Haïku du soir.

 

Sous le ciel d’encre

Au vent qu’appelle la pluie-,

La nuit sans lune.

 

ELB

Haïku du soir.

Racle l’herbe rase

Souffle jaune en rafales-

Vent d’été brûlant.

 

ELB

Ce que je pourrais dire.

Un solstice étrange sans soleil et sans lune puis le grand vent chaud qui racle l’herbe.

Voilà comment est arrivé l’été ; par surprise et avec exagération. Un matin presque tropical où la brume nous a fait croire que nous pouvions nous transporter ailleurs. Fines gouttelettes en suspension, tout était humide et finement boisé dans l’odeur qui se dégageait ; au jardin l’épouvantail ballon balançait mollement jusqu’à ce que Oskar s’en serve de punching-ball réveillant les insectes quand derrière le rideau d’arbres, la rumeur qui montait laissait deviner qui se mêlaient joyeusement et un peu nasillards, ces bruits que l’on croyait lointains car enveloppés de cette brume à peine grise. Ânes, volailles, émeus, moutons, chevaux, poneys et peut-être même les buffles, à l’autre extrémité. Les loups, c’est plutôt le soir vers 20 h 30.

On aurait pu les penser, échappés d’un enclos et en réunion au sommet comme pour convoquer la conscience des hommes trop occupés d’eux-mêmes. Il n’y avait plus qu’à se laisser porter.

Il y a des moments assez uniques que nous offre parfois la nature. Et celui-là en fut un.

Quelques jours plus tard, un soir : grand bruissement dans les grands chênes et les érables, un petit roulement de tambour, deux éclairs et en taches brunes, les gouttes de pluie éclatent sur le bois de la terrasse, la terre sèche, l’herbe qui se fait rare et les massifs fatigués. Le temps de rentrer et de profiter de la fraîcheur soudaine et qui restera passagère voire fugace.

L’année en chant est terminée comme d’habitude par le concert et le repas juste avant la grande période d’été. Presque plus de contraintes horaires ; même à la retraite, on a un emploi du temps et parfois très chargé, ce qui est mon cas. Même si je sais que d’ici septembre, le chant va me manquer, je sens que s’ouvre devant moi comme un sentier de fraîcheur et de liberté, disons un peu plus de hasards et d’improvisations dans le déroulement de la journée ou de la semaine tels le bruit d’un ruisseau en contre bas du bois allant à Pouch ou encore le bois des Majoux si mystérieux, l’étonnement renouvelé à la vue d’une cabane de fortune ou un  muret recouvert de mousse. Quelques visites amies et des passages prévus ou inopinés de quelques autres sans oublier la famille et quelques soirées de sucreries et de dégustations entrecoupant la discussion joyeuse et gourmande sur la petite terrasse au-dessus de la citerne. La petite sieste : céder  au basculement dans un somme réparateur de mi-journée comme une brume qui effacerait l’horizon et gommerait les contours.

Savoir savourer l’ombre naissante sous le grand chêne, bleu de nuit ou mauve selon la lumière et l’heure du jour. La lumière rasante du soir qui vient et tremble au bord des yeux que l’on plisse. « Succuler » le vrombissement des insectes et le rai de lumière que laissent filtrer des persiennes ou des volets. Les deux signes manifestes de l’été. Voguer des yeux sur les bleus de la jachère fleurie tant que le soleil ne l’a pas encore grillée. Ne pas oublier que la vie, la vraie, est quotidienne. Elle se rappelle à nous par l’inéluctable, la fin ; la menace, le risque de voir les plus anciens partir tant le fil qui les maintient est ténu et douloureux. Un temps où il faudrait savoir lire ou voir en creux car à leur époque l’affection ne se disait ni ne se montrait.

Dans le vent trop doux de ce soir, je sens la poussière et la terre, les pierres qui restituent la chaleur du jour. J’ai retrouvé avec plaisir la fraîcheur des gousses de petits pois ainsi que leur aspect dodu et craquant ; une des sensations de l’enfance, oubliée. La plupart du temps c’était à la table du jardin sous l’ombre violette de l’arbre de Judée que nous les écossions.

Ma première récolte ne pèse pas lourd, tout au plus un grand bol mais c’est plutôt cette image qui a tout d’un coup surgi : des ronds de lumière sur la toile cirée dansant sur le panier et les doigts de ma grand-mère qui couraient en tout sens .

 

ELB