La grande gifle

Copie de hgreve4

La Grande Beune, en 1996  fut la première rencontre avec  cet autre écrivain que depuis je n’ai plus lâché, non plus . Il s’agit de Pierre Michon.

De la poésie pure, brute, de la prose au rythme haletant, presque asthmatique. Le temps pressait et il restait tant à dire et à faire, tant à lire et à écrire, peut-être.Comme une grande vague que je n’aurais pas vue venir, une grande gifle arrivée du large, je reçus le texte. On me l’offrit pour étancher ma soif. J’en demandais encore et j’en voulais toujours plus mais il se faisait rare, bien sûr.

On apprit à attendre, à l’attendre. On espérait…cette année, au début de l’année prochaine, sans doute. Alors, on relisait, on y revenait sans cesse et la lèvre de la falaise était toujours aussi cruelle, La Grande Beune aussi noire et la bouche de la buraliste encore gercée. La grotte, Petit Jean, le renard et les enfants comme autant de coups de pinceaux meurtriers taillaient, fourrageaient dans ce mal qui nous avait été inoculé, ce poison délicieux que nous devions goûter encore pour survivre.

Il nous scotchait au mur; figés, nous étions. On organisait des apéritifs dînatoires que nous disions « michoniens ».

L’année suivante Le roi du bois; Il y avait tout en concentré : l’origine, le sexe donc l’histoire et la vie ou la mort, et l’art. Tout ou presque était contenu dans le tableau. Le blanc glacé et criant des lingeries éclatait dans le vert du bois autant que le bruit de ce relâchement naturel. Le roi avait bien vu.

Ses sujets attendaient, et nous devenions patients. Il nous en fallait encore, des mots et des images, de la belle langue, mais rugueuse et pointue, à vif, pour fouiller et rendre l’improbable, possible et évident.

Après Vies minuscules, son premier livre édité par Gallimard et couronné d’ailleurs,  Gérard Bobilier, exigeant et généreux, éditeur ( Verdier éditions ) a fait connaître l’immense talent de Pierre Michon et de bien d’autres grâce au Banquet du livre de Lagrasse, lieu magique dans les Corbières.

Il en est d’autres comme Pierre Bergounioux, Charles Juliet, Pascal Quignard dont on pourrait dire qu’ils sont de la famille. Comme il est dit dans la chanson:
« tout est bon chez eux, ya rien à jeter ».
On trouve aussi nombre de leurs textes chez Verdier.

Et comme un tableau de Georges de la Tour, c’est de la dope et de la bonne que je m’administrerais volontiers au quotidien. Oui, je l’avoue,  je suis devenue accro. Du rugueux ou du ciselé, la langue y est toujours belle et ce qu’elle véhicule : l’humain, autrui magnifié, le plus touchant. Mais l’histoire n’est jamais bien loin de la fiction et le vrai du faux .

Les textes, toujours courts, de Pierre Michon ont une force et une puissance d’évocation qui me subjuguent. C’est visuel, charnel parfois savant par l’emploi de mots rares parce qu’ oubliés mais sans esbroufe. C’est beau-même si le mot est galvaudé. La moindre petite chose, l’insignifiant est sublimé.
Un vrai virtuose. Dans mon top cinq des grands auteurs contemporains vivants, il est le premier. Lumineux Michon!

Pour les fana de Rimbaud, il y a Rimbaud, le fils en quelque sorte un Rimbaud vu sous le prisme maternel (essai chez Gallimard  comme Vies minuscules )

Quelques titres:
Maîtres et serviteurs
Vie de Joseph Roulin,
Mythologies d’hiver
Trois auteurs
Les Onze, en 2009, lui a valu le grand prix de l’Académie française.

Je vous envie d’avoir à les découvrir, Pierre Michon et les autres peut-être.
Evelyne Laplaze-Blaya

Publicités

Étiquettes :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :