La petite fée du métro.

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La petite fée rose, tout à l’heure, égarée dans le métro me renvoyait immanquablement au même constat.

Il y a autour de nous et partout dans le monde toute sorte de gens. Et c’est tant mieux ! Parfois cela m’interroge  et d’autres fois,  pas du tout ; je laisse tomber, inutile.

Ça me dépasse ou ne me touche pas.

Il est pourtant bien confortable et même reposant d’observer des inconnus sans rien à quoi les raccrocher. Certains jours, toutefois, j’essaie de lever le voile de ces vies rêvées ou imaginées. Je m’interroge. C’est un jeu de funambule, aérien, léger mais risqué, aussi.

Aujourd’hui, j’ai été touchée par la baguette d’un invisible magicien.

Chaussures à talons rose, bois de rose plus exactement, en velours râpé avec petit nœud digne des chaussures des princesses de nos livres d’enfants ; pour compléter la panoplie, un diadème en plastique rose orné de cœurs, posé sur la tête surmontée d’un petit chignon gracieusement  ébouriffé tenant à la main  une baguette magique. Des ailes d’ange ou de papillons –je ne sais- abîmées, comme semblant avoir voyagé, étaient accrochées dans son dos par une épingle à nourrice bien trop petite de la sorte qu’elles brinquebalaient à chaque hoquet de la machine.

Et à chaque soubresaut, les talons de ses chaussures, qu’elle avait tout pelés et déchirés, s’agrippaient au sol et je le voyais à sa petite grimace. Avait-elle, dans sa course folle, été arrêtée par une grille d’égout ou des pavés disjoints qui l’auraient fait trébucher. Mais, il y avait de la boue sur ses talons pelés et l’on était pourtant loin des haies «  ronçues »  bordant quelque champ.

Égarée, la petite blonde aux  yeux d’un bleu mouillé par une nuit trop courte. C’est en tout cas ce que j’y lisais. Un mauvais fond de teint essayait de masquer quelques boutons sur cette poupée qui se plantait là, raide et se tenait à la barre du wagon dans l’espoir d’un hypothétique horizon, meilleur sans doute

Il me parut peu probable qu’elle vînt de faire une prestation en ville. Je songeai alors à un cirque sur un terrain boueux en grande banlieue qu’elle aurait peut-être fui pour rejoindre le monde des illusions perdues, le nôtre.

Non, elle ne faisait pas de numéro de rue. C’était l’entrée de l’hiver et ses joues de poupée russe étaient rosies par le froid qui arrivait. Elle avait échappé- me disais-je- au cirque, à un manège d’écuyère à l’entraînement forcené, à son rêve de princesse assurément, qu’elle avait enfermé et portait en elle aux frontières de notre réel.

Elle avait oublié la vie et se racontait – pour se bercer encore un peu- des histoires parfumées et poudrées sur ce qu’elle aurait dû être ou faire de la vie,  la sienne sans les autres ou avec eux.

Elle s’arrimait à mon œil attendri et y semait des étoiles factices ; celles du monde de Walt Disney, des jouets Fisher Price et de la Starc Ac tout à la fois.

Et cela en disait long sur la détresse d’un électron, sans attaches et sans possibilité d’établir un lien entre un passé peut-être méconnu et un avenir qu’il fallait oser espérer.

    Quel âge pouvait-elle avoir ? Trente, trente-cinq ans tout au plus.

                                                                       Evelyne.

Modiano

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Evelyne :5 décembre 2012
Modiano et moi, c’est une vieille histoire.

Pour un anniversaire, une amie m’offre Boulevards de ceinture. J’avais déjà raté La place de l’étoile et La ronde de nuit.

On avait seize ans et on écoutait La cavalerie de Julien Clerc qui nous aurait presque fait pâmer. Heureusement, il y eut Modiano.

Et à partir de cette date, de ce titre, je suis rentrée dans une sorte de tourbillon, de manège où je découvrais que la musique était toujours la même mais pas tout à fait et pas toujours. Ce n’est pas une musique rengaine. C’est beaucoup plus subtil. Elle me suit et je la poursuis. Elle est magique ; la plus part du temps, c’est de nuit et c’est un enchantement.

Tout est juste : les mots, la lumière, le tour des choses, la lumière encore, les gens et leur contour avec leurs questions souvent sans réponses et la quête perpétuelle.

A chaque nouveau roman, puisque je ne l’ai jamais plus lâché depuis, c’est la surprise mais pas tout à fait et c’est délicieux. Je ne peux l’acheter, je me le fais offrir. Puis, je l’installe dans la vitrine, me faisant face au milieu des autres livres me tournant le dos, et j’attends. J’attends le temps qu’il me faut. J’essaie de résister à la tentation : une, deux, trois semaines. Je m’y prépare et je le désire. Ça passe tellement vite un Modiano ; je voudrais toujours en garder pour la faim.

A la dernière page, je suis toujours surprise d’y être déjà ; je n’ai rien vu venir et je me fais la même réflexion « je me suis encore faite avoir ».

Mais n’était-ce pas ce que je voulais, secrètement ? Tout a fonctionné. Comme d’habitude : emballée, retournée, enivrée comme à la fin d’une valse un peu trop rapide quand la tête tourne un peu.

C’est alors que je reprends le livre dans le but de le décortiquer mais je n’en ai pas réellement l’envie ni la capacité. Je voudrais savoir à quel moment précis, à quelle page aussi et avec quelle lumière ou pénombre, je me suis affolée et il m’a embobinée. Quels sont les mots qui m’ont fait décoller de la sorte ?

A tous les coups, je perds pied aux noms des rues, à la liste des numéros de téléphone, aux noms de personnes, à leur musique incomparable, au même pouvoir qu’avaient sur moi, enfant, les mots de la météo marine à laquelle je ne comprenais rien mais qui m’emportait.

Tout est léger, suggéré et du coup assassin. Cela commence comme un policier puis, c’est toujours de soi qu’il s’agit, de ses origines et de sa cartographie intime.

Oui, j’arrête. Je l’entends me dire ce grand échalas qui, pour notre grand bonheur ne sait qu’écrire-et comment !

– « Tais-toi donc, mais pour qui tu te prends ! »

A propos, je n’ai pas encore lu le dernier qui m’attend depuis deux mois passés dans la vitrine.

ELB

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About trainsurtrainghv

Le blog initié pour extraire de leurs carnets mes croquis du train (GHV:banlieue, quotidien, voyage petit, paroles singulières), prend corps avec les mots d'Evelyne (ELB: déambulations parisiennes et banlieusardes, sensations et constats et depuis peu retour sur le Lot). La palette de notre enfance quercynoise nous autorise ce regard particulier sur le monde citadin et banlieusard et sur la vie en province. GHV

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