Haïku du soir.

Crii crri crii crri crii

Cymbales des grillons

Soleil a donné.

 

ELB

Urbanisme et urbanités à Epinay sur Seine

Place de l’église. La place nouvelle

De banc en banc.

Dix huit heures et le soleil tape.

 » Vous travaillez dur ». Elle se penchait sur le carnet.Ce fut son entrée en matière pour en un temps bref mais sans répit me faire son rapport sur l’espace (la place d’Epinay)  et tout le bien qu’elle en pensait, le passé du quartier entremêlé au sien et donc son histoire depuis le Togo en passant par Villeneuve la Garenne, les vicissitudes de la vie, et les changements , les mutations, celles liées à son séjour  et celles de la ville , la vie des enfants et celle des gens et ce qu’elle croyait et ressentait : vivre bien.  Et une voisine d’approuver et à trois nous comparâmes  le temps de nos existences ici: quarante deux ans années pour l’une, trente huit pour moi, et vingt quatre pour mon interlocutrice.

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Et sa voix comme un ruisseau:

« Vous  ne sentez pas l’odeur? C’est le shit qui sent comme ça…Ne leur dites rien. De vous ils n’accepteraient pas .Mais moi je leur ai dit: c’est pas bon.

Mais Epinay c’est bien maintenant et beau. J’y promène mes amies; les bords de Seine, les parcs. Chez elles c’est moins beau.

Vous vous souvenez des passerelles? Et le marché? L’ancien où celui qui construit à sa place  a été détruit pour la médiathèque?

Je peux aller partout, les bus, je les connais tous , le tramway, le train , le Rer. Et maintenant je ne pense plus à retourner vivre chez moi. Deux semaines là-bas et je dois rentrer.  »

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Et la dame qui  avait vécu plus longtemps ici mais qui suivait la conversation en silence ou presque parce qu’elle ne parlait mal le français approuvait en hochant la tête. Et l’heure était douce et des cris d’enfants résonnaient  tout autour et sur chaque banc des groupes distincts, celui des gars blagueurs , les filles ado plus loin , celui des retraités, hommes ,et d’autres où comme nous des femmes s’abordaient. J’en avais essayé plusieurs , question de point de vue.

 

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Elle parlait toujours .A quelques années près nos enfants auraient pu se connaître, avaient fréquenté les mêmes écoles, collèges et lycées. Envolés les enfants pour nous trois. Le vide. C’est ce que nous avions ressenti à leur départ.

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« Moi aussi… »Je reprenais chacune de ses remarques et m’étonnais que nous ayons vécu tant d’expériences similaires.

A mon italien de  mari à qui je racontais cette rencontre il fallait bien que je trouve une image pour camper le personnage : »belle, très belle, comme Sophia Loren. » GHV

Lilia au Louvre

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Finie la semaine. Le croquis est du mercredi. J’avais accompagné Lilia au Louvre.

Lilia est ma petite nièce. Un choc pour moi chaque fois que nous nous voyions: elle pousse mode champignon et prend déjà des allures d’adolescente. Et puis une enfant qui réclame le Louvre ça laisse présager d’une belle ouverture d’esprit. Ce fut un moment de bonheur et de paix malgré la foule et le bruit.

Retour dans le métro; j’avais l’esprit distrait , je croquais bien sûr, j’entendais  sans y prêter attention les propos avinés, assommants certainement, d’un homme qui harcelait une jeune femme et son enfant.Tout est allé très vite: deux gars n’en pouvant plus lui ont intimé l’ordre de se taire. Mais goguenard , englué dans sa sottise il les nargua. L’un des deux bandait déjà ses muscles:

« T’arrête , tu la laisses sinon je t’écrase.  »

Il l’aurait fait. Il l’a peut-être amoché après l’avoir poussé hors du wagon  et projeté sur le quai. C ‘était Rambo en fureur contre la sottise et la misère. Pendant quelques instant j’avais posé ma main sur son bras  nu -bronze noir, marbre- naïvement persuadée que ce contact le détendrait, le rappellerait à la réalité. D’autres aussi essayaient de le retenir. Impossible de croiser son regard. Alors que je m’éloignais l’algarade continuait . Violence.

En débarquant du train au dessus de l’avenue Jean Jaurès à Epinay sur Seine le ciel était noir et menaçait d’orage. . Une bourrasque en quelques minutes a dispersé les nuages. Il n’a plu qu’une heure plus tard. GHV