Modiano.

Copie de hgrevearbres.jpeg

Evelyne :5 décembre 2012
Modiano et moi, c’est une vieille histoire.

Pour un anniversaire, une amie m’offre Boulevards de ceinture. J’avais déjà raté La place de l’étoile et La ronde de nuit.

On avait seize ans et on écoutait La cavalerie de Julien Clerc qui nous aurait presque fait pâmer. Heureusement, il y eut Modiano.

Et à partir de cette date, de ce titre, je suis rentrée dans une sorte de tourbillon, de manège où je découvrais que la musique était toujours la même mais pas tout à fait et pas toujours. Ce n’est pas une musique rengaine. C’est beaucoup plus subtil. Elle me suit et je la poursuis. Elle est magique ; la plupart du temps, c’est de nuit et c’est un enchantement.

Tout est juste : les mots, la lumière, le tour des choses, la lumière encore, les gens et leur contour avec leurs questions souvent sans réponses et la quête perpétuelle.

A chaque nouveau roman, puisque je ne l’ai jamais plus lâché depuis, c’est la surprise mais pas tout à fait et c’est délicieux. Je ne peux l’acheter, je me le fais offrir. Puis, je l’installe dans la vitrine, me faisant face au milieu des autres livres me tournant le dos, et j’attends. J’attends le temps qu’il me faut. J’essaie de résister à la tentation : une, deux, trois semaines. Je m’y prépare et je le désire. Ça passe tellement vite un Modiano ; je voudrais toujours en garder pour la faim.

A la dernière page, je suis toujours surprise d’y être déjà ; je n’ai rien vu venir et je me fais la même réflexion « je me suis encore faite avoir ».

Mais n’était-ce pas ce que je voulais, secrètement ? Tout a fonctionné. Comme d’habitude : emballée, retournée, enivrée comme à la fin d’une valse un peu trop rapide quand la tête tourne un peu.

C’est alors que je reprends le livre dans le but de le décortiquer mais je n’en ai pas réellement l’envie ni la capacité. Je voudrais savoir à quel moment précis, à quelle page aussi et avec quelle lumière ou pénombre, je me suis affolée et il m’a embobinée. Quels sont les mots qui m’ont fait décoller de la sorte ?

A tous les coups, je perds pied aux noms des rues, à la liste des numéros de téléphone, aux noms de personnes, à leur musique incomparable, au même pouvoir qu’avaient sur moi, enfant, les mots de la météo marine à laquelle je ne comprenais rien mais qui m’emportait.

Tout est léger, suggéré et du coup assassin. Cela commence comme un policier puis, c’est toujours de soi qu’il s’agit, de ses origines et de sa cartographie intime.

Oui, j’arrête. Je l’entends me dire ce grand échalas qui, pour notre grand bonheur ne sait qu’écrire-et comment !

– « Tais-toi donc, mais pour qui tu te prends ! »

A propos, je n’ai pas encore lu le dernier qui m’attend depuis deux mois passés dans la vitrine.

ELB

Étiquettes : , , , , , ,

About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :