Trainsurtrain(1)

hgreveencreGHV

 

Train des vacances train des origines train d’enfer train de ministre train-train

J’ai moi aussi laissé, souvent, tomber le magazine ou la revue. Est-ce à cause du roulis et de ce bruit régulier et aliénant me mettant dans un état second comme une sorte de turpitude que provoque la fatigue, le lâcher prise et l’envie de se laisser porter, à se laisser ainsi brinquebaler par la machine…

La tête dodeline, la peau et la chair se détendent, le cou se laisse tomber sur la poitrine, les pieds se décrispent, les mains aussi. Les yeux doivent à ce moment-là donner l’impression que l’on est loin derrière, très loin peut-être dans une case en Afrique à regarder passer des antilopes ou à guetter, en novembre,  le passage des grues cendrées auquel on ne croyait plus assister dans un coin de France.

HEBETUDE

Je n’ai jamais eu autant d’états d’hébétude que dans le train. Éprouver l’hébétude ; se sentir hébété : n’être rien ni personne : la tête vide.

Je regarde derrière la vitre, je sommeille, je lis, je regarde à nouveau par la fenêtre. Je fixe un point du tableau et je me glisse dans le paysage. Je m’inclus dans ce tableau et sur mon bon vouloir, je me retire, sans effort. Je suis comme un ballon, tantôt je survole le paysage tantôt je suis un véritable personnage de pâte à modeler, lourd mais malléable et apte à franchir mur, haie, colline. Tout à coup, je m’étale et me laisse rouler dans la pente verte et grasse de la prairie. Je n’en finis par de rouler et le ciel bascule à mes pieds. Aller de la légèreté de la plume à la lourdeur étale d’un sac de farine mou et dodu, quel luxe !

Hébétude, quel repos de soi. Je me fonds et me confonds dans le paysage.

L’avantage, c’est que lorsque je le quitte, cet état si fascinant j’ai, par la suite les pieds comme mieux ancrés, davantage plantés dans le sol et du coup, l’assise, la position stable est confortée. Je pèse mon poids, en quelque sorte. Je m’appartiens un peu plus et ce monde réduit au cadre du tableau où je roulais ma bosse et collais à toutes les aspérités du terrain, aux moindres recoins que m’offrait la nature tout à l’heure, devient plus hospitalier au fur et à mesure que la machine pousse le paysage.

                                                                      ( D’Evelyne.)

Clichy . Le 4/11/2012

About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

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