de la France et de l’Algérie, déchiré qu’il était entre les deux. Elle lui a valu bien des désaccords avec ceux dont l’engagement était plus politique.
Sa rupture avec Sartre viendra du désaccord de ce dernier à la parution de l’homme révolté en 1951.
Il n’en a été pas moins pour autant un combattant de toute forme de totalitarisme, résistant et un grand journaliste à Combat dont il était rédacteur en chef, grand romancier et essayiste.

Je m’arrête là pour ce soir mais vous ferai part de sa découverte et de celle de quelques autres grands types qui m’ont marquée dans une période ô combien sensible, dans le parcours de tout un chacun à savoir l’adolescence. Encore le souvenir d’une ancienne « écrivaillerie » à vous livrer.

ELB

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  1. Un lit, l’autre aussi. « trainsurtrainghv - 6 février 2013

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